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Robert: en dedans pour ne pas être dehors (VIDÉO)

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Comment décrire la sensation d'être à la maison? Ce sentiment de sécurité, ce port d'attache qui sera là une fois la journée terminée? Un toit et un lit suffisent-ils à se sentir chez soi, quelque part?

Ici, Chez soi est un documentaire Web de l’ONF dans les coulisses de Chez soi, une grande enquête de la Commission de la santé mentale du Canada pour stopper l’itinérance chronique. Le concept? Donner un toit aux sans-abri.

Robert Brown ne s'est jamais senti chez lui, et son enfance marquée par l'abus et l'abandon a été le début d'un cycle qui l'a mené dans les refuges et les prisons du Manitoba. La question du déracinement est au cœur du court métrage Trois repas et un lit : le réalisateur Darryl Nepinak y raconte l’histoire de Robert, participant du projet Chez soi, à qui on a donné un toit et des services pour sortir de l’itinérance chronique, pour de bon.

À Winnipeg, le documentaire Web Ici, Chez soi est ancré dans une réalité criante : 70 % des personnes itinérantes de la ville sont d'origine autochtone. Comme Robert, elles ont été confrontées au déracinement et à l'assimilation. Une perte de repère individuelle et collective, qu'on sent dans chaque mot et chaque souffle de ce participant logé par Chez soi.

En entrevue, le réalisateur Darryl Nepinak avance d'emblée : « Beaucoup de participants du programme à Winnipeg sont d'origine autochtone, comme moi. Je souhaite que nos histoires soient présentées avec le plus de vérité possible. » Au total, ce sont 275 personnes qui sont logées par Chez soi à Winnipeg. Plus de 70 % d'entre eux sont autochtones et tous vivent avec un problème de santé mentale.

Pour Robert, ce toit a été une bénédiction, un point tournant dans sa vie. Avant, il n'hésitait pas à commettre des crimes pour passer l'hiver en prison. Malgré les conditions difficiles, la vie « en dedans » est moins rude que celle dans les rues, quand la température en janvier descend parfois à –40˚C. Maintenant, il découvre ce que c'est de vivre à la maison.

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Autochtones en état d'itinérance: le rétablissement est-il possible ?

Freeman C. Simard est un Autochtone qui représente Winnipeg au sein du Comité national des pairs, une entité de Chez -soi composée de personnes vivant ou ayant vécu des problèmes de santé mentale ou d'itinérance. Lorsque nous l'avons rencontré, Freeman a souligné à quel point les défis auxquels font face les participants de Chez soi à Winnipeg sont uniques.

« Nous sommes un peuple nomade, nous avons été chasseurs-cueilleurs pendant des millénaires. Nous nous déplaçons avec les saisons, rappelle ce spécialiste des problèmes sociaux chez les Autochtones. De l’extérieur, les itinérants autochtones ont souvent l’air perdu. Mais ils savent où ils vont :leur maison est là où ils se trouvent. »

Les Autochtones sans logis vont et viennent entre les réserves et les villes. « Les années 50, 60 et 70 ont été pénibles et plusieurs traumatismes psychologiques remontent à cette époque, comme ceux décrits par Robert. Heureusement, nous savons nous adapter, nous sommes créatifs. Nous avons un fort instinct de survie », raconte Freeman en entrevue.

Robert a déjà commis des crimes afin d’éviter de passer l’hiver dans la rue. « Pour les itinérants autochtones, la prison est comme un refuge. C’est parfois leur seule option », avoue Freeman.

Grâce à Chez soi, Robert connaît enfin le sentiment de se sentir chez lui. Freeman souligne toutefois que les services sociaux et médicaux offerts aux participants logés peuvent les aider à accomplir le plus difficile : ne pas retomber dans l’itinérance chronique et la consommation. « Il existe beaucoup de pression dans les familles et les milieux autochtones pour boire de l’alcool et prendre de la drogue. Pour les participants qui se rétablissent, ce n’est pas simple de rester sur le bon chemin. »

Freeman remarque une certaine jalousie chez les participants du groupe-témoin de Chez soi, qui n’ont pas reçu toit et services. « Ils croient que ceux qui sont logés abusent de leur position privilégiée. Certains invitent des personnes peu recommandables chez eux, font du grabuge et finissent même par perdre leur logement. Les participants non logés trouvent cela injuste. »

Une situation problématique à Montréal

Les Montréalais le savent bien : l'itinérance autochtone est présente au centre-ville, particulièrement sur le boulevard Saint-Laurent entre le boulevard René-Lévesque et la rue Ontario. Le FRAPRU a d'ailleurs déjà soulevé à quel point les personnes issues des Premières nations vivent dans des conditions précaires, surtout lorsqu'elles quittent leur communauté. Projets Autochtones du Québec, le principal refuge montréalais pour les Autochtones qui se retrouvent à la rue, est lui-même à la recherche d’un nouvel endroit où installer ses quartiers.

Un dossier sur l'itinérance autochtone au Québec dans la revue Développement Social de février 2011 apportait des réponses et des pistes de solution à l’itinérance autochtone. Les chercheurs Carole Lévesque, Alexandre Germain, Julie Perrault et Anne-Marie Turcotte relèvent ce que les experts de la question partout au pays savent déjà : l'itinérance autochtone est le résultat de conditions historiques et sociales complexes. La géographie aussi a des conséquences sur les individus qui vivent souvent en transit entre les réserves et les centres urbains.

L'approche «Logement d'abord » (Housing First) pourrait-elle constituer un moyen efficace de soulager les plaies du passé pour les Autochtones qui vivent dans la rue? En les logeant et en leur fournissant des services, comme à Winnipeg, le Québec pourrait-il tourner la page sur ce passé troublant? L'histoire de Robert pourrait être inspirante.

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