La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a affirmé vendredi que la chef autochtone Theresa Spence, qui jeûne depuis 17 jours dans l'espoir de rencontrer le premier ministre, devrait mettre un terme à sa grève de la faim.

Mme Aglukkaq, qui est Inuite, soutient que la chef Spence devrait accepter de rencontrer le ministre des Affaires autochtones, John Duncan. Elle soutient que les politiques autochtones sont du ressort de M. Duncan, et que c'est donc lui que devrait rencontrer la chef de la Première Nation crie d'Attawapiskat.

Le ministre Duncan a plusieurs fois offert de discuter avec Mme Spence, qui a toujours refusé parce que c'est le premier ministre Stephen Harper qu'elle souhaite rencontrer.

La chef Spence a d'ailleurs rejeté vendredi l'offre de Mme Aglukkaq, affirmant que le ministre Duncan n'était pas habilité à entamer des discussions de nation à nation. « Le seul accès légal de la Couronne à nos terres dépend du respect des promesses annoncées lors des négociations d'un traité », a-t-elle déclaré.

Mme Spence a cessé de manger des aliments solides le 11 décembre, dans le but d'obtenir une rencontre entre les leaders des Premières Nations, le premier ministre Harper et le gouverneur général, David Johnston, pour revoir les liens entre les Autochtones et l'État canadien. Mme Spence a fait le voeu de mourir si le gouvernement conservateur ne fait pas montre de plus de respect envers les problèmes des Autochtones et les traités en vigueur.

La chef s'est installée sur une île de la rivière des Outaouais, considérée par la Première Nation Anishinabe comme faisant partie de son territoire ancestral.

Au moins un conservateur a tenté de visiter l'île dans l'espoir de la rencontrer, mais on lui a refusé l'accès : il s'agit du sénateur autochtone Patrick Brazeau, dont la tentative infructueuse a eu lieu plus tôt cette semaine.

Le gouvernement Harper a offert de former un groupe de travail conjoint avec de hauts responsables fédéraux et des représentants des Premières Nations. Ottawa rappelle également la tenue, en janvier dernier, d'une rencontre avec les leaders des Premières Nations comme preuve de son sérieux pour améliorer la relation entre les parties, et dit avoir dépensé des millions de dollars pour la santé, le logement et l'éducation des Autochtones.

Les leaders des Premières Nations affirment toutefois qu'ils sont exclus des discussions tenues par le gouvernement Harper sur la meilleure façon d'exploiter les lucratives ressources naturelles du pays.

Une série de manifestations organisées au cours des deux dernières semaines, sous la bannière du mouvement « Idle No More », a entre autres été provoquée par le récent projet de loi budgétaire. La « loi mammouth » a notamment fait disparaître la protection environnementale fédérale de nombreux cours d'eau sans consulter les groupes autochtones, qui en dépendent pour leur apport en eau potable et en nourriture.

Par ailleurs, dans une déclaration publiée vendredi sur le site Internet de Québec solidaire, la porte-parole, Françoise David, a elle aussi demandé au premier ministre Harper d'accepter de rencontrer Mme Spence. Elle demande également au gouvernement du Parti québécois de faire des représentations en ce sens.

« Les inquiétudes et demandes exprimées par la chef Spence et par le mouvement « Idle No More », qui multiplie les actions, sont légitimes, écrit Mme David. L'érosion des normes environnementales, l'exploitation accélérée des ressources naturelles, le respect des traités et de la souveraineté des nations autochtones, la pauvreté dans les communautés sont autant de sujets qui touchent directement les Autochtones. Ces sujets méritent l'attention du premier ministre du Canada. Il est temps que Stephen Harper s'assoie avec Theresa Spence. »

Le chef de la bande Tk'emlups de Colombie-Britannique, Shane Gottfriedson, a pour sa part demandé à Mme Spence de mettre un terme à sa grève de la faim, affirmant que ses 17 jours de privations constituent un acte à la fois honorable et noble, et qu'elle a réussi à faire entendre son point de vue.

Selon lui, si la chef Spence se bat pour résoudre plusieurs problèmes dont souffrent les Premières Nations, les problèmes en question ne seront pas réglés dans l'immédiat, et la santé de la chef est plus importante.

Aux yeux de M. Gottfriedson, la prochaine étape consiste à entamer un dialogue avec le gouvernement fédéral, et il estime qu'une réunion avec le premier ministre ne serait de toute façon pas nécessaire pour entamer ce dialogue.


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