L'ex-premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, a démissionné jeudi de son poste de président de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ). M. Bouchard présidait le conseil d'administration de l'APGQ depuis janvier 2011.

La firme gazière albertaine Talisman payait les honoraires de M. Bouchard à la tête de l'Association. Le géant albertain a annoncé jeudi son retrait de l'APGQ, ce qui a eu pour conséquence la démission de Lucien Bouchard de la présidence. Cette annonce survient alors qu'en octobre dernier, Talisman retirait ses investissements du territoire québécois.

« Au terme d'un examen minutieux, Talisman a pris une décision d'affaires, soit de se retirer de l'Association pétrolière et gazière du Québec », écrit la société Talisman dans un communiqué.

Invoquant des changements stratégiques et les faibles prix du gaz pour expliquer son départ, Talisman précise dans son communiqué que la « décision de la compagnie ne constitue d'aucune façon un jugement sur la qualité du travail de l'Association ».

Nommé à la présidence du conseil d'administration le 25 janvier 2011 avec le mandat d'ouvrir le dialogue avec les Québécois sur l'exploitation des gaz de schiste et des ressources pétrolière du Québec, Lucien Bouchard a dû faire face à l'opposition d'une partie importante de la population, inquiétée par les impacts environnementaux et l'aspect invasif des méthodes d'extraction.

En entrevue à RDI, le porte-parole de Talisman Energy, Stéphane Perreault, a souligné l'importance du travail de M. Bouchard à la présidence de l'APGQ, qui a permis de faire cheminer plusieurs dossiers. « Il a joué un rôle important pour que les Québécois écoutent un peu plus ce que l'industrie a à dire, ce qu'elle a à proposer et connaissent les défis », dit-il.

Le départ de Lucien Bouchard de l'APGQ survient au lendemain de la décision du gouvernement du Québec de confier au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) un mandat pour mener une consultation élargie sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans la province.

L'APGQ précise cependant que le départ de M. Bouchard n'est pas lié à cette démarche de Québec mais plutôt au fait que le mandat du président du conseil d'administration est d'une durée d'un an, renouvelable une seule fois, et que le deuxième mandat de Lucien Bouchard arrivait à terme en mars.

Le porte-parole de Talisman Energy assure que l'annonce du gouvernement n'a pas précipité les décisions de l'entreprise. « L'annonce faite par [le ministre de l'Environnement] Yves-François Blanchet [au sujet du mandat du BAPE] n'a aucune conséquence sur les projets qu'on pouvait avoir ou nos opérations au Québec. C'est seulement une coïncidence dans le temps », dit-il.

« Le gouvernement a décidé d'aller au fond des choses au sujet du gaz de schiste. Je pense qu'il veut connaître à fond cette industrie. Nous le souhaitons tous. Chez Talisman, on veut s'assurer d'adopter les règles les plus strictes », soutient M. Perreault.

« La décision de suspendre nos projets fait partie des décisions d'affaires. Le prix du gaz est bas. On a annoncé l'automne dernier qu'on radiait nos actifs d'une valeur de 109 millions au Québec. On ne voit pas un potentiel de commercialisation à court terme dans la province », ajoute-t-il.

Loading Slideshow...
  • POUR: le potentiel énergétique

    Les réserves de gaz de schiste au Québec sont importantes, et le potentiel d'exploitation est indéniable, ce qui pourrait rapporter des redevances à l'État. Dans <em>The Telegraph</em>, Christopher Booker <a href="http://www.telegraph.co.uk/comment/columnists/christopherbooker/8500496/Shale-gas-could-solve-the-worlds-energy-problems.html" target="_hplink">estime que les réserves seraient suffisantes pour assurer les besoins énergétiques pour des centaines d'années</a>.

  • CONTRE: la pollution de l'eau

    La fracturation hydraulique, qui consiste à pulvériser un mélange de produits chimiques et de sable sur la pierre pour faire éclose le gaz, pose des risques de contamination de la nappe phréatique. Une douzaine de cas ont été répertoriés aux États-Unis. Les images d'eau qui s'enflamme ont aussi fait le tour du monde. Une <a href="http://insideclimatenews.org/news/20111104/gasfrac-propane-natural-gas-drilling-hydraulic-fracturing-fracking-drinking-water-marcellus-shale-new-york" target="_hplink">nouvelle méthode de fractruation sans eau </a>est envisagée aux États-Unis, mais les écologistes sont sceptiques.

  • CONTRE: Plus d'émission que le charbon

    Le méthane qui se dégage lors de la fracturation est un des principaux gaz à effet de serre. Selon plusieurs études, ces émissions sont supérieures de 20 % à celles dégagées pendant l'exploitation du charbon.

  • POUR: Plus vert que les autres énergies fossiles

    <a href="http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=natural-gas-could-serve-as-bridge-fuel-to-low-carbon-future" target="_hplink">Les chercheurs du MIT ont conclu</a> que remplacer les centrales de charbon par des centrales de gaz naturel pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié.

  • CONTRE: Des séismes provoqués par la fracturation

    <a href="http://oilprice.com/Energy/Natural-Gas/U.S.-Government-Confirms-Link-Between-Earthquakes-and-Hydraulic-Fracturing.html" target="_hplink">Plusieurs tremblements de terre</a> sont liés à la fracturation hydraulique. L'entreprise britannique <a href="http://www.cuadrillaresources.com/cms/wp-content/uploads/2011/11/Cuadrilla-Resources-Press-Release-02-11-11.pdf" target="_hplink">Cuadrilla Resources</a> a notamment admis que le procédé «provoque des événements sismiques mineurs»

  • POUR: Des emplois

    <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">L'industrie du gaz aux États-Unis emploie 1,2 million de personnes</a> et le département américain de l'Énergie estime que les ressources ont augmenté de 65 % grâce au procédé de fracturation hydraulique. De plus, <a href="http://www.bu.edu/energy/files/2011/07/Fracking-article-Sept-14-2011.pdf" target="_hplink">l'industrie évalue les retombées à 385 milliards de dollars aux États-Unis</a>, selon un article de la revue <em>Nature</em>.

  • CONTRE: Les produits utilisés

    Les entreprises n'ont pas à divulguer les produits qu'ils utilisent dans la fracturation hydraulique aux États-Unis. Est-ce aussi le cas au Canada?

  • POUR: Du temps pour développer les énergies renouvelables

    L'ancien chef de cabinet de Bill Clinton et ancien patron du Center for American Progress <a href="http://www.businessweek.com/magazine/could-shale-gas-reignite-the-us-economy-11032011_page_2.html" target="_hplink">John Podesta croit que le gaz naturel peut</a> devenir un pont au 21e siècle vers des énergies renouvelables.

  • CONTRE: Il faut beaucoup d'eau

    La fracturation hydraulique peut requérir jusqu'à <a href="http://www.hydraulicfracturing.com/Water-Usage/Pages/Information.aspx" target="_hplink">20 millions de litres d'eau</a>. Dans certains cas, <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">moins du tiers de l'eau est récupérée</a>.