POLITIQUE

Les Cris dévoilent un rapport d'évaluation environnementale du projet Matoush

19/10/2012 01:12 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST
AFP/Getty Images

QUÉBEC - Fort d'un rapport environnemental démontrant que sa voix est déterminante, le Grand Conseil des Cris a opposé vendredi un refus définitif à un projet d'exploration d'uranium au nord de Chibougamau.

Le grand chef Matthew Coon Come a déclaré lors d'une entrevue que le projet de la société Ressources Strateco à Matoush expose la population crie de Mistissini à trop de risques.

«Les déchets radioactifs produits vont poser des risques pour des milliards d'années et ça présentera un danger à la santé humaine et à l'environnement pour des milliards d'années, a-t-il dit. Les garanties données par l'entreprise où les autorités fédérales à l'effet que les risques peuvent être gérés ne sont pas vraiment rassurantes.»

À la suite de propos d'un dirigeant de Strateco, Guy Hébert, le Grand Conseil des Cris a rendu public le rapport d'un comité d'examen (COMEX) chargé d'évaluer les impacts environnementaux du projet.

M. Coon Come a affirmé que cette décision a été prise parce que M. Hébert a laissé entendre dans des entrevues que les conclusions étaient favorables à son projet d'exploration souterraine au site Matoush.

Selon le représentant autochtone, en agissant ainsi, M. Hébert a voulu tromper la population québécoise et influencer le gouvernement à émettre les autorisations nécessaires pour aller de l'avant avec ses travaux d'exploration.

«Nous avons posé ce geste inhabituel à cause de la déclaration de jeudi de M. Hébert, de Strateco Ressources, qui constituait une fausse représentation du contenu du rapport lorsqu'il a dit que le comité d'examen (COMEX) était unanimement favorable au projet», a-t-il dit.

Un porte-parole de Strateco, Daniel Boucher, a affirmé que M. Hébert s'était prononcé après avoir vu de façon officieuse le rapport du COMEX.

«On ne l'avait pas en main, M. Hébert l'avait vu de façon officieuse, il ne l'avait pas vu de façon officielle», a-t-il dit.

Le rapport du COMEX, mandaté en vertu de la Convention de la Baie James et du Nord québécois, n'avait pas encore été rendu public depuis sa rédaction il y a plus d'un an.

Depuis août 2011, le document est entre les mains de la sous-ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs du Québec.

Dans leur rapport, les cinq membres du comité, trois nommés par le gouvernement et deux par les Cris, ont exprimé de «sérieuses réserves» envers le projet.

Ils croient toutefois qu'il est réalisable si plusieurs conditions sont respectées, la première étant d'obtenir l'approbation de la communauté autochtone.

«Le conseil de bande de Mistissini a fait savoir clairement qu'il n'a pas l'intention de consentir au projet et la nation crie s'est aussi exprimée, il n'y a pas de consentement ni d'acceptabilité sociale, donc cette condition ne peut être atteinte», a dit M. Coon Come.

Selon le grand chef, le gouvernement québécois devrait décréter un moratoire permanent sur la filière de l'uranium.

Le territoire sur lequel Strateco souhaite faire de l'exploration est fréquenté plusieurs mois par année par des Cris pour la chasse, la pêche et la trappe. Le site de Matoush est situé à 210 km au nord-est du village de Mistissini et à 275 km au nord de Chibougamau.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a donné son aval au projet d'exploration de Strateco, mercredi.

Jeudi, le ministre québécois de l'Environnement, Daniel Breton, a cependant soulevé des doutes en affirmant qu'il faudrait au préalable que le Bureau d'audiences publiques en environnement se prononce sur les risques liés à l'ensemble de la filière de l'uranium.

En 2009, le Parti québécois, alors dans l'opposition, avait demandé un moratoire sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium.

La première ministre Pauline Marois a cependant nuancé cette position, durant la dernière campagne électorale. Mme Marois avait alors indiqué que ces activités pourraient être envisagées à certaines conditions.