Le Sommet du luxe à Rome rassemble les plus grands noms de la mode (PHOTOS)

Publication: Mis à jour:
JEANPAUL GAULTIER
Alamy

De Bono (U2) à Donatella Versace, de Jean-Paul Gaultier à Vivienne Westwood, en passant par Manolo Blahnik et Silvia Venturini Fendi ou encore Diego Della Valle... ils ont tous répondu à l'appel de Suzy Menkes, iconique journaliste mode à l'International Herald Tribune, pour participer au sommet annuel du luxe. Après San Paulo, New Dehli, Dubai, Istanbul et Moscou, celui-ci se tient cette année à Rome, du 15 au 16 novembre.

Découvrez les participants au sommet en images dans notre diaporama en bas d'article

Cette année, l'invitation associait deux thèmes souvent jugés contradictoires: le luxe et l'Afrique. Pour Suzy Menkes, l'organisatrice de l'événement, il ne s'agit pas d'un oxymore, mais bien de la promesse d'un futur possible. Au cours des deux jours de conférence, la diva des défilés compte bien montrer que le continent africain est à la fois un acteur de la mode dont le role est destiné à croitre sur le secteur du luxe, et un consommateur de luxe. Elle répond en exclusivité au Huffington Post Italia. Pour lire son interview en entier, en italien, cliquer ici.

Pourquoi l'Afrique et le luxe? Les deux termes sont rarement associés. D'ailleurs, si vous écrivez Afrique et Luxe dans Google, les seules pages qui ressortent sont celles de safari et de grands hotels. On n'y parle jamais de luxe.

"L'Afrique a toujours été considérée comme un lieu de pauvreté et de souffrance. D'un certain point de vue, l'association de ces deux termes semble impossible. Mais pour moi le luxe n'est pas quelque chose de terriblement coûteux venant des designers les plus à la mode. Je préfère retourner à l'ancien concept de luxe. C'est justement le but de cette conférence sur l'Afrique: lancer un nouveau concept du luxe. Pour moi, il n'y a rien de plus luxueux que quelque chose fait à la main, quelle qu'elle soit. La notion de luxe est en train de changer, c'est un fait. D'un autre coté, notre immense ignorance sur l'Afrique - je ne suis moi-même pas une experte en la matière, je ne suis qu'un pont, un moyen pour diffuser ce message - fait que nous ignorons que dans de nombreux pays, pas les plus ravagés par la guerre, évidemment, une nouvelle classe moyenne est en train d'émerger. Une classe qui veut le meilleur pour sa famille. Pour elle, le luxe, c'est une nouvelle machine à laver, pas un bijou. Mais c'est le processus qui a du sens dans ce cas, c'est une sorte de réaction en chaine. D'abord tu rêves de ballerines, puis tu les veux d'une certaine marque, puis tu commences à développer ton goût personnel. Ce processus contribue donc à la fois à augmenter la production locale et, à terme, conduit à exporter à l'étranger."

Quels sont les pays qui ont déjà développé une production de mode? Pour quel type de produits?

"J'ai organisé cette conférence justement pour donner la parole à tous les protagonistes. Au cours de mes déplacements cette année, j'ai assisté à la Fashion Design Week de Lagos, au Nigeria. Une manifestation interessante, pas seulement pour les vêtements, mais aussi grâce à un festival de photographie très riche. Au Kenya, j'ai suivi un magnifique projet mené par les Nations-Unies et auquel participe notamment Simone Cipriano, un Italien qui a travaillé dans la chaussure pendant 15 ans. Il a une histoire incroyable. Il a immédiatement vu le potentiel de l'Afrique et il coordonne aujourd'hui un projet auquel participent des femmes ethiopiennes. Il a réuni le savoir-faire local et le savoir-faire italien. Il fabrique désormais des produits qui sont ensuite vendus à des marques comme Stella McCartney ou Sass&Bide. C'est un exemple intéressant.

Mais peu de personnes connaissent ces projets innovants. Dans un bidonville de Nairobi, j'ai rencontré un homme travaillant sur de petites pièces de métal pour les sacs de Vivienne Westwood. A coté de lui, un ivrogne, des ordures... mais il était là, trravaillant pour sortir de la pauvreté sur son petit établi. Ce n'est qu'un cas isolé, certes, mais cet homme aura une vie meilleure que son père. Au Kenya, une femme masai qui travaillait pour une autre coopérative m'a avoué que c'était la première fois qu'elle recevait de l'argent. Elle avait décidé de l'utiliser pour envoyer son fils à l'école.

C'est là-dessus que nous devons nous concentrer lorsque nous pensons au monde du luxe. Et lorsque l'on achètera un sac de Vivienne Westwood, ce ne sera pas parce qu'il aura été fait en Afrique mais parce qu'il sera beau. Parce que c'est un bon produit."

Pas par charité en somme. C'est comme ça que l'on contribue à la croissance.

"La philanthropie peut aussi trouver sa place dans ce contexte. Ce qui me dérange en Afrique, c'est l'idée d'acheter par pitié. Au Cap, en Afrique du Sud, j'ai été choquée: juste à coté d'un centre commercial classique, avec quelques grandes marques, se trouvait un centre qui vendait des objets horribles pour les touristes. Des objets qui n'avaient rien à voir avec les choses merveilleuses et raffinées fabriquées sur place. J'aurais voulu hurler, ce n'est pas bien. Ce que fait Vivienne Westwood en Afrique, c'est bien. Ou ce que fait Ilaria Venturini Fendi, je l'admire. Sa marque, Carmina Campus, fait des sacs en matériaux recyclés. Elle en a fait un produit de niveau international. Elle a été l'une des premières à investir en Afrique."

Vous avez parlé d'une classe moyenne en plein essor. Où se trouve-t-elle et quels sont ses désirs?

"Principalement en Afrique du Nord, au Maroc, en Egypte... Le Maghreb a un niveau plus sophistiqué de consommation et de production. Puis, il y a l'Afrique du Sud, où l'on trouve notamment Gucci. C'est un immense marché mais on trouve peu de choses locales et sophistiquées. Puis, dans l'Est et l'Ouest de l'Afrique, on ne parle pas de luxe, mais il y a cette classe moyenne dont nous parlions."

C'est notamment pour cela que vous avez invité Bono, qui promeut des vetements "verts" avec sa femme depuis des années?

"Il parle de l'Afrique depuis 20 ans, il est vraiment actif. C'est un philanthrope, bien sur, mais il s'implique vraiment. Avec sa femme Ali, il a ouvert en 2005 une petite usine de vetements écolos, Edun, avec un impact écologique soutenable. Edun utilise des techniques et des motifs africains et ses produits sont vendus un peu partout. La marque presente sa collection chaque année à New York. Et vendredi 16 novembre, Bono tient à faire une annonce lors de la conférence, mais je ne peux pas vous en dire plus. Je suis ravie qu'il ait réussi à venir à Rome. Il est très sollicité mais je crois qu'il tenait véritablement à contribuer au projet, à faire en sorte que l'on parle de l'Afrique et que l'on continue à en parler. Et puis, il adore l'Italie!"

Close
Sommet du luxe à Rome
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée