L'ancien organisateur d'Union Montréal Martin Dumont, dont la comparution devant la commission Charbonneau s'est terminée mercredi, dit qu'il a maintenant la « conscience tranquille », puisque « la vérité est sortie ».

S'il a par son témoignage incriminé le maire Gérald Tremblay, son objectif était de dénoncer « système à déconstruire », affirme-t-il au cours d'une entrevue qu'il a accordée à l'animateur de l'émission Enquête, Alain Gravel.

Voici l'entrevue intégrale.

Mardi dernier, Martin Dumont a soutenu que le maire de Montréal s'était fermé les yeux sur des pratiques de financement illégales lors de l'élection partielle organisée en décembre 2004 dans l'arrondissement de Saint-Laurent. Des propos qui ont eu l'effet d'une bombe dans les médias et qu'a niés le principal intéressé.

Le maire Tremblay aura l'occasion de « donner sa version des faits ». « C'est à la commission de faire la part des choses », estime M. Dumont.

Durement attaqué par l'avocat d'Union Montréal, qui a essayé de le discréditer, M. Dumont soutient qu'il s'y attendait, car des révélations sur le financement illégal sont difficiles à réfuter. « Ce qui reste, c'est mon passé. Mon passé, ils le savaient. Ils s'en sont servis contre moi ».

S'il admet que la semaine n'a pas été pour lui « des plus faciles », il dit espérer que ce genre de traitement ne dissuadera pas d'autres témoins potentiels à se manifester. « Il faut aller parler, il faut que la vérité se fasse. Le système doit changer, et oui, ça joue dur, mais je considère que j'en suis sorti grandi ».

Un silence qui a duré des années

Avec le recul, Martin Dumont affirme avoir des regrets. « J'aurais dû confronter certains individus », admet-il. Interrogé sur les raisons qui l'ont poussé à rester malgré ce qu'il savait, il répond d'emblée que « ce n'est pas facile de se retrouver un emploi » quand on quitte la politique.

« Il n'y a pas un jour depuis mon départ, en 2007, ou je ne me suis pas posé cette question-là, pourquoi je suis resté, pourquoi malgré ce que j'ai vu je suis resté. Je persiste à croire que je suis resté pour les bonnes raisons », dit-il lorsque le journaliste revient à la charge. « Moi, mon éthique était intègre. »

Pourquoi n'a-t-il pas dénoncé le financement illégal alors qu'il était en poste, au maire lui-même, ou encore à la police ou aux médias? « Comme je l'ai dit à la commission, qui m'aurait cru? À l'époque, qui m'aurait cru? », répond-t-il après un long silence, indiquant de façon manifeste qu'il n'aime pas le déroulement de l'entrevue. Il fait ensuite allusion aux menaces de mort qu'il aurait reçues en 2007.

Martin Dumont n'a pas l'impression d'avoir été complice par son silence. « La politique, ce n'est pas juste sale », croit-il. « La politique, c'est beau aussi. Il y a des gens avec qui c'est plaisant de travailler. Malgré tout ce que j'ai pu mentionner à la commission, il y avait pas mal plus d'avantages à rester et à faire ce que j'aimais et avec quoi j'étais à l'aise », explique-t-il.

S'il refuse de dire si le maire Tremblay devrait démissionner, affirmant que la décision lui appartient, il estime toutefois qu'il « fait la bonne chose présentement » en prenant congé pour « prendre un recul ».

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

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  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

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  • Septembre 2011

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    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

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  • Février 2012

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    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.