QUÉBEC - Québec veut revoir à la baisse la rémunération des médecins, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles tensions avec eux.

Le gouvernement va accentuer la pression sur les fédérations de médecins pour réaménager les ententes conclues en vue d'étaler sur un plus grand nombre d'années les hausses de rémunération négociées par l'ancien gouvernement libéral.

Au lendemain du dépôt du budget 2013-2014, la première ministre Pauline Marois a d'abord rappelé en point de presse, mercredi matin, que le budget de la santé grugeait 50 pour cent des dépenses totales du gouvernement.

«Les médecins, comme d'autres professionnels, peuvent nous aider sûrement à atteindre nos objectifs», selon elle.

En guise de rattrapage avec leurs collègues des autres provinces, l'ancien gouvernement avait consenti aux médecins des hausses importantes de salaire, de l'ordre de 10 à 11 pour cent par année, ce qui est «considérable», selon Mme Marois.

Elle demande donc aux médecins de faire leur part pour faciliter les choses au gouvernement, soucieux de mieux contrôler ses dépenses et de retrouver l'équilibre budgétaire en 2013-2014.

«Normalement, ils seraient capables de faire un petit effort pour nous aider», a-t-elle fait valoir.

Le problème c'est que les médecins disent ne pas trop savoir ce que Québec attend d'eux. Ils craignent aussi de devenir les boucs émissaires d'une situation budgétaire qu'ils n'ont pas créée.

Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, et le ministre de la Santé, Réjean Hébert, ont rencontré la semaine dernière les dirigeants des deux fédérations de médecins, le Dr Louis Godin, de la fédération des omnipraticiens, et le Dr Gaétan Barrette, de la fédération des médecins spécialistes.

À cette occasion, le gouvernement n'a pas remis en question l'entente signée avec les libéraux, ni le principe du rattrapage salarial ou l'enveloppe globale prévue, rapporte le Dr Barrette, en entrevue téléphonique.

Mais on a demandé aux deux médecins s'ils étaient prêts à envisager des «aménagements» à l'intérieur de l'entente, mais «sans les quantifier», ni préciser quoi que ce soit.

Le Dr Barrette est cependant formel, pour dire qu'il n'a jamais été question de prolonger dans le temps cette entente, pour étaler les augmentations salariales, comme l'a laissé entendre le ministre des Finances, Nicolas Marceau, mercredi matin.

«Demandez-nous quelque chose de clair, mais dans le cadre de l'entente», prévient le Dr Barrette, qui exhorte le gouvernement à respecter sa parole.

Selon lui, les médecins spécialistes sont furieux de voir le gouvernement revenir sur ces questions.

Il est hors de question de prolonger l'entente au-delà de 2016, a renchéri le Dr Godin, en entrevue téléphonique. Il se dit ouvert aux discussions avec Québec, «mais cela dépend de ce qu'on va nous demander».

Plus tôt, mercredi, le ministre Marceau a exprimé la volonté du gouvernement d'étaler sur un plus grand nombre d'années les hausses négociées.

«S'il y avait moyen de s'entendre avec les fédérations de médecins pour étaler dans le temps les hausses qui étaient prévues (...), cela nous donnerait un peu de souffle», a-t-il commenté.

Le gouvernement vise ainsi à se redonner une certaine marge de manoeuvre financière.

Le budget de la santé pour l'année qui vient dépasse les 31 milliards $, avec une hausse prévue de 4,8 pour cent.

Selon le ministre Hébert, les deux fédérations de médecins sont prêtes «à s'asseoir avec nous» et à discuter de la question. «On a commencé à avoir des discussions avec eux là-dessus», a-t-il précisé.

Il n'y aucune autre rencontre planifiée.

Les ministres Marceau et Hébert ont tous deux indiqué que le gouvernement cherchait à «aménager» le calendrier des ententes salariales sans rouvrir les conventions dûment signées entre les deux parties.

L'opposition libérale a réagi avec inquiétude, se demandant si une révision salariale n'allait pas limiter un meilleur accès aux médecins. L'ex-ministre de la Santé, Yves Bolduc, a soutenu que les hausses négociées étaient assorties d'un engagement des médecins à prendre en charge davantage de patients.

Les ententes prévoient que les 18 000 médecins omnipraticiens et spécialistes auront droit, au total, à une enveloppe de rémunération majorée de près de 50 pour cent entre 2009 et 2016.

Québec a versé 4,5 milliards $ aux médecins en 2009-2010 et, si rien n'est changé, leur consentira 6,6 milliards $ en 2014-2015. Pour l'année qui vient, la hausse prévue est de 500 millions $.

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