BIEN-ÊTRE

Sophie de Reynal (Nutrimarketing) : "10% à 15% des seniors consomment des produits pour bébés"

18/10/2012 01:30 EDT | Actualisé 18/12/2012 05:12 EST

Parmi le millier de nouveautés gourmandes que présenteront les industriels du monde entier au Salon international de l'alimentation (Sial), du 21 au 25 octobre à Paris Nord Villepinte, certaines sont dédiées spécifiquement aux seniors. Directrice marketing à l'agence Nutrimarketing, spécialiste des tendances alimentaires, Sophie de Reynal raconte à Relaxnews les raisons et les axes de développement de cette offre.

Relaxnews : Pourquoi la population des seniors est-elle une cible privilégiée des industriels pour développer de nouveaux aliments ?
Sophie de Reynal : Cela fait deux ou trois ans qu'ils se penchent sur la question. En 2050, dans le monde, pour la première fois, la population des plus de 65 ans dépassera celle des moins de 14 ans. Les pays développés sont déjà concernés par cette problématique, à l'image de l'Allemagne mais aussi du Japon, où l'espérance de vie est longue et où vivent ce qu'on l'appelle des "grands seniors", des personnes âgées de plus de 80 ans. Pour vous donner une idée, il "naît" un sénior toutes les 37 secondes. En France, cette population représentera un tiers des habitants en 2050. Au-delà des chiffres, il est surtout important de distinguer les seniors en bonne et mauvaise santé. Selon une étude récente, les Français vivent en moyenne en bonne santé 62 à 63 ans. Une femme passe 75% de sa vie en bonne santé, contre 80% pour un homme.

R. : Quelle tranche d'âge est réellement concernée par la dénomination "seniors" ?
S.d.R. : Les avis divergent sur la question, ce qui rend la tâche compliquée pour les industriels. Des consommateurs âgés de 60 ans peuvent souffrir d'Alzheimer, tandis que d'autres à 80 ans peuvent encore marcher de longs kilomètres. La problématique est donc de répondre à toutes les populations de seniors.

R. : Quels sont les axes d'innovation utilisés par les industriels pour subvenir à leurs besoins ?
S.d.R : Le packaging, tout d'abord. Il est important de travailler sur la lisibilité. Sur ce plan, les nouveaux emballages de Monoprix sont très malins, avec leurs grosses lettres qui facilitent la lecture. Je n'ai pas discuté avec eux pour savoir si cette communication est une stratégie pour convenir à leurs clients âgés, mais l'initiative correspond tout à fait aux attentes. La praticité est aussi un axe d'innovation essentiel. Les boîtes de conserve deviennent faciles à ouvrir, et les emballages "pelables". La confiture est conditionnée dans des bidons à presser. La prise de conscience est là, mais ces emballages plus pratiques ne représentent pas encore la majorité des produits en rayons.

R. : Il y a le contenant, mais aussi le contenu...
S.d.R : Les industriels ont affaire à des consommateurs particulièrement bien informés sur leurs besoins nutritionnels. Ces derniers vont plus souvent que les autres chez le médecin, et sont sensibilisés au manque de calcium ou de protéines. La difficulté  est de s'adresser aux seniors, en répondant à leurs besoins, mais sans leur rappeler leur âge. C'est pour cette raison que les fabricants jouent sur les informations nutritionnelles. Ils vont par exemple utiliser les allégations autorisées sur la vitamine D, qui prévient les chutes. Ils vont aussi présenter des produits en Oméga 3. Les seniors ont conscience que ces acides gras aident au bon fonctionnement du cerveau. Il faut savoir qu'ils craignent davantage l'Alzheimer que le cancer. A l'avenir, les industriels vont ainsi développer des produits présentant des allégations positives.

R. : Et le plaisir dans tout cela ?
S.d.R : Les seniors sont ceux qui consomment le plus de plats cuisinés. Le vieux monsieur ou la vieille dame qui profitait de la cuisine de son conjoint, désormais disparu, ne va pas pour autant arrêter de manger du pot-au-feu ou de la poule au pot. Les plats cuisinés leur offrent le goût et la bonne texture, du moins pour les nouveaux produits sortis sur le marché. Aujourd'hui, 10% à 15% des seniors consomment des produits pour bébés. Il est en effet plus facile pour eux de manger des textures malaxées. Au Royaume-Uni, les fabricants ont lancé une gamme spécifiquement étudiée, avec plus de protéines et des textures adaptées. De son côté, la société Avenance, spécialiste de la restauration collective, a mis au point un procédé formidable, qui transforme les plats du jour, servis en maisons de retraite ou dans les hôpitaux, en bouchées. Les patients atteints d'Alzheimer ont oublié le goût et cette technique, qui utilise un gélifiant pour façonner les aliments, permet de réveiller leurs sens. Le goût est réellement surprenant !

R. : Le concept ne pourrait-il pas être étendu à la grande distribution ?
S.d.R : Je ne pense pas. En Europe, les consommateurs n'ont pas envie qu'on leur rappelle leur âge quand ils font leurs courses. La situation est tout à fait différente en Asie, où est exercé un véritable culte de la personne âgée.

R. : Certains rayons alimentaires sont-ils davantage concernés par les innovations pour les seniors ?
S.d.R : Non, tous les linéaires sont susceptibles de proposer des packagings plus lisibles, des produits plus pratiques à ouvrir et des aliments qui offrent le plaisir. Même le chocolat ! Les seniors sont les premiers consommateurs de confiseries et de chocolat [sourires -ndlr].