En 2011, Jorane proposait Une sorcière comme les autres, un album d’interprétations sur lequel elle reprenait des airs mythiques d’Anne Sylvestre, Vanessa Paradis, Richard Desjardins, Leonard Cohen, Harmonium et plusieurs autres. Pour la première fois, la diva du violoncelle délaissait les pièces instrumentales et ses jeux de voix si caractéristiques pour se commettre sur des textes qui n’étaient pas de son cru. Un an et demi plus tard, la prolifique artiste lance L’instant aimé, un opus encore une fois dédié aux mots, les siens et ceux des autres, et qui, logiquement, n’aurait pu exister sans l’apport de sa précédente œuvre.

« Une sorcière comme les autres m’a fait faire des pas de géants, en me montrant ce que c’est que d’être une interprète, a expliqué Jorane. Vocalement, moi, j’y étais toujours allée de façon instinctive et naturelle. Pour rendre vraiment hommage aux chansons que j’avais choisies, j’ai découvert toutes les directions qu’un morceau pouvait prendre. Ç’a été un travail particulier, que je ne faisais pas d’emblée auparavant, parce que je me fiais à mon intuition. Maintenant, je sais qu’il y a plusieurs façons d’interpréter une seule chanson et que je peux décider laquelle est la meilleure. »

Il y avait longtemps que l’auteure-compositrice-interprète accumulait les musiques et les couplets qui donneraient corps à L’instant aimé. Puis, au hasard d’une rencontre, la jeune femme a retrouvé un vieil ami, Reggie Brassard, un compagnon avec qui elle a fait les quatre cents coups dans les salles de Québec avant la parution de son tout premier effort, Vent fou, en 1999. Ensemble, les deux complices ont uni leur créativité pour écrire et composer de nouveaux joyaux. De leur collaboration sont nés les titres Bouquet au cœur, Farfadet, L’instant aimé, Bouteille à la mer et Mille miroirs.

« J’aime beaucoup la plume de Reggie, la musicalité et l’intensité qu’on trouve dans ses pièces, a vanté une Jorane très fière. Quand je l’ai retrouvé, on a commencé à travailler sur cet album-là, et je ne l’ai pas lâché. Nos textes sont issus de discussions, de retrouvailles, et portent sur l’amour, l’instant présent, la persévérance, la sérénité… On en avait long à se raconter, et on se retrouvait sur des mêmes points qu’on avait envie de partager au monde. »

Également sur la galette, un poème de René Char, Allégeance, auquel Jorane apporte sa propre couleur, de même que les valeurs sûres J’ai rencontré l’homme de ma vie, popularisée par Diane Dufresne, et J’ai demandé à la lune, d’Indochine.

« C’est un peu étrange que Diane Dufresne ne se soit pas retrouvée sur le disque des Sorcières. En concert, je fais souvent la chanson J’ai douze ans. Comme je suis l’une de ses plus grandes admiratrices, et que je ne pense pas faire plein d’albums d’interprétations dans ma carrière, je tenais à enregistrer une chanson de Diane Dufresne. Quand on l’écoute, elle incarne vraiment le texte et les chansons, et elle s’amuse avec sa voix. J’ai essayé de m’amuser vocalement, moi aussi, avec J’ai rencontré l’homme de ma vie. »

« Et J’ai demandé à la lune exigeait vraiment un calme de ma voix, une simplicité qu’aucune autre mélodie ne pouvait permettre. Si on superpose les deux titres, ça donne : “J’ai rencontré l’homme de ma vie, et je demande que ça ne soit pas juste une aventure” », a badiné la chanteuse.

Celle qui dit avoir déjà « huit autres albums dans [sa] tête » se promet d’aller bientôt à la rencontre de son public avec les refrains de L’instant aimé. La tournée dérivée de ce dernier projet – dont la pochette, magnifique, nous montre une Jorane détendue, assise sur le siège passager d’une voiture, un léger bouquet de fleurs à la main et les pieds nonchalamment déposés sur le pare-brise – devrait prendre son envol l’été prochain, dans l’un ou l’autre des festivals montréalais. Pour l’occasion, la fougueuse musicienne aimerait être accompagnée, sur scène, de deux violoncelles et d’un marimba.

Or, pour l’instant, elle achève la série de spectacles entreprise avec Une sorcière comme les autres et elle prévoit aussi faire quelques sauts en France avant et après Noël. Très appréciée là-bas, la maman de trois enfants n’y avait pas décliné de nouveau matériel depuis six ans, trop accaparée, entre autres, par sa petite marmaille.

« J’avais fait une pause sur les tournées à l’étranger à cause de mes projets ici et de ma famille, a-t-elle conclu. Mais là, de retrouver toute l’équipe, qui est très motivée, c’est extrêmement touchant. Alors, on repart la machine, et l’album sortira là-bas en même temps qu’ici. »

L’instant aimé est présentement en vente en magasins et sur iTunes.