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« On va le travailler tranquillement » - Borsellino

07/02/2013 09:01 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

EN DIRECT - La commission se penche sur une conversation enregistrée le 23 décembre 2008 lors de l'opération Diligence lors de laquelle Guiseppe Borsellino et Jocelyn Dupuis parlent de l'ex-président de la FTQ, Michel Arseneault.

Les deux interlocuteurs s'enthousiasment au sujet d'une conversation téléphonique récente entre le nouveau ministre de la Famille, Tony Tomassi et M. Arseneault.

M. Borsellino dit, au sujet de ce dernier : « On va le travailler tranquillement ». Pour le président de Garnier Construction, cependant, ces mots n'ont aucune signification particulière.

M. Borsellino reconnaît par ailleurs qu'il est possible que, lors de cet appel entre le ministre Tomassi et M. Arsenault, Tony Accurso était aux côtés du président de la FTQ. Mais il maintient que la conversation du 23 décembre n'a aucune signification particulière. Il ajoute qu'il n'a de toute façon jamais apporté de projet devant le Fonds de solidarité FTQ.

Plus tôt cette semaine, la commission avait déjà fait entendre un autre enregistrement de Diligence, fait le 24 décembre 2008,qui a permis d'établir que l'entrepreneur a fait une « petite affaire » avec M. Tommasi le 23 décembre 2008, dans les jours qui ont suivi sa nomination au Conseil des ministres.

Giuseppe Borsellino a expliqué qu'il avait connu l'ex-ministre au début des années 2000, par l'entremise de son père. Il n'a pu se rappeler ce qui s'était passé le 23 décembre 2008. Le procureur Tremblay a annoncé que la commission présentera un nouvel extrait d'écoute électronique à ce sujet.

Le témoin a affirmé qu'il parlait « beaucoup moins » à son ami aujourd'hui, puisqu'il « est bien occupé par son travail ».

Borsellino a souvent contribué aux partis mais nie tout financement illégal

Guiseppe Borsellino a été interrogé plus tôt par le procureur Simon Tremblay sur le financement des partis politiques municipaux et provinciaux. Le propriétaire de Garnier Construction admet avoir contribué tant à Union Montréal et Vision Montréal qu'au PQ et au PLQ, et toujours par chèque.

Il estime avoir participé à beaucoup plus d'événements de financement du Parti libéral qu'à ceux d'autres partis, provinciaux ou municipaux, soit une vingtaine, contre 10 ou 15 pour Union Montréal et Vision Montréal, et environ 5 fois pour le PQ.

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Au municipal, M Borsellino dit qu'il n'a jamais hésité à appuyer les deux principaux partis montréalais en achetant des billets pour des événements. « C'est une décision d'affaires que nous avons prise de les appuyer ».

Il soutient avoir toujours contribué par chèque, jamais en argent comptant, sauf pour de petits montants pour l'achat de billet pour des événements officiels de financement. « Selon ce que je me souviens », tient-il à préciser.

M. Borsellino a entre autres affirmé que Martin Dumont est déjà venu chercher un chèque de 10 000 $ chez lui pour le financement d'Union Montréal, confirmant ainsi une allégation de M. Dumont.

M. Borsellino dit aussi avoir croisé, par hasard, une dizaine de fois au restaurant, l'ex-argentier d'Union Montréal, Bernard Trépanier, et peut-être lors de cocktails de financement. « De ce qu'on m'a dit, c'est lui qui ramassait l'argent pour le parti », mais il ne lui a jamais remis de chèque personnellement. Il ne peut par ailleurs expliqué pourquoi il se sont téléphonés cinq fois en 2005, année d'élections municipales, comme en témoigne un relevé téléphonique de M. Borsellino obtenu par la commission.

De l'importance du réseautage

Giuseppe Borsellino reconnaît aussi avoir acheté des billets pour des activités de financement politique de Michel Lalonde, PDG de la firme de génie-conseil Génius, généralement pour le Parti québécois, peut-être 4, 5 ou 6 fois. Il dit avoir, là aussi, toujours payé par chèque.

Il a aussi participé à des événements du PLQ à la demande d'André de Maisonneuve de BPR Triax et, là encore, il a payé par chèque. Les gens qu'on y croisait étaient les mêmes que lors des évènements du PQ, souligne-t-il.

M. Borsellino insiste sur les faits qu'il était à ces événements pour du réseautage, mais est peu loquace sur les bénéfices qu'il en tiraient, malgré l'insistance de la commissaire Charbonneau et du procureur Tremblay.

« J'aime l'idée d'être proche des partis politiques (...) Je sentais que c'était important pour moi. Pas pour avoir un kickback, juste pour avoir de bonnes relations », a-t-il poursuivi.

Le propriétaire de Garnier Construction a par la suite précisé qu'il n'assiste plus à ces événements depuis 2007-2008 et qu'il est d'ailleurs moins sollicité pour le faire.

Les avocats du Parti libéral du Québec et du Parti québécois ont fait savoir mercredi après-midi qu'ils pourraient avoir des questions pour le témoin, en fonction de ce qu'il dira ce matin. L'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Qébec (ACRGTQ) a également dit qu'il aurait quelques questions à poser au témoin.

Depuis le début de son témoignage, Giuseppe Borsellino a été longuement interrogé sur ses liens avec le crime organisé, ses relations étroites avec l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis et ses liens avec l'ex-grand patron des travaux publics à la Ville de Montréal, Robert Marcil.

Il a convenu que les contrats publics de la Ville de Montréal faisaient l'objet de collusion. Il a soutenu qu'un ingénieur de la Ville aujourd'hui retraité, Gilles Surprenant, avait été l'instigateur du système. Il a finalement soutenu, hier, que cette collusion s'était poursuivie sans l'appui de Surprenant après 2003-2004.

Giuseppe Borsellino témoigne avec une prudence évidente. Le procureur Tremblay et les commissaires doivent composer avec ses trous de mémoire et ses réponses évasives, livrées dans un mélange de français et d'anglais.

Débat à venir sur des témoignages sous interdit

Le témoignage de Giuseppe Borsellino devrait être suivi d'un débat entre les avocats des médias, et les procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales et de la commission sur l'opportunité de lever en tout ou en partie l'ordonnance de non-publication qui touche plusieurs témoignages portant sur l'affaire Faubourg Contrecoeur.

Une telle ordonnance frappe actuellement une partie des témoignages de Michel Lalonde, PDG de Génius, et de Joseph Farinacci, ex-directeur de la Direction des stratégies et transactions immobilières de la Ville de Montréal, ainsi que l'ensemble du témoignage de Jacques Victor, un spécialiste en appel d'offres.

L'ex-dirigeant de Mivela Construction, Nicolo Milioto, devrait être l'un des prochains témoins de la commission. Il a assisté aux audiences de la commission Charbonneau, mardi et mercredi, en compagnie de sa fille, Elena.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

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