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Swans en concert à Montréal le vendredi, 26 octobre, à La Tulipe (ENTREVUE)

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Après le disque My Father Will Guide Me up a Rope to the Sky (2010), Swans laissait paraître cet été son inclassable et déroutant The Seer, projet post-rock très ambitieux (monument artistique qui propose deux heures de musique) qui a reçu malgré tout un bel accueil. Rejoint au bout du fil alors qu'il roulait dans un van de tournée en Floride, le quinquagénaire chanteur, guitariste et leader du groupe, Michael Gira, se dit très fier de cet album magnum qui challenge les conventions. Convaincus du rôle de la scène dans leur travail, ses acolytes et lui seront à La Tulipe de Montréal, vendredi, pour partager leur vision unique de la musique.

Dans les années 1980, à l'époque où New York vivait depuis quelques années le courant artistique no wave (en réaction au style new wave qui aura plus tard une certaine résonance dans la culture punk), Swans était considéré comme un groupe très innovateur, repoussant notamment les limites traditionnelles du rock. Tout comme maintenant, Michael Gira était considéré un homme de peu de compromis. De 1982 à 1997, Swans aura produit une dizaine d'albums avant de se retirer durant plus de douze ans. Aujourd'hui, on parle ici et là de l'album The Seer comme étant une œuvre marquante.

« Mon disque le plus important ? Je ne saurais trop quoi répondre, mais j'aime cet album, lance Gira en anglais. Je fais de la musique, c'est tout. Je sais qu'il a une bonne réception, puisque les gens assistent de plus en plus aux spectacles. On a livré les chansons du mieux qu'on pouvait. On a exploré une pièce à la fois et The Seer a continué de grandir. Les morceaux ont pris la forme qu'ils devaient trouver et nous les avons accompagnés en demeurant instinctifs et ouverts. Jamais je n'ai réfléchi à l'avance à la configuration que pourrait avoir le disque. Il est ce qu'il est, à savoir le fruit d'un dur travail. C'est comme construire une maison... »

« Au cours du processus, j'ai même pensé que The Seer pourrait résulter en une œuvre de quatre heures, poursuit-il. C'est le résultat final qui m'a indiqué quel format il aurait. Je ne m'en fais plus trop avec ce genre de paramètres. Je me disais que si les gens étaient intéressés à notre travail, ils nous suivraient peu importe sa présentation. Finalement, il s'est avéré être une sorte de triple long jeu ! Honnêtement, je ne me formalise pas beaucoup avec une chanson de vingt ou trente minutes (la pièce-titre de l'album dure plus d'une demi-heure). »

Un monde en évolution

À quoi s'attendre pour cette rencontre proposée par la bande de Pop Montréal ? Le résultat d'un travail en constante évolution. La célébration d'une musique saturée, riche, texturée, sombre, magnifiée par la distorsion et les ambiances de clair-obscur. Une offrande rageuse à la fois passionnée, inquiétante et fascinante. Une mosaïque de bruits vides, de blancs bruyants, d'interprétations poétiques et primitives. Un rock trituré de noise et de contorsion. Des couches d'instruments qui se mélangent à des chœurs fantomatiques (pensons aux voix des invités Mini Parker et Alan Sparhawk sur la pièce Lunacy) rappelant parfois le chamanisme et les incantations religieuses. Un bain musical qui éblouit autant qu'il irrite. C'est la beauté qui flirte avec l'angoisse. Une sorte d'ensemble débalancé.

« Certains mélomanes acceptent de briser les frontières établies pour vivre une musique différente avec nous et c'est un rôle que j'endosse volontiers, affirme Michael Gira. D'autant plus que durant les pratiques, nous avons réalisé que certains morceaux seraient de toute évidence influencés par la tournée, c'est-à-dire qu'ils se développeraient d'un concert à l'autre. C'est une sorte de work in progress cet album, probablement plus que les précédents. Et j'adore cette approche, que je trouve très stimulante et enrichissante. Cela dit, à l'enregistrement, nous avions une vision musicale. Swans cherchait un son. Je fais de la musique depuis 30 ans et mon principal défi est toujours de faire mieux que dans le passé, question d'aller de l'avant. »

Sans aucun doute, The Seer est un monde en soi. On n'écoute pas seulement cet album, on y pénètre. Et si vous croyez trouver réconfort dans la douce et berçante Song for a Warrior, interprétée par la chanteuse Karen O du groupe américain Yeah Yeah Yeahs, sachez que gronde non loin le tonnerre industriel de Mother of the World, avec son souffle hypnotisant, ses guitares obsédantes et son atmosphère de fin du monde. Et que dire des cordes stridentes et des plaintes de gorge en intro de 93 Ave. B Blues, sinon que vous êtes dans un voyage d'expériences, tantôt brillant, parfois un peu tiré par les cheveux.

Vous aurez compris, nous sommes ici dans un univers très loin des conventions commerciales. Pour le meilleur et pour le pire.

Près de nous, tentons peut-être la comparaison avec le mythique groupe de post-rock montréalais Godspeed You! Black Emperor, qui aime bien, lui aussi, explorer au-delà des étiquettes musicales habituelles.

En plus d'une douzaine d'invités spéciaux, sept musiciens ont participé à l'album The Seer : Michael Gira (voix, guitare, harmonica), Bill Rieflin (piano, orgue, synthétiseur), Christopher Pravdica (basse), Phil Puleo (dulcimer, percussions), Christoph Hahn (lap steel), Thor Harris (percussions, vibraphone, piano, clarinette), Norman Westberg (guitare).

Swans sera à La Tulipe, vendredi soir, le 26 octobre.

Sur le web

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Swans strive for pleasure, not pain