Un texte de François Messier

La crédibilité de l'homme d'affaires Lino Zambito est de nouveau testée, mercredi matin, alors que les avocats de plusieurs parties représentées devant la commission Charbonneau viennent le contre-interroger à tour de rôle.

Radio-Canada vous propose de suivre en direct les travaux de la commission :

L'avocat de la Ville de Montréal, Martin Saint-Jean, poursuit son contre-interrogatoire entrepris mardi après-midi.

Estelle Tremblay, du Parti québécois, et Michel Décary, du Parti libéral du Québec, viendront également poser des questions au témoin. L'avocat du procureur général, Benoît Boucher, s'est aussi réservé le droit de le faire.

En matinée mercredi, Me Saint-Jean est revenu sur le contrat qui aurait permis à l'ex-directeur général de la Ville Robert Abdallah d'empocher 300 000 $. Il a relevé qu'infrabec avait poursuivi la Ville pour 198 000 $ en factures impayées dans ce dossier.

Lino Zambito a concédé que Robert Abdallah avait quitté ses fonctions à ce moment-là, et que c'était lui qui devait s'assurer que la facture allait être payée. Après son départ, le dossier a « bloqué » à la Ville.

Me Saint-Jean alors relevé que « quelqu'un faisait donc son travail à la Ville », un argument auquel Lino Zambito s'est rendu.

Me Saint-Jean a aussi avancé que Lino Zambito avait réalisé sept contrats avec le surveillant de chantier Luc Leclerc de la Ville de Montréal. Le témoin avait plutôt estimé avoir fait 15 ou 20 contrats avec cet employé à la Ville à qui il disait verser 25 % des faux extras qu'Infrabec réclamait. M. Zambito n'a pas nié les chiffres de l'avocat de la Ville.

L'ex-dirigeant d'Infrabec a aussi dit que Luc Leclerc et l'ingénieur Gilles Surprenant, surnommé « Monsieur TPS », seraient allés deux ou trois fois à l'hôtel Marival que son père possédait au Mexique. Il a avancé qu'un autre employé de la Ville, Yves Themens, y était « possiblement » allé aussi.

Lino Zambito a indiqué qu'il s'organisait des réservations à l'hôtel dans ces cas-là, et qu'il était possible que les billets d'avion aient été réservés via une agence de voyages qui appartenait à son oncle Jean Rizzuto.

Me Saint-Jean a aussi présenté un document selon lequel la politique de la Ville de Montréal interdisant la publication de la liste des soumissionnaires pour un contrat avait été adoptée à l'automne 2009, plutôt qu'en 2005 ou en 2006, comme l'avait affirmé Lino Zambito.

Le témoin, qui a raconté avoir pu continuer d'obtenir cette liste grâce à la complicité de M. Themens, et malgré la directive de la Ville, ne s'est pas démonté. Il a dit que la directive présentée par Me Saint-Jean s'était appliquée plus tôt dans d'autres départements de la Ville, dont celui responsable des conduites d'eau.

Retour sur le contre-interrogatoire de mardi

Mardi, Me St-Jean avait fait ressortir que bon nombre des déclarations-chocs de Lino Zambito reposaient sur des ouï-dire. À plusieurs reprises, l'ex-propriétaire d'Infrabec n'a pu donner les informations que l'avocat de la Ville de Montréal cherchait à obtenir.

M. Zambito, qui avait dit remettre à Union Montréal 3 % de la valeur des contrats obtenus a la Ville entre 2005 et 2009, a notamment dû admettre qu'il n'avait jamais lui-même assisté à un tel échange.

L'homme d'affaires se contentait de remettre l'argent qu'on lui réclamait à Nicolo Milioto, qui dirigeait à l'époque Mivela Construction et qui a été identifié par un enquêteur de la commission comme un intermédiaire entre les entrepreneurs et le clan mafieux Rizzuto.

Me Saint-Jean s'est étonné que l'ex-dirigeant d'Infrabec ne puisse se souvenir de ce détail, qui entamait sa marge de profit de 3 %, alors qu'il se souvient d'autres détails moins importants de certains dossiers. L'homme d'affaires n'a pas bronché.

Lino Zambito a également dû admettre qu'il n'avait jamais été témoin d'une remise d'argent à l'ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah, dans la foulée d'un contrat exécuté dans l'est de la Ville.

L'ex-entrepreneur dit avoir convenu d'un stratagème qui aurait permis à M. Abdallah d'empocher 300 000 $, mais l'argent aurait été remis à ce dernier par la firme Tremca, avec laquelle Zambito aurait été forcé de faire affaire à la demande de Michel Lalonde du groupe Séguin.

L'avocat de la Ville a aussi demandé à M. Zambito l'identité de celui qui l'a informé que Frank Zampino avait donné une commande pour que Simard-Beaudry, une entreprise liée à Tony Accurso, obtienne un contrat dans l'est de Montréal en 2005.

Après avoir longtemps maintenu qu'il ne savait pas qui avait transmis cette information aux membres du cartel, M. Zambito a dit croire sous les questions répétées de Me Saint-Jean qu'elle provenait de Michel Lalonde, du groupe Séguin.

L'homme d'affaires n'a pu dire non plus qui l'avait informé qu'il fallait payer une ristourne de 1 % à l'ingénieur Gilles Surprenant de la Ville de Montréal pour les contrats qu'organisait le cartel. Il tenait l'information d'un « membre du groupe », a-t-il dit.

Lino Zambito n'a pas été en mesure d'être plus précis non plus lorsqu'on lui a demandé d'où lui venait l'information selon laquelle un cartel était également actif dans le domaine des trottoirs à Montréal. « C'était à ma connaissance », a-t-il laissé tomber.

Lussier pas remplacé dans l'immédiat

Le porte-parole de la commission Charbonneau, Richard Bourdon, confirme que Sylvain Lussier ne sera pas remplacé dans l'immédiat.

Me Lussier a démissionné mardi de ses fonctions de procureur en chef de la commission, invoquant des allégations de conflit d'intérêts formulées à son endroit plus tôt cette année. C'est le procureur en chef adjoint, Me Claude Chartrand, qui assumera l'intérim.

Dans une lettre rendue publique, il écrit que « certains doutes ont été soulevés à mon sujet quant à de possibles apparences de conflits d'intérêts dus à d'anciens dossiers n'ayant aucun rapport avec le mandat de la Commission ».

« Après mûre réflexion, même si ces doutes n'ont aucun fondement, factuel ou juridique, il m'apparaît que l'intérêt public sera mieux servi si je me retire comme procureur en chef de la commission, de façon à éviter toute possibilité que ma participation puisse mettre en doute de quelque façon que ce soit l'intégrité des travaux de celle-ci. », expliquer l'ex-procureur en chef.

De Paris, mercredi, la première ministre Pauline Marois a commenté le départ du procureur en chef en ces termes : « je crois que c'est rassurant, car il évite ainsi de se retrouver en conflit d'intérêt et d'entacher la crédibilité de la commission ».

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.