Le contre-interrogatoire d'André Durocher se poursuit

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ANDRE DUROCHER
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Un texte de François Messier

Le contre-interrogatoire de l'entrepreneur de Blainville André Durocher s'est terminé peu après midi à la commission Charbonneau.

C'est l'avocat du procureur général du Québec, Benoît Boucher, qui a interrogé le président d'Excavations Panthère.

M. Durocher a admis qu'il était sur une liste noire du ministère des Transports (MTQ), à la suite d'une évaluation de rendement insatisfaisant dans la foulée d'un contrat qu'il a exécuté en 2010. Le ministère dit-il, l'a prévenu qu'il ne pourrait plus soumissionner.

L'entrepreneur avait auparavant dit qu'il n'avait pas eu de contrat avec le ministère après 2009, parce que deux contrats effectués pour le compte du ministère, « un avec le groupe Séguin et un avec Dessau-Soprin », n'avaient pas été payés.

M. Durocher s'est montré très contrarié par cette situation, en laissant entendre qu'il avait été justement mis à l'écart par Dessau-Soprin.

« Je me suis battu avec ça. J'ai fait plusieurs contrats de déneigement avec le MTQ, plusieurs contrats de pose de ponceaux, mais quand on veut empêcher un entrepreneur de soumissionner au ministère des Transports, on fait quoi? On sort une liste noire », affirme-t-il.

« Si vous regardez mes antécédents avec le ministère des Transports, j'ai n'ai que des A », a-t-il aussi fait valoir.

Plus tôt lors du contre-interrogatoire, M. Durocher a soutenu qu'un système de collusion pour l'obtention des contrats du MTQ a commencé à prendre forme après 2002, pour s'atténuer en 2009.

Mais son interprétation de la situation a été mise en doute par Me Boucher qui a fait ressortir qu'avant 2003, il n'avait eu que deux contrats avec le MTQ.

Par ailleurs, malgré les alliances entre entrepreneurs et firmes de génie qui, soutient M. Durocher, rendait plus difficile l'accès au MTQ, il a néanmoins eu sept contrats, surtout entre 2007 et 2009.

Les Excavations Panthère se sont placées sous la protection de la loi sur les faillites en 2011.

Suivez la commission en direct avec François Messier :

Une partie du témoignage en non-publication

Le témoignage de M. Durocher s'était d'abord poursuivi sous ordonnance de non-publication, en début de journée. Les propos qu'il a tenus dans ce cadre ne peuvent donc être ni diffusés ni rapportés par les médias.

L'ordonnance de non-publication avait été demandée mercredi par le Directeur des poursuites criminelles et pénales dans le but d'éviter de contaminer les jurys potentiels sur des faits en lien avec des procès à venir concernant les opérations policières Fiche et Gravier.

Lors de la partie publique de son témoignage, mardi et mercredi, André Durocher avait admis qu'après avoir été écrasé par les pratiques collusoires de ses rivaux, il avait lui-même tenté, en vain, de mettre sur pied un système de collusion pour les contrats publics lancés par des municipalités de la Rive-Nord de Montréal.

Un fournisseur de tuyaux mentionné par Surprenant à la barre des témoins

M. Durocher sera suivi à la barre des témoins par Michel Cadotte, directeur ventes pour la compagnie de tuyaux IPEX.

IPEX se définit sur son site Internet comme un concepteur et un fabricant de systèmes intégrés de tuyauteries thermoplastiques - tuyaux, robinets, raccords, accessoires et outils - destinés entre autres aux municipalités.

Son témoignage pourrait permettre de jeter un éclairage sur les pratiques de certaines municipalités, qui exigent que les entrepreneurs utilisent des tuyaux d'une compagnie précise pour des travaux d'égouts et d'aqueducs.

Lors de son témoignage le 24 octobre dernier, l'ex-ingénieur à la Ville de Montréal, Gilles Suprenant, avait mentionné le nom de M. Cadotte en lien avec un contrat réalisé en 2006.

Le contrat, remporté par la Bentech, nécessitait notamment la pose de conduites d'eau secondaires en fonte. Seulement, le fournisseur prévu a rencontré quelques difficultés techniques. Elles ont été vite résolues, mais entre-temps, le directeur de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal, Robert Marcil, a envoyé une directive pour que l'on se tourne vers des tuyaux TerraBrute, que seule la compagnie IPEX de Ville St-Laurent fabriquait.

« Nous, les ingénieurs, les concepteurs, puis les gens de la surveillance, et puis même les entrepreneurs nous disaient que ça n'avait pas de bon sens de poser de tels tuyaux parce que ce n'était absolument pas nécessaire et puis que, au chantier en plus, c'était beaucoup plus long à réaliser », a dit M. Surprenant.

Ils ont donc fait pression sur Robert Marcil qui est revenu au projet originel de recourir à des tuyaux de fonte.

C'est alors que M. Surprenant dit avoir reçu un appel de Michel Cadotte avec qui il va dîner.

« Je ne sais pas quel genre de promesse ou d'intention qu'il avait eue, mais c'est que la firme IPEX avait commandé, si je me souviens bien, environ 10 000 mètres de tuyaux TerraBrute et qu'ils pensaient, évidement, que ces tuyaux-là allaient être posés dans nos contrats à la Ville de Montréal », explique alors M. Surprenant.

Il a répondu à M. Cadotte, qui était « mal pris », qu'il ne pouvait rien faire pour lui.

Lino Zambito avait expliqué, le 2 octobre dernier, que cette pratique de demander des tuyaux particuliers avait pour effet d'accorder un monopole aux fournisseurs en question.

L'entrepreneur, propriétaire d'Infrabec, avait donné l'exemple d'un contrat pour la pose d'une conduite d'eau principale qu'il avait effectuée le 25 octobre 2004 dans Montréal-Nord.La Ville, disait-il, exigeait le recours à des tuyaux en béton armé Hyprescon. Or, à l'époque, il n'y avait dans la région qu'une compagnie, appartenant à Tony Accurso, qui en fournissait.

André Durocher a aussi déclaré mercredi que des municipalités pouvaient exiger des tuyaux des compagnies L'Écuyer et fils ou Tremca pour certains contrats. Il a dit qu'à son avis, des produits équivalents étaient d'aussi bonne qualité.

La commission reviendra d'ailleurs sous ordonnance de non-publication à 14 h, alors que les avocats des médias tenteront de convaincre la commissaire Charbonneau de faire lever au moins en partie l'ordonnance de non-publication portant sur le témoignage de M. Durocher.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

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