POLITIQUE

Québec demande à Ottawa de suspendre sa réforme de l'assurance-emploi

15/01/2013 03:54 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT
AP
Dozens of job seekers line up to enter a National Career Fair, Wednesday, Feb. 22, 2012 in New York. The number of people seeking unemployment aid stayed at a four-year low last week, the latest evidence that layoffs are low and the job market is slowly healing. (AP Photo/Mark Lennihan)

MONTRÉAL - Québec demande à Ottawa de suspendre l'application de sa réforme de l'assurance-emploi et de lui fournir ses évaluations de l'impact qu'aura cette réforme.

«Nous voulons savoir combien de gens se ramasseront sur l'aide sociale à cause des coupures du fédéral. Nous voulons savoir combien de prestataires seront touchés», a martelé le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, lors d'une conférence de presse à Montréal, mardi.

Le ministre Cloutier a reproché au gouvernement Harper de vouloir faire des économies non seulement sur le dos des travailleurs saisonniers mais aussi aux frais des provinces, particulièrement le Québec.

Il a fait valoir que bon nombre des travailleurs qui seront privés de prestations devront se tourner vers l'aide sociale et, donc, grever davantage le trésor québécois.

«Cette réforme-ci, celle des conservateurs, du gouvernement de Stephen Harper, est brutale», a pour sa part déclaré le porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, Pierre Céré, qui accompagnait le ministre lors de la rencontre de presse.

Le ministre Cloutier a de plus laissé entendre que le gouvernement conservateur fait preuve de favoritisme politique puisque 40 pour cent des travailleurs saisonniers qui reçoivent des prestations d'assurance-emploi se trouvent au Québec, comparativement à 8 pour cent en Alberta. Il en va de même, selon lui, pour les Maritimes, qui comptent 27 pour cent des prestataires saisonniers.

«C'est comme si le gouvernement conservateur ne comprenait pas qu'au Québec, on a des industries qui fonctionnent en suivant les saisons», a laissé tomber le ministre.

«On ne pêche pas le homard au mois de janvier; on ne plante pas des arbres au Saguenay-Lac-Saint-Jean au mois de février; les Québécois ne vont pas voir les baleines dans le Saint-Laurent au mois de mars», a-t-il raillé.

De son côté, Jean-Claude Rocheleau, directeur général de l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS), a fait valoir que les contraintes imposées par les conservateurs, soit d'obliger les prestataires à accepter des emplois dans un rayon de 100 kilomètres à 70 pour cent du salaire précédent, pourrait menacer des industries entières, comme celle de ses membres. Il a expliqué que les techniciens travaillaient à contrat, sur appel la plupart du temps à un ou deux jours d'avis.

«On oblige les techniciens à aller travailler ailleurs entre les tournages qu'ils ont à faire. Cela veut dire qu'ils ne seront pas disponibles pour le tournage suivant ou pour tourner des publicités, des films à la télévision, des séries télévisées. Ces gens-là ne resteront pas, ils vont se ramasser ailleurs et cette expertise sera perdue», a dit M. Rocheleau.

Les employeurs dans plusieurs domaines, notamment dans l'éducation, ont dit craindre de telles répercussions, selon Pierre Céré.

Le ministre Cloutier a indiqué que sa collègue à l'Emploi et au Travail, Agnès Maltais, doit rencontrer la ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley, pour discuter du dossier, mais il a ajouté qu'à défaut d'obtenir une écoute du gouvernement Harper, il faudrait s'en remettre à la rue.

«Notre rapport de force est celui de la mobilisation populaire. Si le gouvernement conservateur ne réagit pas (...) s'ils ne comprennent pas le message d'un mouvement populaire, ils s'expliqueront à leur prochaine élection», a indiqué M. Cloutier.

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