La crédibilité du témoignage de Lino Zambito de nouveau mise à l'épreuve

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Un texte de François Messier

Gilles Surprenant, un ex-ingénieur de la Ville de Montréal montré du doigt par Lino Zambito, a admis jeudi devant la commission Charbonneau avoir reçu des pots-de-vin totalisant 580 000 $ à 600 000 $ d'entrepreneurs en construction dans les années 1990 et 2000.

M. Surprenant a en outre admis avoir remis 122 800 $ aux enquêteurs de la Commission qui sont allés le rencontrer une première fois en août dernier. « J'ai été très content de remettre cet argent-là, pour me débarrasser de ça. C'était comme une libération », a-t-il dit.

Le reste de l'argent ne pourra pas être récupéré. L'ex-ingénieur dit avoir perdu 250 000 $ au casino, et avoir perdu 100 000 $ dans un prêt versé à un entrepreneur en construction, Conex. Le reste de l'argent, a-t-il dit, a servi à payer des cours à ses enfants, ou des rénovations sur sa maison.

M. Surprenant a expliqué comment il avait été corrompu une première fois par Frank Catania au début des années 90, alors qu'il était en charge des plans et devis pour les projets de canalisation à la Ville de Montréal.

L'ex-ingénieur dit qu'il a senti que quelque chose clochait lorsque l'entreprise de M. Catania a été le plus bas soumissionnaire pour un contrat dans Westmount qui était évalué à 250 000 $. La firme avait soumis une offre de 500 000 $. Gilles Surprenant dit que son premier réflexe a été de lancer un nouvel appel d'offres.

Selon M. Surprenant, un employé de la Ville qui travaillait aux finances et qui connaissait Frank Catania lui a cependant suggéré d'aller rencontrer l'entrepreneur au restaurant pour discuter de l'affaire. Le témoin ne s'est pas souvenu du nom de cet intermédiaire.

Lors du dîner, auquel participait aussi l'intermédiaire non identifié, Gilles Surprenant dit avoir plaidé qu'il ne réussirait pas à faire « passer le contrat » au comité exécutif de la Ville de Montréal. Frank Catania aurait plutôt argué que le contrat contenait des « difficultés techniques » qui justifiaient son prix.

Vers la fin du dîner, Frank Catania aurait déclaré à Gilles Surprenant : « Les gens qui nous empêchent de manger, on les tasse ».

L'ex-ingénieur a dit s'être senti intimidé par cette remarque « marquante », et en être resté perturbé pendant une semaine. « Par la suite, j'ai toujours eu du respect pour les entrepreneurs », a-t-il dit, en spécifiant qu'il en avait peur.

Sous les questions répétées du procureur Denis Gallant, Gilles Surprenant avouera d'ailleurs qu'il avait été « convoqué » au restaurant.

Après la rencontre, Gilles Surprenant a prétexté dans un rapport que les estimations préliminaires pour le contrat en question avaient été inadéquates. Le contrat a finalement bel et bien été accordé à Frank Catania.

Environ six semaines plus tard, M. Surprenant a été convoqué aux bureaux de l'entrepreneur, à Brossard. Frank Catania lui aurait alors remis une enveloppe contenant de 3000 $ à 4000 $ pour le « récompenser » d'avoir « fait passer le contrat ».

L'ingénieur, qui dit que son salaire à la Ville avoisinait 80 000 $, a soutenu qu'il n'avait accepté son deuxième pot-de-vin qu'entre les années 1995 et 2000.

L'avocat de la Ville de Montréal, Me Martin Saint-Jean, a dit en fin de séance qu'il était intéressé à connaître le chemin que les 122 800 $ prendront. Jusqu'à nouvel ordre, les billets demeureront entre les mains de la Commission.

Le témoignage de M. Surprenant se poursuivra la semaine prochaine. Le procureur Gallant a déjà annoncé qu'il passera en revue 90 appels d'offres dans le cadre desquels M. Surprenant a reçu des pots-de-vin.

Montré du doigt par Zambito

Lors de son témoignage devant la commission, l'ex-propriétaire d'infrabec Lino Zambito a dit avoir versé de 100 000 $ à 200 000 $ en argent comptant à Gilles Surprenant dans les années 2000.

Le témoignage de M. Surprenant n'a pu se mettre en branle avant le début de l'après-midi, puisque l'avocat Mark Bantey, qui représente notamment La Presse, The Globe and Mail, The Gazette, CTV, a fait des représentations pour faire lever l'interdit de publication toujours en vigueur pour une partie du témoignage que Lino Zambito a livré les 3 et 4 octobre.

Ce débat, qui se déroule lui-même sous interdit de publication, se poursuivra lundi.

Selon l'ex-propriétaire d'Infrabec, M. Surprenant s'était lui-même surnommé « Monsieur TPS », ce qui signifiait « taxe pour Surprenant » parce qu'il recevait une ristourne équivalant à 1 % de la valeur des contrats truqués par les membres d'un cartel actif dans le domaine des canalisations.

Lino Zambito a dit que M. Surprenant s'occupait des plans et devis, et qu'il avait réussi au fil des années à faire augmenter les budgets alloués pour des travaux de construction, ce qui profitait non seulement aux entrepreneurs, mais aussi à lui-même.

Selon l'homme d'affaires, c'est l'entrepreneur du cartel désigné pour rafler un contrat qui payait M. Surprenant. Lui-même a dit qu'il le payait en argent comptant lors de brèves rencontres.

L'ingénieur était « très efficace » pour réclamer sa part, a-t-il allégué. « Aussitôt que le contrat était octroyé par le conseil de ville ou le comité exécutif de la Ville de Montréal, M. Surprenant s'assurait de vous appeler puis de demander son dû », a-t-il dit.

Toujours selon Lino Zambito, Gilles Surprenant a voyagé quelques fois au Mexique aux frais d'Infrabec. Des photos montrant M. Surprenant lors d'un de ces voyages ont d'ailleurs été déposées en preuve pendant le témoignage de l'homme d'affaires.

On pouvait notamment le voir attablé à un restaurant en compagnie de M. Zambito et d'un autre employé de la Ville de Montréal, le surveillant de chantier Luc Leclerc, qui aurait lui aussi été corrompu par Infrabec.

Tim Argento, qui travaillait à l'époque pour Concordia Béton, liée au groupe Sept Frères, pouvait également être vu sur les photos prises lors de ce voyage de golf d'une durée d'une semaine, selon ce qu'a raconté Lino Zambito.

L'ex-dirigeant d'Infrabec a affirmé que MM. Surprenant et Leclerc s'étaient eux-mêmes invités à venir, puisqu'ils étaient au courant que Giuseppe Zambito, le père de Lino, était un des propriétaires du Club Marival au Mexique.

M. Surprenant n'est plus employé par la Ville de Montréal. Il a pris sa retraite après la création de l'escouade Marteau, a avancé Lino Zambito.

M. Surprenant était par ailleurs employé de la firme Cegertec jusqu'à il y a quelques semaines. Les raisons de son départ de Cegertec ne sont pas connues.

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