QUÉBEC - Le ministre Maka Kotto a convoqué à Montréal tous ses conseillers en poste à l'étranger, pendant une semaine aux frais des contribuables, a appris La Presse Canadienne, mardi.

La décision controversée du ministre de la Culture a été prise sans véritable justification et contre l'avis de ses hauts fonctionnaires, en pleine période de compressions.

Par souci d'économie, ces derniers avaient annulé à deux reprises — en 2011 et 2012 — ce projet de visite en sol québécois, planifié sous l'ancien gouvernement.

Mais malgré l'obligation de comprimer les dépenses gouvernementales, M. Kotto a accueilli à Montréal 22 conseillers culturels en poste dans les délégations du Québec à travers le monde, et ce, pour un séjour qui aura duré entre cinq et sept jours, à la mi-novembre.

Si la rencontre peut paraître difficile à justifier en période de compressions, elle l'est encore davantage sur le plan de son utilité, selon un des participants.

«Le rapport coût-bénéfice n'est pas loin d'être nul», a tranché en entrevue un des conseillers culturels du Québec en poste depuis quelques années dans une des grandes capitales du monde, et qui a requis l'anonymat.

Cette décision du ministre Kotto aura occasionné pas moins de 153 nuitées à l'hôtel. Sans compter les billets d'avion, les repas et les frais de transport local. La visite aura coûté au bas mot plus de 64 000 $.

Car en plus des 22 conseillers dépêchés à Montréal, une quinzaine de fonctionnaires en poste à Québec, au ministère de la Culture ou à celui des Relations internationales, ont également participé à la rencontre.

«Pourquoi maintenant, alors qu'on nous annonce des coupures partout», s'interroge le conseiller interviewé, en affirmant que plusieurs participants étaient «très surpris» de la décision du ministre.

Durant la semaine, le ministre Kotto et son collègue des Relations internationales, Jean-François Lisée, ont rencontré les conseillers une seule fois, le 12 novembre, pour prononcer un bref discours et partager un lunch.

À cette occasion, les ministres n'avaient aucun message particulier à passer aux conseillers: pas de réorientation de leur action, pas de nouvelle mission, pas de mandat particulier. Que du réchauffé et des banalités, assure le conseiller qui a accepté de rendre compte de sa semaine à Montréal.

En aucun temps, les ministres n'ont demandé aux conseillers quels problèmes ils rencontraient dans leur travail, ni cherché à partager une réflexion sur l'action du Québec menée à l'étranger et les pratiques privilégiées pour assurer le rayonnement des artistes québécois sur la scène internationale.

«Le degré de réflexion frisait le nul», aux yeux de ce conseiller expérimenté.

Au lieu de cela, les conseillers culturels étaient invités à bâtir des projets communs et à s'inspirer mutuellement de leurs expériences. Or «les projets communs entre délégations, ça n'a jamais marché et ça ne marchera jamais», selon lui.

Car comment comparer la promotion des artistes québécois faite à Shanghai ou Sao Paulo à celle qui se fait à Paris ou Londres, où le Québec est bien implanté depuis longtemps? On parle de réalités de marché, de volume d'activité et de contextes culturels qui se situent à des années-lumière les uns des autres.

Il en conclut que la rencontre ne valait certainement pas le déplacement. Une visioconférence, voire un simple communiqué, auraient largement suffi dans les circonstances, selon lui.

Invité à justifier sa décision, le ministre Kotto a refusé une demande d'entrevue.

Le reste de la semaine, les conseillers ont dû organiser leur temps au Québec à leur guise, soit pour échanger entre eux ou participer à la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), où étaient présents des diffuseurs et producteurs de spectacles susceptibles de connaître un rayonnement à l'étranger.

Certains provenaient d'Asie (Beijing, Shanghai, Tokyo et Séoul), d'autres d'Europe (deux de Berlin, deux autres de Londres, et deux de Paris, puis un de Bruxelles et un autre de Rome), sans compter ceux venus de tous les coins des Amériques (deux de New York, deux autres de Chicago, et ceux d'Atlanta, Boston, Los Angeles, Sao Paulo, Mexico et Toronto). Les autres fonctionnaires provenaient de Québec.

En début de soirée mardi, Nicole Ménard, porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture et de communications, a déclaré que «le ministre de la Culture avait pris une décision absolument grotesque dans le contexte actuel de compression des dépenses».

«Alors que le PQ passe la hache dans les ministères, M. Kotto, quant à lui, n'hésite pas à faire venir à grands frais tous les délégués pour des réunions inutiles. Quel manque de jugement de la part du ministre, mais surtout du ministre des relations internationales, Jean-François Lisée, qui a approuvé la démarche de son collègue», a ajouté la députée libérale de Laporte.

Mme Ménard se demande également si le cabinet de Pauline Marois était au courant de tels projets et si elle a approuvé la démarche de ses ministres.

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  • Agnès Maltais

    Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Solidarité sociale, responsable de la Condition féminine et de la région de la Capitale-Nationale

  • Alexandre Cloutier

    Ministre délégué aux Affaires gouvernementales canadiennes et à la gouvernance souverainiste, responsable de la Côte-Nord

  • Bernard Drainville

    Ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, responsable de la Mauricie

  • Bertrand St-Arnaud

    Ministre de la Justice

  • Yves-François Blanchet

    Ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs

  • Diane De Courcy

    Ministre de l'Immigration, des Communautés culturelles et responsable de la Charte de la langue française

  • Réjean Hébert

    Ministre de la Santé, des Services sociaux et responsable des Aînés, responsable de la région de l'Estrie

  • François Gendron

    Vice-premier ministre, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, ministre responsable de la région de l'Abitibi-Témiscamingue

  • Jean-François Lisée

    Ministre des Affaires internationales, de la Francophonie, du Commerce extérieur et des Affaires métropolitaines

  • Maka Kotto

    Ministre de la Culture et des Communications

  • Marie Malavoy

    Ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sports, responsable de la Montérégie

  • Martine Ouellet

    Ministre des Ressources naturelles

  • Nicolas Marceau

    Ministre des Finances et de l'Économie

  • Pascal Bérubé

    Ministre délégué au Tourisme et ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent

  • Pierre Duchesne

    Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie

  • Stéphane Bédard

    Président du Conseil du trésor, leader parlementaire, responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean

  • Stéphane Bergeron (gauche)

    Ministre de la Sécurité publique

  • Sylvain Gaudreault

    Ministre des Transports, des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire

  • Véronique Hivon

    Ministre déléguée à la Santé publique, à la Protection de la jeunesse, responsable de la région de Lanaudière

  • Élaine Zakaïb

    Ministre déléguée à la politique commerciale et à la banque de développement économique du Québec

  • Gaétan Lelièvre

    Ministre délégué aux Régions, responsable de la Politique nationale de la ruralité, responsable de la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

  • Nicole Léger

    Ministre responsable de la Famille, de la région de Laval-Laurentides

  • Élizabeth Larouche

    Ministre déléguée aux Affaires autochtones

  • Léo Bureau-Blouin

    Adjoint parlementaire de la première ministre