SONDAGE - S'aime-t-on comme au premier jour après cinquante ans de vie commune? Alors que la France et l'Allemagne célèbrent les noces d'or du Traité de l'Elysée à Berlin ce 21 et 22 janvier 2013 dans un contexte morose, une enquête croisée* de l'institut YouGov dévoilée en exclusivité par Le HuffPost devrait rassurer les europhiles sur la force de l'amitié qui unit les deux pays.

Malgré les désaccords sur la crise de la dette et les relations complexes entretenues par François Hollande et Angela Merkel, les Allemands et les Français interrogés par l'institut YouGov affichent un attachement sans faille pour l'amitié franco-allemande, promue il y a cinq décennies par le couple de Gaulle-Adenauer. Et ce quel que soit le climat diplomatique entre Paris et Berlin.

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Seuls 22% des Français et 17% des Allemands pensent que les relations franco-allemandes seront amenées à se détériorer sous l'influence de François Hollande et Angela Merkel. Et chacun reconnaît l'autre comme un partenaire stratégique... non sans une certaine asymétrie en défaveur de la France. Ainsi, trois Français sur quatre affirment que l'Allemagne est le principal partenaire stratégique de la France en Europe, bien loin devant tous les autres pays cités. De leur côté, 58% des Allemands voient la France comme leur principal partenaire européen. Le puissant voisin russe et l'autre grande puissance européenne, la Grande-Bretagne, n'obtiennent que 5% des suffrages allemands.


Une amitié parée de toutes les vertus

Preuve de la solidité du partenariat privilégié du couple franco-allemand, cette amitié est parée de (presque) toutes les vertus par les personnes interrogées, même si Allemands et Français affichent des priorités sensiblement différentes. Visiblement très inspirés par la réussite du modèle allemand, vanté il est vrai sans relâche par la classe politique française, les Français accordent avant tout des vertus économiques à l'amitié franco-allemande. 70% d'entre eux considèrent cette amitié importante pour l'économie française (contre 60% côté allemand).

A 64%, les Allemands privilégient leur relation politique avec l'Hexagone contre un peu plus d'un Français sur deux (54%). "Les Français semblent accorder plus d'importance à la dimension économique de cette amitié, alors que les Allemands semblent plus préoccupés par la dimension politique. On en revient finalement aux fondamentaux de l'accord, presqu'aux intentions des signataires du Traité de l'Elysée", analyse Suzanne Ter-Minassian, responsable de la recherche politique et sociale pour YouGov France.

Mais au global, les deux nations semblent très attachées à la spécificité de leur relation: 75% des Allemands estiment que cette amitié est importante pour leur pays, contre 68% des Français. Les deux pays sont d'ailleurs unanimes sur l'importance de cette amitié pour "la paix et la stabilité" sur le continent européen. 77% des Allemands et 75% des Français jugent ce critère important. La dimension culturelle de ce partenariat est en revanche le grand perdant de l'axe Paris-Berlin, et ce malgré des initiatives innovantes, comme la fondation de la chaîne Arte. Seuls 43% des Allemands et 36% des Français jugent ce critère important.

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Un effet générationnel

Et le Traité de l'Elysée dans tout ça? "Si le sondage révèle que l'amitié Franco-Allemande reste structurante dans les deux pays,
le traité lui-même semble être parti aux oubliettes : seul un Français sur quatre a connaissance du traité en question", note Suzanne Ter-Minassian. La proportion est en revanche bien plus importante de l'autre côté du Rhin, où 52% des personnes interrogées affirment en avoir connaissance.

Reste que l'importance de l'amitié franco-allemande est frappée par un phénomène de vieillissement. 76% des Français de plus de 55 ans trouvent cette amitié importante, contre 56% des 18-34 ans. "Cet effet générationnel se retrouve sur tous les plans, les personnes de plus de 55 ans étant bien plus nombreuses à accorder de l'importance au partenariat franco-allemand sous toutes ses formes", prévient Suzanne Ter-Minassian.

* Sondage réalisé sur Internet entre le 11 et le 13 janvier 2013 selon la méthode des quotas auprès de 858 Français et 1040 Allemands yougov

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  • Sarkozy - Merkel (2007-2012)

    Si leur relation a mal débuté, Nicolas Sarkozy lorgnant du côté de la Grande-Bretagne et Angela Merkel s'agaçant des manières du président français, la crise les a rapprochés. Oubliée la crise de nerfs sur l'Union pour la Méditerranée. La crise de l'euro et des dettes souveraines replace l'Allemagne sur le devant de la scène. À tel point que Nicolas Sarkozy axera sa campagne de réélection sur le thème de la convergence avec Berlin. Une stratégie risquée, estiment néanmoins les observateurs, qui redoutent de voir se créer une asymétrie entre les deux alliés.

  • Chirac - Schröder (1995-2005)

    Entre le gaulliste et le social-démocrate, l'entente a été cordiale. Mais leurs points de vue divergent sur de nombreux sujets, et l'élargissement européen allège le poids du couple franco-allemand. La non ratification par la France du Traité constitutionnel en 2005 place Paris en porte-à-faux avec Berlin a bien ratifié le traité.

  • Mitterrand - Kohl (1982-1995)

    Le socialiste et le démocrate-chrétien n'appartenaient pas à la même famille politique. Leur bonne entente et l'image de François Mitterrand et Helmut Kohl, se tenant la main à Verdun, resteront comme le symbole de la réconciliation franco-allemande. La signature du traité de Maastricht et la mise sur orbite de l'Union économique et monétaire resteront eux aussi dans les livres d'histoire.

  • Giscard - Schmidt (1974-1981)

    Les deux hommes arrivent au pouvoir la même année et seront les artisans d'un rapprochement inédit des deux pays. Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing créeront ensemble la CEE, le Conseil européen avant de lancer le Système monétaire européen (SME).

  • Pompidou - Brandt (1969-1974)

    Le couple franco-allemand retrouve des couleurs avec l'arrivée au pouvoir de George Pompidou et du chancelier Willy Brandt. Si leurs liens politiques ne sont pas des plus étroits, leur collaboration donnera naissance au projet Airbus dont on mesure aujourd'hui l'importance.

  • De Gaulle - Adenauer (1958-1963)

    Alors que la construction européenne avance à grands pas, deux hommes donnent corps au couple franco-allemand : Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Cette réconciliation historique entre les deux pays belligérants de la Seconde guerre mondiale et l'émergence d'une alliance européenne se concrétisera lors de la signature du traité de l'Élysée, en janvier 1963. Preuve que les relations humaines comptent pour beaucoup dans le couple franco-allemand, le départ d'Adenauer gèlera les relations entre Paris et Berlin.