L'histoire sordide d'une gouvernante qui aurait poignardé à mort deux jeunes enfants dans un chic appartement de Manhattan a semé la consternation chez les parents new-yorkais, qui se demandent désormais s'ils connaissent vraiment les femmes à qui ils confient leurs enfants.

La nounou, Yoselyn Ortega, reposait dans un état critique vendredi après avoir présumément retourné le couteau contre elle. Les policiers ne pouvaient pas la questionner, en partie parce qu'elle respire toujours à l'aide d'un tube.

Le mobile de son crime et son état d'esprit demeurent inconnus. Aucune accusation n'a été portée contre elle pour l'instant.

Jeudi soir, la mère des enfants assassinés, Marina Krim, est rentrée d'un cours de natation avec sa fille de trois ans et a retrouvé ses deux autres enfants, âgés de deux et six ans, en train de succomber à leurs coups de couteau dans la baignoire de l'appartement familial, situé près de Central Park.

Le commissaire de police Raymond Kelly a déclaré que l'enquête n'avait pas jusqu'à maintenant révélé si quelque chose ne tournait pas rond au sein de la famille avant la tragédie.

La police enquêtait pour savoir si Mme Ortega, 50 ans et citoyenne américaine naturalisée, avait tenté d'obtenir de l'aide psychiatrique récemment. Elle travaillait pour la famille Krim depuis deux ans et y était parvenue en étant référée par une autre famille.

S'il y avait des conflits entre la famille et la gouvernante, il ne pouvaient être décelés sur le blogue de la mère des enfants.

Marina Krim avait même décrit avec affection le voyage que la famille avait fait en République Dominicaine, le pays d'origine de Mme Ortaga. Les Krim avaient même logé chez la soeur de leur gouvernante.

«Nous avons rencontré la famille épatante de Josie! Et la République Dominicaine est un pays merveilleux!!», avait-elle écrit, alors que des photos sur le blogue montraient la famille souriante.

Des dizaines de milliers de gouvernantes travaillent à New York, mais les cas de violence contre les enfants sont extrêmement rares.

«Pour les parents qui travaillent, cette histoire est un cauchemar. Toutes les mères que je connais se demandent aujourd'hui "Comment est-ce que je peux retourner travailler"», a confié Denise Albert, qui a deux jeunes enfants et habite près du lieu de la tragédie.

Une autre mère, Elizabeth McCarthy, a soutenu que la tragédie n'ébranlait en rien sa confiance pour sa nounou.

De l'autre côté de la rue de l'édifice où habitaient les Krim, plusieurs gouvernantes accompagnées d'enfants étaient figées vendredi, observant les policiers.

Michelle Person, une nounou de la Jamaïque, a dit qu'elle aimait comme un fils le garçon de 11 ans dont elle s'occupait.

«On se sent comme si c'était les enfants dont on prenait soin. C'est horrible,» a-t-elle lancé, les yeux remplis de larmes.

L'État de New York a adopté il y a deux ans une loi protégeant les gouvernantes de l'exploitation financière. La plupart d'entres elles travaillent des journées de 10 à 12 heures, habituellement pour des salaires peu élevés et sans avantages sociaux.

«Elle est évidemment folle», a dit de Mme Ortega Sharon Weatley, une dramaturge qui a déjà travaillé comme gouvernante et qui se fie à des gardiennes pour prendre soin de ses filles âgées de 4 et 14 ans.

«Mais je pense aussi que les personnes qui s'occupent d'enfants ont parfois beaucoup de colère envers leurs employeurs. On leur demande de faire des choses impossibles en plus de prendre soin de leurs enfants. Elles peuvent devenir surmenées et frustrées tout comme les parents peuvent être surmenés,» a-t-elle ajouté.