Les conservateurs déclarent la guerre aux syndicats, mais est-ce pour faire oublier leurs compressions budgétaires?

Publication: Mis à jour: 06/12/2012 11:51 EST

Le son des tambours est de plus en plus perceptible : le Parti conservateur a bel et bien déclaré la guerre aux syndicats. L'idée de rendre leurs cotisations facultatives et leurs états financiers obligatoires n'est plus un tabou.

Mais selon plusieurs observateurs de la scène politique, la rhétorique conservatrice ne serait qu'une stratégie visant à mettre l'opposition sur la défensive. Au Canada, cette opposition est composée principalement du NPD et des syndicats de la fonction publique.

« L'approche des conservateurs consiste à diaboliser l'adversaire puis à le démolir complètement, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un seul survivant dans le ring », affirme Nelson Wiseman, politologue à l'Université de Toronto.

Les conservateurs sont passés maîtres de cette tactique, initialement développée aux États-Unis par le conseiller républicain Karl Rove sous l'administration Bush. Selon M. Wiseman, elle a été employée avec tant de brio contre le Parti libéral, que beaucoup d'autres groupes sont maintenant dans la ligne de mire des conservateurs.

Cet automne, deux projets de loi antisyndicaux font beaucoup de vagues sur la Colline Parlementaire d'Ottawa. Cependant, l'Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) et l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) auraient préféré attirer notre attention sur les compressions sauvages qui touchent les employés de l'État. En effet, au cours des derniers mois, 26 000 fonctionnaires fédéraux ont reçu un « avis de poste excédentaire » et pourraient donc perdre leur emploi. Au printemps, le gouvernement a d'ailleurs exprimé le souhait de supprimer 19 000 postes d'ici à 2015.
L'impact de cette réduction d'effectifs sur les services rendus à la population demeure inconnu, car Ottawa refuse catégoriquement de révéler où auront lieu les coupures. Le directeur parlementaire du budget Kevin Page a dénoncé ce culte du secret et a affirmé que le système fédéral était « sérieusement compromis ».

Malgré ces pertes d'emploi imminentes, l'AFPC, l'IPFPC et d'autres organisations syndicales doivent redoubler d'efforts pour affronter le projet de loi privé C-377, du député conservateur Russ Hiebert, au Comité permanent des finances.
L'enjeu est de taille : si ce projet de loi est adopté au Parlement, les syndicats des secteurs privé et public devront fournir des états financiers détaillés, qui recensent chaque transaction de plus de 5000 dollars. Leurs dons, contrats et placements seront rendus publics, de même que le nom et l'adresse de chaque fournisseur et l'objectif de chaque dépense.

Les investisseurs qui gèrent les énormes fonds de pension rattachés à ces syndicats devront également fournir des listes de centaines de milliers de transactions. Talonné par les lobbyistes du secteur financier, M. Hiebert a toutefois affirmé qu'il tiendra compte des questions de confidentialité et qu'il réduira la portée du projet de loi en conséquence.

M. Hiebert soutient que le projet de loi C-377 vise à établir une plus grande transparence. Les syndicats croient au contraire qu'il s'agit d'une intrusion dans leur gestion interne, qui aura pour effet de drainer beaucoup de ressources et de créer une bureaucratie monstrueuse.

Pendant ce temps, le député conservateur Pierre Poilievre laisse entrevoir la possibilité que les cotisations syndicales deviennent facultatives.

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