XENOPHOBIE - "Speak English or die motherfucker" ("Parle anglais ou meurs, enculée"). C'est par ces mots qu'une jeune française qui chantait dans la langue de Molière dans un bus de Melbourne a été sommée de s'arrêter avant d'être violemment insultée et menacée par plusieurs passagers le 11 novembre dernier, rapporte le Guardian.

Un comédien, Mike Nayna, a capturé et mis en ligne la séquence annotée d'un commentaire sur le racisme en Australie. Depuis le 18 novembre, la vidéo a déjà été visionné plus de 770.000 fois sur Youtube. On y voit la Française chanter dans sa langue d'origine, avant qu'une femme présente dans l'autocar, ne commence à entonner un refrain populaire patriote: "Aussie, Aussie, Aussie" (Australie, Australie, Australie), poussant la Française a monter le volume, dans ce qui semblait être encore un jeu bon enfant.

Excédé par la performance lyrique de la jeune Française, un homme lui lance alors le fameux: "Speak English or die motherfucker" avant de menacer de "couper les seins de cette salope". Un autre passager rejoint ensuite la vindicte et lui assène: "Putain je vais te planter, salope, si tu parles à ma meuf comme ça! Vas-y, descends, sale pute!" Puis, pendant que l'homme à la poussette descend du bus, un autre agresseur crie à la Française: "Tout le monde dans ce bus veut te tuer, et va bien falloir que tu descendes à un moment, salope!" Une avalanche d'invectives xénophobes et sexistes finalement ponctuée par le fracas de ce qu'on l'on imagine être le bruit d'une vitre de bus brisée.

L'Australie face à ses vieux démons

Alors que la police a ouvert une enquête pour mettre la main sur les agresseurs, des appels à témoignages ont été lancés sur Twitter.

Interrogée par le Guardian, l'ambassade de France en Australie a affirmé qu'elle n'avait pas encore été contactée par la victime de l'agression dont l'identité reste inconnue.

Dans les médias australiens, la consternation est de mise après l'incident. Un chroniqueur a d'ailleurs décrit les auteurs de ces abus comme des idiots qui ont été "filmés pour leur plus grande honte et pour notre plus grand embarras sur la scène internationale".

L'affaire fait ressurgir des vieux démons que l'Australie pensait révolus et a aussitôt déclenché un débat national sur la question du racisme et de la xénophobie à travers le pays alors que tous les États et territoires australiens sont soumis à des lois contre la diffamation raciale, rappelle le Guardian. En 2010, l'Inde avait déjà émis un avertissement à l'attention de ses ressortissants après le coup de poignard fatal reçus à Melbourne par un étudiant indien. Le nouveau battage médiatique suscité par la vidéo de Mike Nayna pourrait bien battre en brèche tous les efforts consentis par la deuxième ville du pays pour cultiver l'image d'un centre culturel cosmopolite.