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06/11/2012 11:59 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

Martha Wainwright au Corona avec Come Home To Mama (PHOTOS)

J-F CYR

MONTRÉAL - Après deux albums solo et un disque de reprises des chansons de Piaf, Martha Wainwright revient à Montréal avec Come Home To Mama, un très bon album (réalisé par Yuka Honda et enregistré à New York) qui signale un changement de cap important. La chanteuse était au Corona, lundi soir, pour présenter ses nouvelles compositions.

Quoi de mieux qu'une ville qu'on affectionne particulièrement pour entamer une tournée ? C'est d'ailleurs ce qu'elle affirmera à l'audience durant le concert, tenant également à expliquer que sa troupe ne maîtrisait pas encore parfaitement toutes les pièces. Qu'à cela ne tienne, sa superbe voix folk et son énergie contagieuse auront vite fait oublier cette mise en garde sympathique.

« Elle est belle cette guitare, n'est-ce pas? Mais je porte seulement ça pour le look. Je ne sais pas en jouer », envoie-t-elle à la blague (en français) en mettant en bandoulière sa guitare électrique bleue. Nous sommes au tout début de la performance et déjà, elle s'amuse. Jeans beige, veste noire aux paillettes scintillantes sur t-shirt pâle, Martha Wainwright donne le ton pour un spectacle (d'une centaine de minutes) aux accents rock. Elle ouvre le bal avec I Am Sorry, premier morceau à se retrouver sur Come Homme To Mama. L'interprétation est plus dynamique que sur le gravé, les beaux arrangements (guitare, batterie, claviers, basse) étant plus poussés de l'avant. L'atmosphère est sensiblement la même pour Can You Believe It, bien que les lignes mélodiques au saxophone que l'on retrouve sur le disque ont été délaissées sur les planches.

À Four Black Sheep, le bruitage synthétique et les sonorités électro-asiatiques qui colorent l'album font écho au travail de la réalisatrice Yuka Honda (collaborations diverses et nombreuses dont Sean Lennon, Medeski Martin & Wood, Beastie Boys, Yoko Ono). Du côté de la performance vocale, elle riche, puissante et un peu nasale. On croirait entendre Kate Bush. Le tout transpire le rêve, l'urgence et une sorte de sensualité dansante.

L'Américaine et Montréalaise d'affection (elle a confirmé en entrevue qu'elle revenait sous peu s'installer dans la métropole avec son jeune fils et mari, le bassiste Brad Albetta) replonge ensuite dans le rock avec Radio Star : « C'est une chanson de fin du monde qui n'a rien a voir avec les stars de radio!, lance-t-elle en rigolant. Elle est plutôt inspirée de l'étoile menaçante du dernier film de Lars Von Trier, Melancholia. L'esprit de mon frère Rufus est aussi présent dans cette chanson ». Sur scène, on retrouve ici davantage les ambiances de l'album. Les claviers, guitares et batterie sont bien présents. D'abord, assez rythmée, l'interprétation bercera les spectateurs dans un folk de chambre avant de laisser la place à un crescendo de sons bruts et assez soutenus pour la finale.

Le spectacle n'est pas rode, disait la chanteus,e et c'est ici, notamment, que le spectateur en est témoin. Prenant quelque temps pour accorder sa guitare, elle tente de faire diversion en jasant de tout et de rien. C'est authentique et chaleureux, mais ces nombreuses interventions techniques durant la soirée auront malheureusement pour effet de briser quelque peu la cadence.

Sur Leave Behind, autre composition issue de Come Home To Mama, Wainwright se fait enveloppante, charmeuse, mélancolique. Texturée et versatile, sa voix fait penser à celle de Holly Cole. Avec le jeu tout en retenue de la guitare électrique, la présentation est magnifique.

Quelques pièces plus tard (Jesus & Mary, You Cheated Me et la toujours très efficace Ball & Chain), Martha Wainwright, accompagnée seulement de son pianiste Jarred Samuel, propose avec douceur la chanson Soudain une vallée, d'Édith Piaf. Malheureusement, plusieurs gens dans la salle ont oublié les bonnes manières à la maison et parlent beaucoup trop fort. Problème qui sera d'ailleurs récurrent autour du bar situé à l'arrière. Rien ne s'améliore à Montréal à ce sujet.

Histoires de vie

Arrive juste après Dans le silence, pièce composée par les soeurs McGarrigle et traduite par Martha pour la trame sonore francophone de la télésérie Trauma, qui devrait être disponible en magasin au début de 2013.

On entendra ensuite la prenante All Your Clothes, qu'elle avoue chanter pour partager ses inquiétudes amoureuses et le chemin parfois cahoteux du mariage, « même heureux ». Sa tante, Anna McGarrigle, viendra aussi jouer du piano acoustique pour une chanson.

La sincérité est de mise pour Everything Wrong, adressée à son fils, et pour Proserpina, l'un des plus beaux morceaux du récent album. Sur cette dernière pièce, le batteur et le pianiste s'exécutent en douceur alors que Martha Wainwright livre une poignante interprétation de la dernière chanson écrite par sa mère, Kate McGarrigle. Côté jardin, à l'avant-scène, les deux autres musiciens et la choriste (tous au micro) accompagnent la chanteuse pour certains passages. Un hommage passionné et mélancolique.

Au rappel, on aura droit à This Life, Stormy Weather et Bloody Mother Focking Asshole, jouée seule à la guitare acoustique.

Légèrement trop théâtrale et empreinte de petites dérives vocales quelque peu nasillardes, la prestation de Martha Wainwright est néanmoins très belle dans l'ensemble. Une fois la mise en scène « ramassée », ce concert saura plaire à bien des mélomanes et amateurs de la première heure, même si les claviers et les sonorités électro-pop ont pénétré l'univers folk habituel. Surtout que sur scène, elle est drôle, touchante, sexy et sans prétention.

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