BIEN-ÊTRE

Les Cubains peuvent voyager à l'étranger, pour la première fois depuis 50 ans

14/01/2013 11:22 EST | Actualisé 16/03/2013 05:12 EDT

Pour la première fois en un demi-siècle, les Cubains ont désormais le droit de voyager à l'étranger depuis ce lundi en vertu d'une réforme instaurée par le président Raul Castro, très attendue par la population mais dont certains craignent que l'application ne soit limitée.

La réforme, annoncée le 16 octobre par Raul Castro et entrée en vigueur lundi à minuit (05H00 GMT), est la première grande mesure sociale du régime communiste. Elle autorise les Cubains à sortir du pays. Tout au moins, ceux qui pourront se le permettre.

Pour la première fois depuis les années 60, tout Cubain de plus de 18 ans est autorisé à se rendre à l'étranger s'il dispose d'un passeport en règle. Les mineurs peuvent également sortir du pays à condition de disposer d'autorisations notariées de leurs parents ou tuteurs.

La loi devrait bénéficier particulièrement aux Cubains désireux de revoir leur pays, car quelque deux millions de personnes, soit près d'un Cubain sur six, vivent à l'étranger - dont 80% aux Etats-Unis, essentiellement en Floride - en particulier les sportifs et d'autres personnes ayant fait défection à l'occasion d'une tournée ou d'un déplacement professionnel à l'étranger.

Depuis les restrictions imposées en 1961 par le régime communiste, les Cubains désirant quitter l'île devaient solliciter une "carte blanche" et présenter une lettre d'invitation de l'étranger, où ils ne pouvaient rester plus de 11 mois, sous peine de voir leurs biens confisqués et être considérés comme des expatriés définitifs.

Jusqu'ici le coût des formalités - passeport, permis de sortie, certifications de documents, visa du pays de destination - qui pouvait atteindre 500 dollars et s'ajoutait au prix du billet d'avion, mettait souvent les voyages hors d'atteinte pour les Cubains dont le salaire mensuel moyen est de 20 dollars.

Aujourd'hui, il faudra tout de même payer 100 dollars pour obtenir un passeport.

La nouvelle loi est l'une des plus marquantes à avoir été adoptées depuis l'accession au pouvoir de Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel en juillet 2006. Il a depuis introduit diverses réformes donnant plus de place au secteur privé.

Les Etats-Unis ont salué la décision de Cuba de mettre fin au permis de sortie obligatoire pour les Cubains, cohérente à leurs yeux "avec la déclaration universelle des droits de l'Homme qui stipule que tout le monde doit avoir le droit de quitter n'importe quel pays - y compris le sien - et de pouvoir y retourner, de pouvoir aller et venir".

La réforme pourrait toutefois déclencher un afflux migratoire vers les Etats-Unis. Héritage de la Guerre froide, les Etats-Unis attribuent le statut de résident aux Cubains arrivant sur leur sol.

En outre, tous les Cubains ne pourront pas se déplacer librement. Les sportifs de haut niveau - une des fiertés de la Révolution cubaine -, certains dirigeants et acteurs économiques "essentiels" notamment continueront à faire l'objet de restrictions de sortie.

Le gouvernement a justifié ces restrictions en affirmant que les Etats-Unis favorisent depuis des décennies la "fuite de cerveaux" et les défections de vedettes du sport.

Ces dernières années, plus de 30 athlètes de haut niveau ont fait défection lors de tournées à l'étranger ou ont fui l'île, notamment le champion de boxe Guillermo Rigondeaux ainsi que plusieurs champions de baseball, de football et de basket-ball.

Les autorités ont précisé que les médecins pourraient voyager sans entrave.

Les dissidents, accusés par le gouvernement d'être des "mercenaires" à la solde des États-Unis, craignent de devoir continuer à affronter des restrictions pour se rendre à l'étranger, la nouvelle loi stipulant que la sortie du pays peut être interdite pour des raisons de "sécurité nationale".

"La réforme de l'immigration n'est pas différente des autres (...) Il y aura toujours des filtres. Au final, le gouvernement choisira qui peut et ne peut pas sortir du pays", a déclaré Berta Soler, leader du groupe d'opposition des Dames en blanc qui rassemble épouses et proches de détenus politiques.