Le chef du gouvernement italien démissionnaire Mario Monti laisse la voie ouverte à un affrontement entre le centre-gauche et l'imprévisible Silvio Berlusconi. Après deux semaines de suspense, le centriste a levé le voile sur ses intentions lors d'une conférence de presse dimanche en fin de matinée. Il aura fallu attendre plus d'une heure et demi de discours avant qu'il annonce qu'il ne sera pas candidat aux élections législatives. En revanche, il se dit prêt à prendre la présidence du Conseil italien si aucune majorité claire ne se dégageait au parlement.

"Aux forces qui manifesteront une adhésion convaincue et crédible au programme Monti, je suis prêt à donner mon opinion, mes encouragements, et si on me le demande, à les diriger. Je suis prêt à assumer un jour, si les circonstances le veulent, les responsabilités qui me seraient confiées par le Parlement", a-t-il déclaré. "Je ne sais pas encore (ndlr: si je vais me présenter). Mais quelque chose en moi me dit de ne pas le faire", affirmait-il dans une interview publiée dimanche dans la Repubblica.

"Si on me le demande, je suis prêt à assumer mes responsabilités", a-t-il redit un peu plus tard dimanche. "Je ne me range avec personne, je voudrais que les parties et les forces sociales se confrontent sur les idées". "Ce qui est important ce sont les idées, et j'espère qu'elles seront partagées par une majorité au Parlement", a-t-il ajouté, en appelant de ses vœux "une majorité ample" qui inclue les centristes et le centre-gauche. "Mon programme n'est pas adressé au centre, à la droite ou à la gauche. C'est un programme adressé à tous, à quiconque le trouve digne d'intérêt", a-t-il précisé, souhait que son agenda serve à "clarifier et unir les forces".

Monti déboussolé par Berlusconi

Mario Monti s'était d'abord réjoui -qu'après treize mois à la tête du pays- l'Italie soit "sortie de la crise financière" sans aide extérieure. Avoir redoré le blason de l'Italie sur les marchés financiers et face à ses créanciers, c'est la principale réussite de Mario Monti. "La crise financière a été vaincue", et ce, "sans aides européennes, et sans aide du FMI" comme beaucoup nous le suggéraient fortement, a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse, après avoir rappelé "la situation périlleuse dans laquelle se trouvait le pays" lorsqu'il en a pris la tête en novembre 2011. "Les Italiens peuvent de nouveau garder la tête haute comme citoyens européens", avait-il poursuivi.

Laissant planer le doute sur ses intentions personnelles, Mario Monti avait ensuite annoncé "un programme pour changer l'Italie" et 'réformer l'Europe". Il a évoqué un "agenda pour un engagement commun, première contribution à une discussion ouverte". Pour lui l'essentiel est que "les durs sacrifices que les Italiens ont dû consentir (au cours de l'année écoulée) ne soit perdus".

Le chef du gouvernement italien s'en est également pris durement au Cavaliere, exprimant son "désarroi" face aux déclarations contradictoires de Silvio Berlusconi à son égard. "J'ai beaucoup de mal à suivre la linéarité de sa pensée", a-t-il dit. "Il y a un cadre de compréhension mentale qui m'échappe", a-t-il insisté, rappelant que son prédécesseur avait qualifié son bilan de désastre", alors qu'il lui réclamait quelques jours plus tôt de prendre la tête d'une coalition des modérés. Silvio Berlusconi s'était dit prêt à se retirer en cas de candidature de Mario Monti.

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  • Silvio Berlusconi

    Chef du gouvernement italien à trois reprises entre 1994 et 2011, c'est aussi la troisième fortune d'Italie. À 76 ans, il est le leader du Peuple de la Liberté, un parti réunissant le centre-droit et la droite conservatrice. Il est candidat à la présidence du Conseil en 2013.

  • Gianfranco Fini

    Ancien allié et ministre de Silvio Berlusconi, c'est aujourd'hui l'un de ses plus gros opposants. À la tête du parti Futur et liberté pour l'Italie, il représente l'aile la plus droitière du courant conservateur du pays.

  • Mario Monti

    Ancien universitaire et commissaire européen, Mario Monti est un économiste de formation. Il a été nommé par le président de la République italienne après la démission de Silvio Berlusconi en novembre 2011. C'est sous son gouvernement que l'Italie a entamé une série de réformes profondes.

  • Angelino Alfano

    C'est le numéro 2 de Silvio Berlusconi au sein du parti du Peuple de la liberté.

  • Pier Luigi Bersani

    C'est le leader de la gauche italienne, depuis sa victoire à la primaire du Parti démocrate le 1er décembre dernier.

  • Giorgio Napolitano

    C'est le président de la République italienne. Après le démission de Silvio Berlusconi en 2011, il nomme Mario Monti et son équipe technique à la tête de l'Etat sans organiser d'élection.

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