Commission Charbonneau: le manque de surveillance et d'effectifs ont facilité le système

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LUC LECLERC
CEIC

MONTRÉAL - L'ingénieur Luc Leclerc, retraité de la Ville de Montréal, qui a admis avoir touché des pots-de-vin d'entrepreneurs en construction, a justifié lundi son manque apparent de remords par le fait qu'à son avis, même s'il en exprimait, les citoyens ne lui pardonneraient pas ses gestes.

«Si j'avais cru que d'avoir la larme à l'oeil au cours de mon témoignage, ou le trémolo dans la voix, ou la tête entre les deux jambes avait changé quoi que ce soit au passé, vous pouvez être sûr que j'aurais même mis le genou par terre», a-t-il lancé lundi, à la reprise des audiences de la Commission Charbonneau.

«Mais malheureusement, la vie n'est pas un roman, n'est pas du cinéma. Je sais que ça n'aurait absolument rien changé. Ce qui est fait est fait, et je ne peux plus le défaire. (On) peut exprimer des regrets à la population, mais je ne pense pas que la population pardonne.»

Contre-interrogé par le procureur de la Ville de Montréal, Martin St-Jean, l'ancien chargé de projets au département de la voirie a justifié de cette façon son absence de regrets manifestes, contrairement à son collègue Gilles Surprenant, qui a aussi admis avoir participé au même stratagème et touché des centaines de milliers de dollars en pots-de-vin.

Pourtant, à la toute fin de son contre-interrogatoire, Luc Leclerc a changé de cap, et demandé à son tour pardon aux Montréalais et à ses collègues ingénieurs, comme son collègue Gilles Surprenant l'avait fait.

«Je regrette ce que j'ai fait. J'en appelle à la clémence de la population en général, aux payeurs de taxes de Montréal, également aux membres du syndicat des ingénieurs, aux membres de l'Ordre et à tous les employés actuels.»

Il a offert à la Commission de continuer sa collaboration comme «témoin repentant» sur des questions éthiques. «C'est la seule manière que je pense que je peux me racheter, c'est de collaborer», a-t-il ajouté.

Pourtant, il a dû admettre que même lorsque les enquêteurs de la Commission Charbonneau l'ont interrogé pour la première fois en mai 2012, il leur a menti, prétendant qu'il ne lui restait plus d'argent provenant de ces pots-de-vin. «Je leur ai dit qu'il n'en reste plus, que j'ai tout dépensé», a-t-il témoigné.

Ce n'est que le 29 octobre dernier qu'il leur a finalement remis quelque 90 000 $, soit la somme qu'il lui restait.

M. Leclerc a travaillé une vingtaine d'années pour la Ville et a participé à la surveillance de contrats totalisant 207 millions $, selon le relevé dévoilé par le procureur de l'Association de la construction du Québec, Daniel Rochefort.

Il a aussi avoué qu'il n'avait même pas de prétexte valable autre que la gratification personnelle pour avoir participé à ce système de corruption. «Je n'ai jamais eu de menaces de personne; je n'ai même pas cette excuse-là.» Il a même joué au golf à deux reprises avec le parrain de la mafia, Vito Rizzuto.

Manque d'effectifs

L'ingénieur retraité a aussi soutenu que l'absence de vérification et le manque d'effectifs au département de la voirie ont eu pour conséquence de favoriser l'implantation du système de corruption.

Au début de sa carrière, en 1990, des vérificateurs internes choisissaient deux ou trois contrats accordés par son département et les examinaient à fond, a-t-il relaté. Ils cherchaient notamment à savoir s'il n'y aurait pas eu moyen de payer moins pour exécuter les travaux de la Ville.

Vers 1995, ces vérificateurs sont disparus et, selon le témoignage de Luc Leclerc, il n'y a plus eu de vérification interne ou externe.

Le manque d'effectifs dans son département a aussi facilité l'implantation de ce système de corruption, selon lui, parce qu'une certaine proximité s'est installée entre entrepreneurs et fonctionnaires, qui avaient souvent affaires aux mêmes personnes au fil des ans.

Lui qui a également été président du Syndicat des ingénieurs de la Ville de Montréal et de la Communauté urbaine de Montréal pendant quelques années a soutenu avoir fait «énormément» de représentations auprès de ses patrons pour se plaindre des conséquences de ce manque d'effectifs. La Ville accordait également des mandats à des firmes privées de génie.

L'ingénieur retraité a aussi soutenu que les agents techniques sur le terrain François Thériault et Michel Paquette touchaient également des pots-de-vin.

«Vous saviez que MM. Thériault et Paquet recevaient des sommes, et eux savaient que vous, vous receviez des sommes?», lui a demandé le commissaire Renaud Lachance.

«C'est exact», lui a répondu M. Leclerc.

MM. Paquette et Thériault ont été suspendus par la Ville de Montréal le 2 octobre dernier.

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