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Syrie: l'annonce de la Russie sur la possible victoire des rebelles constitue-t-elle un tournant?

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SYRIE - Le conflit syrien, entamé le 15 mars 2011 et qui a déjà fait plus de 42 000 morts, pourrait-il bientôt trouver son issue? S'il est encore beaucoup trop tôt pour répondre, cette semaine, plusieurs actes et déclarations démontrent que des pas importants ont été effectués.

Mise à jour: Vendredi 14 décembre, la Russie a expliqué qu'elle n'a pas changé et ne changera pas de position sur la Syrie.

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La Russie envisage désormais une victoire de l'opposition

"En ce qui concerne la victoire de l'opposition, on ne peut pas l'exclure, et, malheureusement, il faut regarder les choses en face: le régime et le gouvernement syriens perdent de plus en plus le contrôle du pays", a déclaré jeudi un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov.

C'est la première fois qu'un haut responsable russe reconnaît de manière aussi explicite une possible victoire des opposants au régime de Bachar al-Assad, dont Moscou est l'un des derniers soutiens.

"Moscou va néanmoins insister pour faire appliquer le communiqué de Genève et chercher une solution pacifique au conflit", a souligné Bogdanov, faisant référence à l'accord sur les principes d'une transition politique en Syrie adopté le 30 juin à Genève par le Groupe d'action sur la Syrie.

Même si l'opposition syrienne devait l'emporter, le conflit pourrait durer encore des mois et faire des milliers de victimes, a ajouté Mikhaïl Bogdanov, s'adressant aux opposants syriens dans des termes peu courants dans le langage diplomatique.

"Ils (l'opposition) disent contrôler 60% du territoire syrien, mais nous leur disons, si vous voulez continuer, il vous reste encore 40%" du pays à contrôler, a-t-il expliqué. "Si (vous avez pris) 60% en deux ans de guerre civile, il vous faudra encore un an demi. Alors que 40.000 personnes ont été tuées jusqu'ici, la poursuite du conflit va se durcir, et vous allez perdre des dizaines, peut-être des centaines de milliers personnes", a averti le vice-ministre. Et de s'interroger: "Si c'est le prix à payer pour renverser le président et que cela vous va, que pouvons-nous faire?".

Interrogé par Le HuffPost, Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), décrypte ce message russe:

"Moscou constate aujourd'hui que le rapport est en train de s'inverser en Syrie. Face à cette situation qui évolue, les Russes cherchent avant tout à préserver l'avenir. Le lien qu'ils entretiennent avec le régime de Bachar al-Assad n'est pas forcément indéfectible. Dans le passé, il est déjà arrivé que Moscou face volte-face avec un allié. Attention, cela ne veut pas dire qu'elle lâche Damas. Il ne faut surtout pas surestimer ces déclarations. Le pays de Vladimir Poutine, toujours très pragmatique, est pour l'instant dans la constatation. Mais il envoie tout de même un premier signal au régime Bachar al-Assad."

La chute du régime d'al-Assad, une "question de temps"

"Je pense que le régime de Damas se rapproche de l'effondrement, je pense que ce n'est qu'une question de temps, a déclaré jeudi le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, lors d'un point presse. J'exhorte le régime à mettre fin aux violences, à réaliser quelle est la situation aujourd'hui et à engager un processus pour satisfaire les demandes légitimes du peuple syrien".

De son côté, le ministre irakien des Finances, Rifaa al-Issawi, dont le pays a jusqu'ici évité toute prise de position publique au sujet du conflit syrien est aussi allé dans ce sens.

"J'ai personnellement l'impression que (...) les changements (en Syrie) auront lieu d'ici peu", a-t-il déclaré en marge d'une réunion avec le Fonds monétaire international à Amman. "Je crois, personnellement (que c'est une question) de semaines", a-t-il précisé relevant qu'"à présent les combats ont lieu aux alentours de l'aéroport de Damas (...) (et qu') on a l'impression qu'il y a une accélération".

Signe ou non indiquant une position de force, le président de la Coalition nationale syrienne (CNS), Mouaz al Khatib, a assuré jeudi "(qu'elle n'avait) plus besoin des forces internationales pour (la) protéger". "Désormais, les Syriens n'ont rien à perdre. Ils gèrent leurs problèmes eux-mêmes", dit ainsi le président du CNS, cité par Le Nouvel Obs. "La communauté internationale est en partie responsable de l'émergence de quelques phénomènes inquiétants en raison de sa négligence envers les peuples et les nations", a-t-il accusé.

L'opposition reconnue formellement par les Amis de la Syrie

Le groupe des Amis de la Syrie, formé de pays arabes et occidentaux opposés au régime de Bachar al-Assad, a formellement reconnu mercredi la Coalition nationale de l'opposition comme "seule représentante" des Syriens, a indiqué le Maroc, hôte de la réunion.

"Aujourd'hui, un reconnaissance complète a été accordée à la Coalition nationale comme seule représentante du peuple syrien", a déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères Saad-Eddine el-Othmani lors d'une conférence de presse à Marrakech à l'issue de la réunion.

Le groupe, qui se retrouvait pour la quatrième fois au niveau ministériel, rassemble plus d'une centaine de pays occidentaux et arabes, d'organisations internationales et des représentants de l'opposition au régime de Damas.

Des rebelles aidés financièrement

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud Al-Fayçal, a annoncé mercredi une aide de 100 millions de dollars de l'Arabie saoudite en faveur de l'opposition syrienne unifiée, appelant à une intensification des efforts internationaux.

Il a exprimé l'espoir que les pays membres de ce groupe -plus d'une centaine- "contribuent généreusement", estimant que davantage pouvait "être fait pour alléger les souffrances du peuple syrien". "La situation humanitaire en Syrie est notre principale préoccupation", a poursuivi Saoud Al-Fayçal, qualifiant de "grave" la situation "du nombre croissant de personnes déplacées et de réfugiés".

Les Etats-Unis ont reconnu l'opposition syrienne

Barack Obama en a fait l'annonce mardi dans un entretien à la chaîne de télévision américaine ABC: "Nous avons décidé que la Coalition de l'opposition syrienne rassemblait désormais suffisament (de groupes), reflétait et représentait suffisament la population syrienne, pour que nous la considérions comme la représentante légitime des Syriens".

La France avait été le mois dernier le premier pays occidental à reconnaître formellement la Coalition, avant que l'Union européenne, puis le gouvernement britannique et la Turquie ne lui emboîtent le pas.

Plus tôt dans la journée, Washington avait placé sur sa liste noire antiterroriste le Front al-Nosra, un puissant groupe de jihadistes en Syrie affilié à Al-Qaïda. "Il y a une petite partie des opposants au régime Assad qui sont liés à Al-Qaïda en Irak, et nous les avons désigné comme une organisation terroriste", a souligné à ce propos le président américain sur ABC.

Mais malgré cette reconnaissance de la Coalition, les Etats-Unis ont été clairs: ils n'ont pas l'intention de lui fournir des armes. Pour l'instant, Washington s'en tient à une assistance humanitaire de 200 millions de dollars et à l'acheminement d'une aide "non létale" aux rebelles.

Sur ce point, selon le chercheur spécialiste du Moyen-Orient Karim Bitar, interrogé par Le HuffPost, c'est un secret de Polichinelle:

"Des armes sont très probablement fournies en sous-main par les Turcs, les Saoudiens, et les Qataris, avec l'accord des Etats-Unis -lesquels ont déjà reconnu avoir des agents de la CIA aux frontières jordanienne et turque, qui cherchent à établir une cartographie des groupes de rebelles et éviter que des armes ne tombent entre les mains de groupes radicaux-, afin que les opposants règlent le conflit eux-mêmes, de l'intérieur. En effet, une intervention militaire internationale serait par exemple beaucoup plus délicate qu'en Libye. En Syrie, la complexité vient du fait que trois dimensions se superposent: une révolution populaire contre le régime, une guerre des axes régionaux et des divisions inter-syriennes avec notamment des minorités craintives.

Après la bataille d'Alep, on se dirige maintenant vers une bataille de Damas, dont les prémices commencent à apparaître. Si les rebelles prennent le contrôle de la capitale, le régime d'al-Assad pourrait alors se retrancher sur la zone côtière alaouite, à Lattaquié, et s'organiser en milices. Ce qui constituerait le dernier recours prévu par Bachar-al Assad."

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