La mauvaise gestion du Centre hospitalier de santé McGill (CUSM) a fait exploser son déficit et soulève de nombreuses questions, conclut le comité d'experts qui a étudié les finances de l'établissement.

Plus que ce qui avait été évalué par l'établissement en début d'année, le déficit anticipé au 31 mars 2013 atteindra un minimum de 61 millions de dollars, alors que le montant prévu était de 12 millions.

À ce fardeau budgétaire s'ajoutent des déficits non récurrents attribuables, entre autres, à certaines transactions immobilières et à un manque à recevoir de la Fondation de l'hôpital Royal Victoria, selon le rapport du comité d'experts.

Le déficit pourrait ainsi grimper jusqu'à 115 millions de dollars pour 2012-2013, un montant plus important que ceux de l'ensemble des établissements de santé du Québec.

Le rapport technique révèle aussi que l'ex-directeur du centre hospitalier Arthur T. Porter a privé le conseil d'administration d'informations importantes lorsqu'il était en poste, préférant gérer avec un petit groupe de personnes. M. Porter a donné sa démission en décembre 2011.

Le rapport fait aussi état de 880 000 heures rémunérées, non autorisées, depuis 2009, ce qui représente l'équivalent de 500 personnes travaillant à temps plein, un montant qui ne peut être expliqué, ni par une hausse des activités, ni par l'intensité des soins.

De plus, le rapport révèle que des règles établies pour certaines transactions immobilières d'immeubles n'ont pas été respectées.

Québec nomme un « accompagnateur »

À la suite du dévoilement de ce rapport, Québec a mandaté un accompagnateur au conseil d'administration pour parvenir à l'équilibre budgétaire. Le Dr Michel Bureau entrera en fonction mercredi. Il devra mettre en oeuvre les 49 recommandations du rapport et identifier les mesures d'économies supplémentaires.

Son mandat s'étale sur une période de 18 mois, moment du retour prévu à l'équilibre budgétaire. En entrevue au Réseau de l'information, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a indiqué qu'il rencontrera Michel Bureau. Il a aussi affirmé qu'il ne s'agit pas d'une mise en tutelle déguisée pour l'établissement.

La mauvaise gestion qui inquiète le ministre s'ajoute aux allégations de corruption dans la construction du nouvel hôpital, qui fait déjà l'objet d'une enquête par l'escouade Marteau.

Les auteurs du rapport insistent sur l'urgence d'agir et posent encore plusieurs questions dans leurs conclusions.

« Malgré le travail d'analyse, plusieurs interrogations demeurent en suspens : Quels sont les éléments déclencheurs du dérapage de la situation budgétaire à la fin de l'année financière 2008-2009 et pourquoi rien de significatif n'a été fait pour l'arrêter? Pourquoi le rythme de croissance des dépenses dépassait celui des autres établissements comparables? Pourquoi les heures rémunérées ont connu une telle croissance? »

Les auteurs rappellent par ailleurs que les cadres supérieurs à la tête de l'établissement étaient en place sous la direction d'Arthur T. Porter. « Il est quasi impossible qu'ils n'aient pas eu le diagnostic exact de la situation », conclut le rapport.