Film culte du réalisateur Stanley Kubrick, Orange Mécanique continue de faire frémir les cinéphiles plus de 40 ans après sa sortie. D’une violence physique, verbale et sexuelle incomparable, le drame est tiré du roman d’Anthony Burgess, dont s’est inspirée la metteure en scène Véronique Marcotte afin de monter un spectacle qui tiendra l’affiche à Montréal, Québec, Gatineau et Sherbrooke dans les prochaines semaines.

Orange Mécanique s’ouvre sur Alex et ses copains (les drougs), qui errent dans une petite ville en volant, violant, battant et tuant qui bon leur semble avec une indifférence troublante. Une fois arrêté et emprisonné, Alex se portera volontaire afin de tester une thérapie visant à éradiquer la délinquance sous toutes ses formes.

Véronique Marcotte le dit sans détour, elle a eu besoin de plus d’un visionnage du film de Kubrick avant de se rendre jusqu’au bout. «J’avais de la difficulté avec le côté absurde et le souci de l’esthétisme du film, un peu comme s’il y avait une forme de détachement face à la violence. Je me suis sentie davantage interpellée en lisant le livre de Burgess. Je trouvais le message d’une intemporalité fascinante. J’avais envie de questionner les spectateurs sur la violence qui sommeille en chacun de nous et de quelle façon on l’intègre à nos vies.»

Il lui fallait donc trouver des artistes téméraires afin de représenter la violence et la sexualité de manière très graphique. «Je me suis entourée d’acteurs qui ne se censurent pas, qui sont bien dans leur peau et qui possèdent une grande intelligence émotive. Dans la pièce, on va montrer le sexe et la violence tels quels. Je voulais exprimer ma propre vision du viol. La scène dure neuf minutes, sans répliques. C’est insupportable.»

En acceptant de jouer le personnage central d’Orange Mécanique, Maxime Le Flaguais affirme ne pas avoir eu peur de plonger dans l’aventure. «L’équipe a décidé de tout montrer et je suis très à l’aise avec ça. Ce n’est jamais moi qui vais censurer une scène. Je veux aller jusqu’au bout des choses. À mes yeux, les pièces qui nous ébranlent vraiment sont celles qui viennent nous chercher dans le fond du cœur, et pas celles qui restent en surface. C’est certain que les répétitions du viol et des batailles sont éprouvantes. Quand on termine ça, on va prendre un bain, on se couche et on est plein de bleus. Mais je suis honoré de pouvoir jouer là-dedans.»

Se permettant de critiquer le gouvernement, la jeunesse, la violence et la manipulation médiatique, Orange Mécanique a également marqué des générations de cinéphiles grâce au regard de Malcolm MacDowell. «Son travail est tellement marquant que si tu as vu le film une fois, tu te souviens exactement de ses expressions faciales dans chaque scène», explique Le Flaguais, qui chausse les bottes de l’acteur légendaire. «Tout ce qu’il a fait est imprimé dans mon cerveau. Il a quelque chose de romantique et une grande agressivité au fond des yeux. Son personnage a quelque chose d’attachant, même si c’est un débile qui commet des atrocités.»

En 1971, des Britanniques avaient affirmé que les actes de violence qu’ils avaient commis avaient été directement inspirés par le film, convainquant Stanley Kubrick de retirer son œuvre des cinémas. Quelques décennies plus tard, Véronique Marcotte n’a pas la moindre crainte que de tels évènements se reproduisent. «Les gens ont vu trop de violence aujourd’hui pour que j’aie la prétention de croire que la pièce va pousser un spectateur à sortir de l’Olympia pour aller en câlicer une à quelqu’un.»

Accompagné de Sylvain Marcel, Danny Gilmore, Roger La Rue, Félix-Antoine Tremblay, Marianne Thomas et Geneviève Langlois, Le Flaguais foulera les planches de l’Olympia de Montréal du 13 au 16 février, avant de passer par Québec (20 au 23 février), Gatineau (12 et 13 avril) et Sherbrooke (24 avril).