Vais-je être logé ou non? C'est la question que les participants qui prennent part au projet Chez Soi se sont posée d'entrée de jeu.

Ici, Chez soi est un documentaire Web de l'ONF dans les coulisses de Chez Soi, une grande enquête de la Commission de la santé mentale du Canada pour stopper l'itinérance chronique. Le concept? Donner un toit aux sans-abri.

Chez Soi est une étude scientifique où l'état de santé mentale et psychologique de participants est évalué en fonction d'une variable incontournable: plus de la moitié d'entre eux sont logés, alors que 970 individus ont été recrutés pour être suivi sans recevoir un toit (le groupe-témoin).

L'équipe du documentaire Ici, Chez soi s'est intéressée aux participants de ce fameux groupe- témoin. Ces hommes et ces femmes n'ont rien demandé: ce sont les chercheurs du projet Chez soi qui les ont convaincus de participer à l'étude. Il peut sembler cruel de suivre des individus tous les trois mois, alors qu'on les laisse à eux-mêmes pour survivre. Surtout s'ils ont été recrutés dans la rue ou dans des refuges.

Dans le film En attendant un toit, la réalisatrice Sarah Fortin dévoile l'histoire de Valère, un participant qui n'est pas logé par Chez Soi. Les scientifiques suivent des gens comme lui afin de comparer leur situation avec celle des gens qui ont reçu un toit.

Valère fait donc partie du groupe témoin de 970 participants qui doivent survivre avec les ressources existantes dans les cinq villes où se déroule le projet (Moncton, Montréal, Toronto, Winnipeg et Vancouver). Comme des milliers de Canadiens, Valère a passé plusieurs années à vivoter entre refuges, hôpitaux et abris de fortune.

Au moment du tournage, Valère habitait une chambre à la Maison du Père, une ressource pour les hommes itinérants. Même si son environnement est propre et sécuritaire, Valère n'est pas logé de façon définitive. Il n'est pas chez lui.

Le processus de sélection

Lors d'une première rencontre avec un chercheur de l'étude, Valère a dû se prêter à un bilan de santé psychologique et physique. Les informations sont recueillies dans une base de données informatique détaillée. Plus de 2000 itinérants ont été recrutés par l'équipe de Chez Soi dans les refuges et dans la rue.

L'application de cueillette de données assigne ensuite aléatoirement un statut à chaque participant à la fin de l'entretien: logé ou non-logé. C'est à ce moment que Valère a appris qu'il n'allait finalement pas recevoir de toit. Tous les trois mois, les participants non-logés rencontrent quand même les chercheurs de l'étude pour faire un suivi.

Chercheure principale qui a participé à la conception de l'étude, Paula Goering œuvre au CAMH (Centre for Addiction and Mental Health) à Toronto. Selon elle, c'est pratiquement impossible pour un individu comme Valère de prendre du mieux en restant dans la rue. « C'est difficile de travailler sur nos problèmes quand toute notre énergie est consacrée à la recherche d'un endroit pour passer la nuit. Les refuges accueillent normalement les sans-abri pour des séjours de courte durée, mais certains d'entre eux finissent par y passer plus de temps que prévu. »

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Ressources existantes

Pour Valère, apprendre qu'il ne serait pas logé par le projet a été une nouvelle dure à encaisser. Heureusement, il a fini par trouver une chambre à la Maison du Père à Montréal. Il a confié à la réalisatrice Sarah Fortin qu'il allait mieux.

SIDA Secours et la Maison du Père sont deux organismes sur lesquels Valère a pu compter pour sortir de la rue, mais il aurait quand même voulu avoir un appartement à lui.

« Housing First n'est pas seulement une approche basée sur le logement. Le soutien qu'on fournit aux participants leur permet de conserver leur toit », rappelle Paula Goering.

Que ce soit dans le cadre du projet Chez Soi ou grâce aux ressources existantes, un toit est souvent le premier pas vers le rétablissement. Paula Goering rappelle que sans un lit tous les soirs, il serait difficile pour de nombreux participants de prendre leurs médicaments, de suivre une thérapie ou de diminuer leur consommation de drogues et d'alcool.

« On dépense déjà beaucoup d'argent dans les services existants, il nous faut l'investir différemment » affirme Paul Goering. Elle croit que l'approche Housing First permettrait à la société d'économiser des sommes importantes. Sur le site du documentaire Ici, Chez soi, on apprend que de laisser les sans-abri survivre d'eux-mêmes coûte beaucoup plus cher que de les loger : à Montréal, une nuitée à l'hôpital monte à 975$, alors qu'une nuitée dans un logement du projet Chez Soi revient à 49$.

Maladies chroniques

Porteur du VIH, Valère illustre bien un phénomène alarmant chez les personnes itinérantes: nombre d'entre elles vivent avec une maladie chronique qui nécessite souvent la prise assidue de médicaments et le suivi d'un médecin.

Diabète, stress post-traumatique, psychose, cancer, dépression: les maux qui frappent les participants de l'étude sont variés. Les individus qui vivent dans la rue sont aux prises avec un niveau important de stress.

« Avoir un toit réduit le stress, qui est la cause de nombreuses maladies » affirme Paula Goering. Un logement est un moyen efficace de traiter plusieurs conditions médicales complexes pour les individus qui vivent dans la rue.

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