MONTRÉAL - La CSN s'inquiète des tendances antisyndicales manifestées par le gouvernement conservateur à Ottawa et estime que celui-ci encourage l'intensification des stratégies d'employeurs antisyndicaux comme Couche-Tard et Walmart.

«Un des problèmes, c'est qu'on est confronté à des employeurs et à des entreprises qui sont farouchement antisyndicaux, a dit le président de la CSN, Jacques Létourneau, en conférence de presse mardi. On comprend que le gouvernement à Ottawa a choisi son camp. Il veut favoriser l'implantation de ce type d'entreprises.»

Il a reconnu du même souffle que les syndicats ont du mal à contenir cette tendance.

«Ça représente tout un défi pour le mouvement syndical que, malheureusement, on n'a pas été capable de relever au cours des dernières années parce que ce sont des employeurs qui bataillent ferme contre la syndicalisation, qui mènent de grosses campagnes idéologiques auprès des travailleuses et des travailleurs, comme quoi le syndicat c'est pas bon, c'est une paquet de troubles, alors que dans les faits, ce sont probablement ces travailleurs qui ont le plus besoin d'une organisation syndicale», a-t-il précisé.

M. Létourneau a ainsi reproché au gouvernement de Stephen Harper d'attaquer de front les syndicats avec la loi C-377 qui oblige ces derniers à dévoiler l'ensemble de leurs dépenses.

«C-377 ne vise que les organisations syndicales. Il ne s'adresse ni aux associations patronales, ni aux autres groupes de la société civile, que ce soit une association professionnelle de juristes ou autres. (...) Ce qu'on vise c'est de discréditer le mouvement syndical en disant qu'elles ne sont pas transparentes sur le plan économique», a-t-il dit.

M. Létourneau, qui fait valoir que les états financiers de la CSN sont déjà publics, estime que ce sont plutôt les employeurs qui devraient être soumis à un régime de transparence.

«Parfois, certains employeurs vont accepter d'être transparents sur le plan économique quand l'entreprise est en difficulté. Quand ça va mal (ils mettent) les livres sur la table mais quand ça va bien, on n'est pas capable de savoir c'est quoi exactement la situation économique de l'entreprise», a-t-il dit.

Le bureau du ministre Maxime Bernier n'a pas tardé à réagir à ces affirmations. Son porte-parole, Scott French, a déclaré: «Notre gouvernement croit que les travailleurs ont le droit de savoir comment leur syndicat dépense leurs cotisations syndicales. L'objectif de ce projet de loi est tout simplement d'assurer une plus grande transparence financière des syndicats afin d'assurer que les cotisations syndicales sont dépensées d'une manière appropriée.»

Jacques Létourneau a par ailleurs fait part de ses craintes de voir le gouvernement Harper séduit par les initiatives américaines de législation «right-to-work», qui permettent à des travailleurs de ne pas être membres du syndicat dans une entreprise syndiquée, ce qui est présentement interdit au Canada en vertu de la formule Rand.

«Même si M. Bernier prétend que leur intention est de ne pas toucher à la formule Rand, avant la Fêtes, il y avait des rumeurs qui circulaient qu'un député déposerait éventuellement un projet de loi privé qui irait exactement dans le sens du principe du «droit au travail» — le droit de travailler sans payer tes cotisations syndicales — alors qu'on sait très bien qu'aux États-Unis cela a eu des conséquences directes sur le taux de syndicalisation», a dit M. Létourneau.

Il a promis de s'élever contre toute tentative en ce sens. «On va se battre contre ça, on va faire le travail dans nos propres syndicats pour leur expliquer pourquoi on paye une cotisation. Parce que la convention qui est négociée par le syndicat s'applique à l'ensemble des travailleurs de l'entreprise. Il y a une logique derrière la formule Rand», a-t-il fait valoir.

La centrale identifie toutefois des éléments positifs malgré ce qu'elle juge être une montée de la droite dans la société canadienne.

Ainsi, M. Létourneau note que le taux de syndicalisation se maintient au Québec, et ce, malgré une forte tendance à la baisse partout ailleurs dans le monde.

Le président de la CSN se montre également ragaillardi par la mobilisation étudiante du printemps dernier.

«On souhaite que, justement, ce qui s'est passé au Québec au cours de l'année 2012, qui est unique, qui est historique dans notre parcours des 25, 30 dernières années, va être porteur pour les organisations syndicales. Ce sont les travailleuses et les travailleurs de demain. Donc, ce sont eux qui vont forger, qui vont développer, qui vont modeler et qui vont mettre à leur main le syndicalisme», a-t-il dit.

La CSN avait convoqué les médias afin de dresser le bilan 2012 et les priorités 2013 de la centrale, qui entend concentrer son action sur trois axes: un revenu décent au travail et à la retraite, un développement économique durable et une fiscalité équitable qui assure le financement des services publics.

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  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)