LOS ANGELES, États-Unis - Pour Monica Baerg, 16 ans, élève à l'école secondaire Arcadia, en Californie, écrire en lettres attachées ne sert à rien. Ses devoirs scolaires doivent obligatoirement être tapés à l'ordinateur, et pour les messages personnels, il y a les courriels, souligne la jeune fille. Quand elle doit prendre la plume, Monica écrit en lettres d'imprimerie.

«Personne ne nous a jamais forcés à utiliser l'écriture cursive, donc c'était pénible de mémoriser les lettres», raconte l'adolescente, qui a même de la difficulté à déchiffrer ce que ses parents écrivent.

Pas moins de 45 États américains sont sur le point de lui donner raison. Ces États doivent adopter des orientations scolaires communes pour 2014 en mathématiques et en anglais. Et les belles boucles de l'écriture en lettres attachées ne sont plus requises, contrairement à la maîtrise du clavier d'ordinateur dès la fin de l'école primaire.

Certains États, dont la Californie, la Géorgie et le Massachusetts, ont ajouté l'écriture cursive à leurs programmes scolaires. La plupart des autres ont laissé le choix aux districts scolaires.

Aux États-Unis, les ordinateurs ont envahi les salles de classe. Alors pour certains pédagogues, apprendre à écrire en caractères d'imprimerie est bien suffisant.

«Avez-vous vraiment besoin d'apprendre deux façons d'écrire?», demande Steve Graham, professeur de pédagogie à l'université d'État de l'Arizona, qui s'est penché sur l'apprentissage de l'écriture. «Il y aura plein d'enfants qui n'apprendront pas l'écriture cursive. La compétence la plus importante maintenant, c'est de taper à l'ordinateur.»

L'écriture cursive a néanmoins ses partisans, qui lui trouvent des bienfaits sur les capacités psycho-motrices des enfants. Cette écriture les relie aussi au passé, qu'il s'agisse de la Constitution ou des lettres de leurs parents ou grands-parents. Les boucles de l'écriture en lettres attachées en disent beaucoup plus sur la personnalité que les caractères d'imprimerie.

«Je pense que cela fait partie de l'identité et de l'estime de soi», observe Eldra Avery, qui enseigne le langage et la composition à l'école secondaire San Luis Obispo, en Californie. «Il y a quelque chose de très unique et personnel dans une lettre en écriture cursive», ajoute-t-elle.

Autre argument, la rapidité d'écriture. Eldra Avery réapprend l'écriture en lettres attachées à ses élèves pour qu'ils réussissent mieux leurs examens de fin d'année. «Ils doivent écrire trois rédactions en deux heures. Ils ont besoin de cette rapidité», affirme-t-elle. «La plupart ont appris l'écriture cursive au primaire et l'ont oubliée. Leur calligraphie est déplorable.»

La plupart des élèves américains préfèrent les caractères d'imprimerie, qu'ils ont davantage pratiqués. Parmi ses 32 élèves de cinquième année du primaire, seuls trois écrivent en lettres attachées, note Dustin Ellis, enseignant à l'école primaire Big Springs de Simi Valley, en Californie. Si cela ne tenait qu'à lui, il limiterait le programme à l'apprentissage de la lecture des lettres attachées, pas à leur écriture.

«Les élèves peuvent réussir aussi bien avec les lettres d'imprimerie», affirme Dustin Ellis. «Quand un jeune peut écrire par texto 60 mots en une minute, cela signifie qu'on part dans une nouvelle direction. L'écriture cursive est de moins en moins importante.»

Monica Baerg, elle, voit un seul intérêt à l'écriture cursive. Pour l'adolescente, on devrait apprendre aux jeunes ce type de calligraphie dans un unique but: «Tout le monde veut une signature "cool" avec plein de belles boucles».