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04/11/2012 12:05 EST | Actualisé 04/01/2013 05:12 EST

Entrevue avec le réalisateur Bernard Émond pour son tout nouveau film <em>Tout ce que tu possèdes</em> (VIDÉO/PHOTOS)

Rencontrer Bernard Émond, c'est la chance d'avoir accès à un univers cinématographique très particulier composé de personnages brisés en quête d'une possible rédemption. Dans la lignée de sa trilogie sur les valeurs théologales - La Neuvaine, Contre toute espérance et La Donation - le dernier long-métrage du réalisateur québécois intitulé Tout ce que tu possèdes s'attarde sur les notions de responsabilité de la transmission et sur la véritable valeur d'un héritage.

D'ailleurs, le film commence sur un refus catégorique et très étonnant. Pierre Leduc, interprété par Patrick Drolet, un habitué maintenant des œuvres de Bernard Émond, ne veut pas de l'héritage de son père mourant. Pourtant celui-ci est prêt à lui laisser des millions de dollars après sa mort. «Ce jeune homme qui vient de quitter son emploi comme chargé de cours à l'université refuse l'héritage paternel parce que ce sont des biens mal acquis. Je sais qu'aujourd'hui ce serait impensable d'agir de la sorte, mais s'il n'accepte pas cet argent c'est surtout pour des questions morales », déclare-t-il.

Patrick ne refuse pas seulement l'héritage du père dont il accuse d'avoir fait fortune sur le dos des autres, il décide aussi de se couper du monde. Dans son petit appartement au cœur de la ville de Québec, il se concentre dorénavant sur un seul objectif : traduire les œuvres littéraires du poète maudit d'origine polonaise Edward Stachura. «J'ai toujours été fasciné par des personnages qui se dépouillent, avec ce film j'ai enfin eu l'opportunité de raconter l'histoire d'un individu qui renonce au bien».

Car Patrick n'a pas toujours été si vertueux. Plus jeune, il n'avait pas hésité à abandonner sa blonde lorsqu'il avait appris qu'elle était enceinte. «Il se passe une sorte de petit miracle dans le film. Cet homme qui voulait se couper de tout va retrouver sa fille. En fait, c'est plutôt elle qui va le retrouver. Âgée de 14 ans, elle vient soudainement briser son quotidien. Il se rend alors compte que pour trouver son chemin, il doit accepter ses responsabilités», raconte-il.

La responsabilité, et si c'était cela le vrai thème du film? «Le personnage principal refuse des millions, mais en contrepartie, il va connaitre la valeur d'un autre héritage : la paternité qu'il a refusé en abandonnant une femme enceinte. C'est sans doute un garçon très imparfait, pourtant c'est lui qui va revenir à l'humanité en créant des liens. C'est avant tout un film qui part du désespoir à l'espérance», dit-il.

«Le monde dans lequel on vit est mal parti. Écologiquement, socialement et politiquement, on s'en va dans le mur. Rien n'est perdu pour autant. Il nous faut rompre collectivement et individuellement, retourner à des valeurs de solidarité et de simplicité.»

Bernard Émond insiste toutefois sur le fait que son film n'est pas une œuvre à messages. Néanmoins, le réalisateur n'hésite pas à dénoncer la lente déliquescence de notre société contemporaine. L'individualisme, la course au profit au détriment des relations humaines, autant de dénonciations qui jalonnent sa filmographie et semble plus criante encore dans Tout ce que tu possèdes. «C'est vrai que dans mon long-métrage tout le monde abandonne tout le monde. Mais si le film dit quelque chose, c'est que la vie a un sens. Il faut accepter nos responsabilités en acceptant de tisser des liens envers les autres».

Tout ce que tu possèdes - Les Films Séville - 92 minutes - Sortie en salles le 2 novembre 2012 - Canada (Québec).

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