Un texte de ZabMag

Sandrine Bonnaire a joué pour certains des plus importants réalisateurs de l'Hexagone comme Maurice Pialat (Sous le soleil de Satan, Palme d'or au Festival de Cannes en 1987), Claude Chabrol (La cérémonie), Agnès Varda (Sans toit ni loi) et André Téchiné (Les innocents). Mais c'est en tant que cinéaste que l'actrice française est à Montréal. Sur l'invitation du festival Cinemania, elle y accompagne son premier film de fiction, J'enrage de son absence.

L'arrivée en ville de Sandrine Bonnaire est l'occasion de célébrer les talents remarquables d'une comédienne exigeante et chevronnée. D'ailleurs, la Cinémathèque québécoise profite de sa venue pour présenter au public ses rôles les plus marquants. Outre les deux films qui lui ont valu chacun un César À nos amours et Sans toit ni loi, la rétrospective comprend également Monsieur Hire de Patrice Leconte, Mademoiselle de Philippe Lioret, La joueuse de Caroline Bottaro et La captive du désert de Raymond Depardon. «Durant ma carrière, j'ai eu la chance de travailler avec de grands metteurs en scène. Ils m'ont éduqué cinématographiquement. En réalisant ma première fiction après mon documentaire Elle s'appelle Sabine, je voulais aussi mettre à l'honneur cette éducation que j'ai reçue de leur part, mais cette fois-ci d'un point de vue de cinéaste et montrer de quoi j'étais capable», explique-t-elle.

Lancé comme un cri de désespoir, J'enrage de son absence est un long-métrage très personnel. «Avec ce film, j'ai puisé dans plein de choses et notamment dans mon héritage familial», déclare-t-elle. L'histoire qui raconte les retrouvailles d'une femme avec son ancien mari (Alexandra Lamy et William Hurt) fait étrangement écho à l'enfance de la réalisatrice qui concède avoir inconsciemment oublié les premières années de sa vie. Élevée par une mère Témoin de Jehovas et un père non croyant, Sandrine Bonnaire qui se méfie des religions se souvient toutefois d'un inconnu - ancien coup de foudre de sa maman - qui rodait près de la maison et dont il fallait rester discret. «Je trouvais cela à la fois romantique et tragique», dit-elle sans s'épancher.

Dans son film, ce couple qui s'est autrefois aimé s'est séparé après un accident qui a tué leur unique enfant. «Ils se retrouvent après huit ans d'absence. La femme a reconstruit sa vie dans l'intervalle avec un autre homme. Elle a eu un autre enfant et son ex-mari va lui demander de rencontrer ce garçon auquel il va s'attacher d'une manière obsessionnelle comme pour tenter de combler des manques par rapport à son fils disparu».

Pour la réalisatrice, J'enrage de son absence est surtout l'opportunité de parler de paternité et de légitimité. «L'homme d'origine américaine a vécu la moitié de sa vie en France, mais il se rend compte qu'il n'a plus sa place ici. Il passe de la lumière à l'ombre. Il y a un décor très important dans le film, c'est la cave de l'immeuble où habite la famille de son ex-femme. L'endroit va devenir une sorte de refuge dans lequel il va essayer de retrouver une place en tentant de prendre contact avec cet enfant», raconte-t-elle.

Un rôle spécialement écrit pour William Hurt, son ex-mari. «J'ai complètement construit le scénario pour lui. J'ai pensé à William parce qu'il est avant tout un merveilleux acteur doté d'un charisme fou».
«Je n'avais pas non plus envie de jouer dans mon propre film. Je voulais vraiment passer derrière la caméra. Je l'avais déjà fait dans mon documentaire, mais la fiction m'a permis de diriger des acteurs et notamment une actrice Alexandra Lamy, absolument merveilleuse».

J'enrage de son absence - Axia Films - 98 minutes - 2012 - France.