Loi 101 au CPE: Pauline Marois fait marche arrière

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QUÉBEC - Le gouvernement Marois fait marche arrière, passant de l'affirmation à la valse-hésitation quant à savoir s'il est pertinent d'étendre la loi 101 aux services de garde.

Devant le tollé soulevé par la déclaration de la ministre Nicole Léger, qui soutenait mercredi que Québec se préparait à appliquer la loi 101 aux garderies, le gouvernement fait un repli stratégique.

Il indique maintenant qu'il cherche un moyen d'imposer le français dans les garderies sans pour autant copier l'obligation faite aux immigrants dans la loi 101 de fréquenter l'école en français au primaire et au secondaire.

Lors d'un bref point de presse jeudi, à l'issue de la rencontre hebdomadaire du conseil des ministres, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a dit qu'elle voulait que les enfants des garderies soient en contact avec la langue française, mais sans nécessairement les couper de leur langue maternelle.

«Il n'est pas question d'appliquer la loi 101 dans les CPE telle qu'elle est appliquée dans les écoles primaires et dans les écoles secondaires», a commencé par dire la ministre.

Puis, elle a précisé qu'il était «légitime qu'on soit en contact dans le réseau public des garderies avec la langue française, mais il est tout aussi légitime que la langue maternelle des enfants soit en continuité aussi».

Elle s'est montrée préoccupée de tenir compte de cette «dualité» dans son approche, au moment de préparer une mouture plus musclée de la Charte de la langue française.

Mais au bout du compte, ont demandé les journalistes, la loi 101 sera-t-elle oui ou non appliquée dans les garderies? «C'est ni oui, ni non. Actuellement, je suis à constater un certain nombre de faits et à consulter un grand nombre de personnes», a-t-elle répondu.

Ce faisant, la ministre De Courcy a rabroué sa collègue de la Famille, Nicole Léger, qui avait dit la veille, lors d'un entretien à La Presse Canadienne, que le gouvernement allait étendre l'application de la loi 101 aux services de garde, et que cette question figurerait dans la refonte de la Charte de la langue française, qui sera annoncée sous peu.

«Mme Léger a pris dans le programme du Parti québécois une dimension qui la concernait», a dit la ministre De Courcy pour expliquer la sortie de sa collègue, sans vouloir en dire davantage. La ministre Léger n'a pas voulu rencontrer les journalistes après la séance du conseil des ministres.

Mme De Courcy n'a pas voulu élaborer sur les moyens qu'elle entendait privilégier pour implanter le français à la garderie, prétextant qu'il était trop tôt et qu'elle devait poursuivre ses consultations.

La ministre De Courcy a ajouté que la première ministre Pauline Marois allait en dire davantage lors de la présentation de son discours inaugural, le 31 octobre.

Ce discours est très attendu par les libéraux, qui forment l'opposition officielle. Ils estiment que ce sera le moment, après une série de «cafouillages», de «rappeler tout le monde à l'ordre», selon le chef par intérim, Jean-Marc Fournier.

Selon lui, depuis un mois, les erreurs de parcours se multiplient et le gouvernement semble avoir troqué la table du conseil des ministres pour «la patinoire de la Ligue nationale d'improvisation».

En point de presse, M. Fournier a demandé à Mme Marois de «respecter des avis différents du sien».

Plus tôt, il avait dit craindre qu'en renforçant la loi 101, le gouvernement porte atteinte aux libertés individuelles.

Il juge que le gouvernement, sur la question de la langue comme dans d'autres dossiers, agit dans l'improvisation.

Chose certaine, a-t-il dit, l'opposition officielle votera contre un projet de loi qui irait dans le sens d'enlever des libertés aux citoyens.

«Il y a une limite à voir l'État décider tout à la place des gens», a-t-il ajouté.

De son côté, comme l'opposition libérale, la Coalition avenir Québec avait réagi aux propos de Mme Léger en jugeant que l'initiative péquiste était injustifiée et ne respectait pas la liberté de choix des parents.

«Historiquement, on sait que le gouvernement n'intervient pas normalement dans l'éducation de la petite enfance. De zéro à cinq ans, c'est laissé aux parents. Nous, on pense que c'est la responsabilité des parents et que c'est une incursion à notre sens injustifiée», a indiqué en entrevue téléphonique le porte-parole de la CAQ en matière de Famille, le député Daniel Ratthé.

Au contraire, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Mario Beaulieu, a noté que les services de garde n'étaient actuellement régis par aucun encadrement linguistique et que le temps était venu de réglementer ce secteur d'activité.

«On ne peut pas laisser le chaos comme ça. Il faut réglementer», selon lui.

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