Legault veut créer un poste de «chien de garde» des finances publiques

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François Legault. (Archives) | CP

QUÉBEC - Les politiciens semblant incapables de donner l'heure juste, François Legault souhaite la création d'un poste indépendant de «chien de garde» des finances publiques.

Le Parti québécois avait adopté une position en ce sens en début d'année 2012 mais ne juge plus la mesure opportune depuis qu'il est au pouvoir.

Élu par l'Assemblée nationale, le «Directeur parlementaire du budget» suggéré mardi par la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait pour mandat de déposer périodiquement un portrait indépendant des finances et de l'économie québécoise.

La CAQ déposera un projet de loi à cet effet «au cours des prochaines semaines», a indiqué son chef en conférence de presse, mardi à Québec.

Selon M. Legault, les tableaux contradictoires brossés ces dernières semaines par l'ancien ministre libéral des Finances, Raymond Bachand, et son successeur péquiste, Nicolas Marceau, illustrent la nécessité de confier à une autorité indépendante la tâche de «donner l'heure juste» aux Québécois.

«On le voit, M. Bachand nous parle d'un trou de 800 millions $ alors que M. Marceau nous parle d'un trou de 1,6 milliard $. Ce n'est pas un petit écart. C'est comme si ce n'était plus possible d'avoir un portrait exact des finances publiques», a-t-il expliqué.

En outre, la mesure permettrait de court-circuiter les manipulations partisanes qui, de l'avis du leader caquiste, brouillent l'état réel des finances publiques, surtout en période d'effervescence électorale.

À ses yeux, le portrait partiel sinon tronqué des états financiers sert trop souvent à justifier l'abandon d'engagements électoraux une fois au pouvoir. Cette pratique, qui tend à se répéter d'élection en élection, nourrit le cynisme de la population, croit M. Legault.

«Les citoyens sont tannés de se faire faire le coup des promesses non tenues parce qu'on a découvert un trou qui n'était pas prévu», a-t-il affirmé.

À ce chapitre, M. Legault avoue qu'il n'est pas convaincu de la véracité du dépassement des dépenses de 1,6 milliard $ pour l'année en cours évoqué récemment par le ministre Marceau.

«Je ne suis pas certain qu'il y a un trou de 1,6 milliard $. (...) Est-ce que ce déficit-là est soufflé pour des raisons politiques pour être prêt à éventuellement renoncer à certains engagements pris en campagne électorale? Je me pose des questions et je ne suis pas prêt à l'accepter (le trou de 1,6 milliard $)», a-t-il lancé.

Le nouveau «chien de garde» des finances de l'État serait également au service des parlementaires désireux de connaître les coûts réels des propositions gouvernementales.

Ainsi, à la demande d'un député, le directeur parlementaire du budget serait chargé d'évaluer l'impact budgétaire de certaines mesures comme le maintien du gel des droits de scolarité ou la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 de Bécancour, a souligné M. Legault.

«Ce qu'on cherche, c'est plus de transparence», a-t-il dit.

La proposition caquiste s'inspire de ce que se fait déjà au Parlement fédéral. À Ottawa, le poste de Directeur parlementaire du budget a été confié à Kevin Page. L'équipe de M. Page compte une quinzaine de personnes et dispose d'un budget de 2,8 millions $.

Appliqué au Québec, le modèle inspiré d'Ottawa coûterait moins d'un million $ par année aux contribuables, pense le chef de la CAQ.

En réaction, le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, s'est montré hostile à l'idée de créer «une nouvelle structure» au coût incertain.

«Est-ce que les contribuables du Québec ont besoin d'une nouvelle structure? (...) On est pas mal plus dans une réflexion sur les moyens d'accroître les pouvoirs du Vérificateur général et d'élargir son mandat plutôt que de créer une deuxième structure comme celle que propose François Legault», a-t-il dit.

Dans l'opposition, le Parti québécois tenait pourtant un tout autre discours.

En février dernier, le PQ annonçait son intention de doter «l’Assemblée nationale d’un directeur parlementaire du budget», chargé de présenter chaque année une analyse indépendante de l’état des finances publiques.

«Cette réforme permettra d’éviter le traficotage du portrait des finances publiques auquel nous a habitués le gouvernement libéral. Avec cette transparence accrue, les débats autour des finances publiques seront plus rigoureux», soulignait le communiqué du PQ diffusé le 15 février dernier.