Après Gao et Tombouctou, les forces françaises ont pris position mercredi matin à l'aéroport de Kidal, troisième grande ville du nord du Mali et dernier bastion des groupes islamistes armés actifs dans la région.

« On a mis en place cette nuit un dispositif à Kidal et ce matin on assure le contrôle de l'aéroport. Les opérations continuent », a déclaré le porte-parole du chef d'état-major des armées à Paris, le colonel Thierry Burkhard.

Le président de l'assemblée régionale, Haminy Belco Maiga, a confirmé que l'armée française avait « déployé quatre avions et des hélicoptères » à Kidal, située à 1500 km au nord-ouest de la capitale Bamako, près de la frontière algérienne.

Les groupes armés auraient déjà quitté la ville en direction des montagnes, près des frontières algériennes. Les touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et des dissidents du groupe islamiste Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), qui ont formé le Mouvement islamique de l'Azawad (MIA), avaient déjà affirmé lundi qu'ils contrôlaient la ville.

Depuis, des centaines de personnes ont fui Kidal vers des villages plus au nord, vers l'Algérie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU, qui affirme que l'accès à la nourriture et aux biens de première nécessité a été lourdement touché par le conflit et la fermeture de la frontière.

L'arrivée de soldats français à Kidal survient après la reprise des deux plus grandes villes du nord du pays, Gao et Tombouctou, qui étaient aux mains des rebelles islamistes depuis neuf mois.

À Tombouctou, la nuit s'est déroulée sans incident. La veille, des centaines de personnes appauvries avaient attaqué des magasins tenus, selon elles, par « des Arabes », « des Algériens » et « des Mauritaniens », accusés d'avoir soutenu les islamistes armés liés à Al-Qaïda.

Dans certaines boutiques, des munitions et des radios militaires ont été découvertes, mais la majorité de la population a surtout pillé des télévisions, antennes satellites, nourriture, meubles et vaisselle.

Pendant ce temps, l'armée malienne poursuit ses opérations de sécurisation à Tombouctou, recherchant des mines et des armes abandonnées par les islamistes, mais aussi d'éventuels combattants qui seraient restés en ville.

Dans la ville de Gao, les soldats maliens ont arrêté cinq suspects qui ont été remis aux autorités locales. Ils ont découvert des caches d'armes et de munitions, ainsi que de la fausse monnaie.

Human Rights Watch (HRW) a demandé aux autorités lundi de prendre « des mesures immédiates » pour « protéger tous les Maliens de représailles », évoquant « des risques élevés de tensions interethniques » dans le Nord, où la rivalité est forte entre les minorités arabes et touarègues souvent assimilées à des islamistes, et les Noirs, majoritaires au Mali.

Face au « risque d'exactions » et de représailles, le premier ministre français Jean-Marc Ayrault a dit souhaiter « le déploiement rapide d'observateurs internationaux » pour veiller « au respect des droits de l'homme ».

De son côté, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a affirmé que les forces françaises quitteraient « rapidement » le Mali.

« Libérer Gao et Tombouctou très rapidement faisait partie du plan. Maintenant, c'est aux pays africains de prendre le relais. Nous avons décidé de mettre les moyens en hommes et en matériel pour réussir cette mission et frapper fort. Mais le dispositif français n'a pas vocation à être maintenu », a-t-il déclaré en entrevue au journal Le Parisien.

Depuis le début de l'intervention française, 3500 soldats français et 1900 soldats africains ont été déployés au Mali. À terme, les effectifs de la force africaine au Mali devraient dépasser les 8000 hommes, pour un coût de près d'un milliard de dollars, mais leur déploiement est ralenti par des problèmes de financement et de logistique.

Entre-temps, les députés maliens ont voté mardi à l'unanimité la mise en place d'une « feuille de route » politique pour l'après-guerre dans le nord du Mali, qui prévoit une discussion avec certains groupes armés dans le cadre de la « réconciliation nationale ».

Le texte souligne la nécessité « d'entamer les discussions avec les groupes armés qui ne mettent en cause ni l'intégrité territoriale du pays, ni la laïcité de l'État malien » et « de mettre en place une commission de réconciliation nationale ».

» Retour en images d'archives sur la montée des mouvements islamistes en Afrique.
Loading Slideshow...
  • Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)

    Seule organisation islamiste africaine estampillée Al-Qaïda, elle est issue du salafisme algérien. Mais sa zone d'opération s'est étendue et correspond aujourd'hui à la région du Sahel. Ses combattants sont dirigés par Abou Hamam, lui même secondé par deux dirigeants de brigade. Abdelhamid Abou Zeid est à la tête de la plus radicale. Aqmi détient depuis le 16 septembre 2010 quatre Français enlevés au Niger, et depuis novembre 2011 deux autres capturés dans le nord du Mali. Une septième personne a été enlevée le 20 novembre dans l'ouest du Mali par le Mujao.

  • Portrait des combattants d'Aqmi

  • "Les signataires par le sang" de Mokhtar Belmokhtar

    Il était l'un des chefs historiques d'Aqmi, avant d'entrer en dissidence en octobre dernier pour créer sa propre katiba (unité combattante), les "Signataires par le sang", proche du Mujao. Selon les experts, les hommes de la katiba de Belmokhtar, si aucun chiffre fiable n'existe, se comptent en dizaine plutôt qu'en centaines, avec une forte proportion de Maliens et de Mauritaniens. Surnommé "le borgne" (il a perdu un oeil en Afghanistan en 1991), l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, alias Khaled Aboul Abbas, est à l'origine de l'attaque contre un site gazier dans son pays suivie d'une prise d'otages. Vétéran de la rébellion islamiste dans le Sahara algérien, il a de multiples surnoms : le "borgne", l'"insaisissable", "Mister Marlboro". Comme autant de témoins de la place qu'il occupe dans l'histoire du djihad algérien. Il n'a même pas vingt ans lorsqu'il part s'entraîner dans les camps d'entraînements afghans, qui n'étaient pas encore devenu Al-Qaïda. De retour en Algérie pour la guerre civile en 1993, il rejoint le Groupe islamiste armé algérien, avant de participer en dissidence, cinq ans plus tard, à la fondation du Groupe salafiste qui deviendra Aqmi en 2007. Il règne alors en maître sur les routes clandestines du grand sud saharien et jongle entre les actes terroristes, les opérations de brigandage et la contrebande. Pour financer ses activités il devient spécialiste du rapt d'Occidentaux. Il est d'ailleurs présumé responsable de la mort de quatre Français en Mauritanie en décembre 2007.

  • Le message internet d'Aqmi à la France de novembre 2010

    En novembre 2010, dans un message internet, AQMI enjoint la France à négocier avec Ben Laden.

  • Al-Qaïda, le sanctuaire somalien

    Comment la Somalie sert de base arrière à l'organisation terroriste.

  • Les bases de repli d'Al-Qaïda en Afrique

  • L'assassinat de Fazul Mohammad

    Le leader présumé d'Al-Qaïda en Afrique de l'Est est assassiné en 2011.

  • Le Mujao

    Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) est un groupe djihadiste régional né de la scission d'Al-Qaïda au Maghreb islamique en 2011. Composé d'Arabes de Tombouctou et d'Algériens, ce groupe est dirigé par un Mauritanien, Hamada Ould Khaïrou, secondé par Ahmed Tilemsi. Dans le sillage d'Aqmi, d'Ansar Dine et du Shebab, il entend étendre le djihadisme à l'Afrique noire et prône une application stricte de la charia. En 2012, le Mujao a pris le contrôle du nord du Mali.

  • Ansar Dine

    Ansar Dine symbolise la diversité de l'Islam radical africain. Créé au sortir de la crise libyenne, il est dirigé par un touareg, Lyad ag Ghali. Ansar Dine est l'un des principaux groupes participant à l'insurrection malienne dépuis janvier 2012. Les "compagnons du chemin" militent pour l'instauration de la charia au Mali et entretiennent des liens avec l'Aqmi. Mais ils ne pratiquent pas l'enlèvement d'otages.

  • les shebab

    Les milices shebab sont le fruit de la fusion des deux branches radicales qui s'étaient extraites de la scission de l'Union des tribunaux islamiques (Somalie). Dirigées par Moktar Ali Zubeyr, elles luttent avant tout pour prendre le pouvoir en Somalie. Fin 2008, elles contrôlaient la majeure partie du sud du pays. Elles voulaient prendre le pouvoir et imposer une pratique de l'Islam d'un autre âge. Mais une série de revers en 2011 les a poussées à battre en retrait et à abandonner un Mogadiscio dévasté.

  • Marie Dedieu, otage française décédée après sa détention en Somalie

    Enlevée au Kenya, le 1er octobre, sur l'île de Manda, par un commando de pirates proches des shebab somaliens, elle n'est est détenue que quelques jours en Somalie. Avant de décéder le 19 octobre 2011 à l'âge de 66 ans. (Lire son portrait dans <a href="http://www.liberation.fr/monde/01012366681-marie-dedieu-morte-en-otage"><em>Libération</em></a>)

  • Boko Haram

    Le Peuple engagé dans la propagation de l'enseignement du Prophète et du jihad est plus connu sous son nom haoussa de Boko Haram. Fondée en 2002, l'organisation nigériane entend faire appliquer strictement la charia dans tout le pays. Boko Haram s'est illustré par sa violence à l'encontre du gouvernement, des chrétiens et de la population musulmane du nord-est du Nigeria. Le 25 décembre 2012, une série d'attentats à la bombe contre des églises chrétiennes fait au moins 40 morts et de nombreux blessés.