Contrat des F-35 : 45 milliards au lieu de 25

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OTTAWA - Si Ottawa va de l'avant avec l'achat des avions de combat F-35, il en coûtera 45 milliards $ aux contribuables au total, une facture bien plus salée que celle envisagée au départ.

Mais aucune décision ne sera prise avant une nouvelle évaluation des options, assure le gouvernement, qui souhaite désormais recommencer du début tout le processus.

«La prochaine étape est l'examen exhaustif des options. Nous recommençons à zéro et nous prenons le temps d'effectuer une évaluation complète de tous les avions chasseurs disponibles», a signalé en point de presse, mercredi, la ministre des Travaux publics chargée du dossier, Rona Ambrose.

L'analyse des solutions de rechange aux F-35 sera donc entreprise, mais pas question pour autant de lancer un appel d'offres comme le réclame l'opposition depuis des mois.

«On n'a toujours aucune garantie qu'on va avoir le bon appareil, au bon prix», a déploré la députée néo-démocrate Christine Moore.

«Comment peut-on analyser toutes les options possibles sans faire d'appel d'offres?» a-t-elle demandé.

Le chef libéral Bob Rae a abondé dans le même sens. «Ce n'est pas le début d'un véritable processus compétitif, ce n'est pas un aveu d'échec ou de méfaits, c'est une tentative de maquiller ce qu'ils perçoivent comme des défauts mineurs du processus précédent», s'est-il désolé.

Coûts

Les conservateurs ont parallèlement rendu public mercredi le détail des coûts nouvellement évalués par la firme comptable KPMG des 65 avions de combat destinés à remplacer la flotte de CF-18 qui devait être mise au rancart d'ici 2020. Le coût d'acquisition reste le même, soit 9 milliards $, mais les frais de développement, de maintien et de fonctionnement grimpent de façon significative.

La facture totale pour les contribuables s'élève à 44,8 milliards $, ou 45,8 milliards $ en incluant l'attrition. Elle doit être payée sur une période de 42 ans.

Si le coût astronomique des F-35 peut frapper l'imaginaire, on tente au gouvernement de dorer la pilule en notant que la durée de vie de ces avions passerait de 20 à 30 ans par rapport au premier scénario prévu.

«En appliquant les frais pour l'ensemble du cycle de vie, il est clair que n'importe quel avion choisi par le gouvernement aura un prix significatif», a prévenu la ministre Ambrose.

Aux yeux du ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, ces investissements sont nécessaires pour que le Canada assure sa protection et défende sa souveraineté.

Les ministres avaient déjà en main le rapport de KPMG depuis quelques semaines, mais ils ont préféré attendre la toute dernière semaine de travaux parlementaires pour en révéler le contenu. C'est que le dossier a été utilisé abondamment depuis un an comme munitions par les partis d'opposition, qui se plaignent à l'unisson du manque de transparence et du gonflement de la facture.

Quand le gouvernement a officialisé qu'il allait de l'avant avec les F-35 en 2010, le coût d'achat était évalué à 9 milliards $. Mais c'était sans compter les frais d'entretien qui auraient fait monter les coûts à 16 milliards $.

Une nouvelle estimation des coûts — 25 milliards $ au total — avait été réalisée par le vérificateur général Michael Ferguson dans son rapport printanier cette année. Du même souffle, le chien de garde du gouvernement avait fortement critiqué les conservateurs pour l'opacité du processus d'acquisition.

Malgré ces déboires, le ministre MacKay a refusé de dire s'il regrettait la manière dont il avait géré le dossier.

«Ce qui est important ici est que nous avons réagi devant ces recommandations, que nous offrons aux Canadiens l'assurance dont ils ont besoin sur le fait qu'ils auront le bon avion pour le pays sur le long terme, et que nous sommes responsables avec l'argent des contribuables», a-t-il simplement conclu.

Pour combien?

Dans son rapport, la firme KPMG prévient la Défense nationale qu'elle devra peut-être se contenter de 55 avions plutôt que de 65 si elle maintient son plafond d'acquisition à 9 milliards $. KPMG juge en effet que le fonds pour éventualités prenant en considération certains risques devrait osciller entre 1,1 milliard $ et 2,5 milliards $ au total. Le ministère n'y prévoit que 602 millions $.

Un haut-fonctionnaire a cependant assuré lors d'une séance d'information technique pour les journalistes que le plan était toujours d'acquérir 65 aéronefs si le choix du Canada s'arrêtait sur les F-35. Il n'a pas voulu s'avancer sur les autres éventualités.

Autre point à signaler: les retombées industrielles ne seront pas aussi élevées que prévu. Alors qu'on avait évoqué le chiffre de 12 milliards $ en retombées prévues au Canada par le passé, le chiffre a été révisé à la baisse, avec des «possibilités» qui atteignent 9,8 milliards $.

La différence est expliquée par des changements dans les taux de change et des modifications dans le modèle, notamment. Jusqu'à présent, les entreprises canadiennes ont obtenu 438 millions $ en contrats liés aux F-35.

Le gouvernement ne s'est fixé aucun échéancier pour l'analyse de ses options. Il a par ailleurs noté qu'il procédera à un examen du coût des mises à niveau nécessaires à un prolongement de la vie des chasseurs CF-18.

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