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Le président mexicain Felipe Calderon quitte le pouvoir avec un bilan mitigé

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FELIPE CALDERON
Le président mexicain Felipe Calderon. | AP

MEXICO, Mexico - Quand il est arrivé au pouvoir il y a six ans, le président mexicain Felipe Calderon s'était fixé pour objectif de combattre la pauvreté, de créer des emplois et de renforcer la sécurité. Il quitte son poste samedi avec un bilan mitigé.

Felipe Calderon ne pouvait briguer sa propre succession, la Constitution mexicaine n'autorisant qu'un seul mandat comme président. Le 1er juillet, Enrique Peña Nieto, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), a été élu avec une marge confortable. Il promet lui aussi de lutter contre le trafic de drogue et la violence, mais également de réformer et moderniser le Mexique pour attirer les investisseurs étrangers, notamment dans le secteur crucial du pétrole.

Le Parti d'action nationale (PAN) de Felipe Calderon a suscité beaucoup d'espoirs, notamment celui d'une nouvelle démocratie, quand le prédécesseur de M. Calderon, Vicente Fox, a battu en 2000 le candidat du PRI. Le PRI a dirigé le Mexique pendant 71 ans, de 1929 à 2000, incarnant ce que certains avaient qualifié de «dictature parfaite».

Douze ans plus tard, Felipe Calderon rend la présidence au PRI, qui assure avoir rompu avec ses vieilles méthodes, mais il laisse un pays profondément divisé.

L'une de ses dernières propositions a été d'enlever la mention «États-Unis» du nom officiel du Mexique. Le nom «États-Unis mexicains» a été adopté en 1804, après l'indépendance du Mexique. Il s'inspire évidemment des États-Unis d'Amérique, mais est rarement utilisé, sauf pour les documents officiels, la monnaie et le matériel gouvernemental.

«Après six ans d'exercice du pouvoir et un pays qui n'a pas changé en mieux, il a décidé qu'il pourrait au moins changer le nom», s'est moqué l'éditorialiste et historien Lorenzo Meyer dans le journal «Reforma».

Toujours très sérieux en public, Felipe Calderon était connu pour être entouré d'un petit cercle de confidents et se méfier des autres. Bien qu'il ait dirigé le pays sur l'ancien modèle présidentiel, celui d'un quasi-monarque, il n'avait pas le pouvoir d'ordonner la mise en oeuvre de changements importants, et il n'a pas atteint ses objectifs. Il a souvent été critiqué pour son obstination, certains le qualifiant de fanatique, particulièrement dans sa croisade contre la criminalité.

Mais ce que Felipe Calderon a accompli pour éviter l'effondrement de son pays pendant la crise économique mondiale a été largement salué. «S'il y a quelque chose que nous pouvons applaudir en 12 ans de PAN, c'est la discipline économique qui nous a permis de rester en marge d'une crise majeure», estime Roy Campos, qui travaille pour un institut de sondage mexicain. «Nous avons été protégés et nous sommes prêts à nous développer.»

Felipe Calderon quitte son poste dans un contexte d'enthousiasme international quant à la croissance potentielle du Mexique dans les prochaines années, essentiellement grâce à son industrie florissante. Mais les organisations économiques comme le Fonds monétaire international (FMI) estiment qu'il manque toujours au Mexique les réformes nécessaires dans les secteurs de l'énergie, de la fiscalité et d'autres institutions pour augmenter la productivité et la croissance. M. Calderon a essayé de faire voter de telles réformes, mais il s'est heurté à un Congrès divisé.

Le président sortant a par ailleurs peu fait pour améliorer la transparence dans le pays. Le service gouvernemental de lutte contre la corruption, notamment, était dirigé par un politicien, et non par un enquêteur professionnel. La réforme judiciaire de M. Calderon a à peine été mise en oeuvre, quatre ans après avoir été votée.

Même certaines statistiques gouvernementales ne jouent pas en sa faveur. Quand Felipe Calderon est arrivé au pouvoir en décembre 2006, environ 43 pour cent de la population vivait sous le seuil de pauvreté, soit avec un revenu de moins de 100 $ US par mois. Selon des statistiques établies en 2010, les dernières disponibles, 46 pour cent de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.

Le nombre d'homicides pendant les six années du mandat de M. Calderon a augmenté de 36 pour cent par rapport au précédent gouvernement, pour un total de 101 199 meurtres, selon un rapport de la firme de recherche privée Mexico Evaluates.

Felipe Calderon affirme qu'il avait l'obligation juridique et morale de lutter contre les narcotrafiquants, qui sont devenus de plus en plus violents et qui tentent de contrôler de grands territoires du pays.

«L'histoire jugera et se souviendra de ceux qui se sont battus pour un Mexique libre, libéré du joug du crime et de la délinquance», a dit M. Calderon le 20 novembre, à l'occasion du 102e anniversaire de la Révolution mexicaine.

Felipe Calderon n'a pas répondu aux demandes d'entrevues répétées de l'Associated Press.