NOUVELLES

Alex Bruce, vous vous souvenez?

16/10/2012 12:31 EDT | Actualisé 16/12/2012 05:12 EST

Son nom n'évoque sans doute rien pour la majorité des gens. Apposez-lui celui de Michelle Li et vous commencez peut-être à voir poindre un indice. Bruce-Li, le duo canadien de badminton qui a redonné vie au défunt acteur et maître en arts martiaux le temps de la quinzaine olympique.

Un texte de Manon Gilbert

Alex Bruce et Michelle Li sont sorties de l'anonymat quand elles ont atteint le tour éliminatoire à la suite de la disqualification pour matchs truqués de quatre équipes asiatiques. Battue à ses trois matchs du tournoi rotation, la paire canadienne a été adoptée par la foule londonienne qui prenait plaisir à scander son nom évocateur.

Leur notoriété soudaine n'a eu que peu d'échos de ce côté-ci de l'Atlantique. Au Canada, à part dans la communauté du badminton, leur 4e place historique - aucun Canadien n'avait atteint les demi-finales en badminton aux JO -, est pratiquement passée inaperçue.

Preuve qu'une demi-finale en badminton aux Jeux olympiques, ça ne change pas le monde. Rentrées au bercail au lendemain des JO, elles ont repris leur train-train quotidien loin des projecteurs. Pas de tournée médiatique, pas d'invitation dans des émissions sportives ou de variétés, pas de soirées mondaines.

Et c'est tant mieux ainsi parce qu'elles ne sont pas du genre à faire les manchettes!

« Ce qui était bizarre, c'était d'être à Londres, affirme Bruce de nature plutôt discrète. D'être à l'école, c'est normal, tout le monde va à l'école. J'ai vécu une expérience formidable pendant deux semaines. C'est une bonne chose que ça n'ait duré que deux semaines, ça a passé tellement vite que je la chéris davantage. »

Le retour de cette grande brunette de 1,83 m (6 pi) s'est également passé sur les chapeaux de roue. À peine le temps de poser les pieds chez elle à Toronto, de défaire une valise et d'en laver son contenu qu'elle bouclait de nouveau sa valise pour mettre le cap, 24 heures plus tard, sur London afin de poursuivre ses études en génie des structures à l'Université de Western Ontario.

D'ailleurs, c'est sur ses études qu'elle se concentrera au cours des deux prochaines années, le temps de compléter son baccalauréat. Après les avoir mis en veilleuse pendant deux années afin de se consacrer à son sport, l'Ontarienne juge qu'il vaut mieux replonger à fond sinon la transition entre le badminton et les livres sera d'autant plus pénible.

« Je n'arrête pas de jouer, assure celle qui manie la raquette depuis l'âge de huit ans. Je vais participer cette année et l'an prochain à des tournois nationaux. »

Rio, encore trop loin

Bruce n'écarte pas un retour sur la scène internationale dans deux ans, pour les Jeux de Rio, mais rien n'est moins sûr.

« J'ai toujours partagé mon temps entre l'école et le badminton à parts égales, 50-50. Maintenant, je veux obtenir mon diplôme et poursuivre une carrière en génie des structures. Je saurai cette année ou l'an prochain si j'ai encore envie de jouer à plein temps. Si j'ai le goût, je fonce. Si je ne l'ai pas, ce sera tout aussi bien. Je continuerai à jouer pour le plaisir, je n'en ai pas fini avec le badminton, c'est certain. J'ai trop de bons amis qui sont impliqués dans ce sport. »

Si elle décide de se lancer pour Rio, Bruce risque de devoir se dénicher une nouvelle partenaire puisque Li, qui réside à Toronto, poursuivra en solo pendant qu'elle étudie à London. Mais surtout, c'est tout l'investissement tant personnel que financier qui risque de faire pencher la balance.

Parce que les joueurs de badminton canadiens ne bénéficient pas du tout du même soutien que leurs compatriotes plongeurs, nageurs, kayakistes ou autres avironneurs. Par exemple, pour les Jeux de Londres, Plongeon Canada a touché 2,4 millions de dollars d'À nous le podium (ANLP) et Natation Canada, 4,125 millions de dollars. Badminton Canada, un beau gros zéro puisqu'aucun athlète n'avait gagné une médaille à Pékin et qu'aucun n'était susceptible d'en rapporter une de la capitale britannique.

Évidemment, Bruce souhaite que son résultat historique change les choses.

« Même si notre demi-finale tient de circonstances extraordinaires, j'espère qu'elle aidera le sport au Canada pour qu'il puisse gagner en popularité. »

Tout gérer

C'est sa passion pour le badminton qui a poussé Bruce à Londres. Avec sa partenaire Li, elles ont dû tout planifier avec pour seules ressources financières les 1500 $ mensuels, chacune, de leur brevet de Sports-Canada et une bourse de Quest for Gold, un organisme qui aide les athlètes brevetés ontariens.

Nous seulement devaient-elles se soucier de leur entraînement, mais aussi de leur calendrier de tournois, de l'achat de billets d'avion, des réservations d'hôtel. Et faute de centre national d'entraînement, elles ont dû chercher à gauche et à droite pour subvenir à leurs besoins. Une réalité complètement à l'opposé de celle de la plupart des athlètes canadiens de celle ou de leurs rivales asiatiques.

« Toronto dispose de nombreuses ressources, mais je devais les trouver. Je demandais aux gens de mon entourage s'ils pouvaient me conseiller un bon spécialiste en massothérapie ou en physiothérapie. J'ai essayé d'utiliser mon entourage à sa pleine mesure. Pour la préparation physique, mon entraîneur (Ram Nayyar) m'aidait, mais c'est moi qui décidais si j'avais envie ou non de me pousser », raconte la Torontoise de 22 ans.

Coût de l'opération entre 15 000 et 20 000 dollars pour 2011, année durant laquelle elles ont dû multiplier les tournois afin d'améliorer leur classement mondial et durant laquelle elles ont décroché, au passage, l'or aux Jeux panaméricains. Elles pointent actuellement au 22e rang mondial, ce qui en fait la meilleure paire de la zone panaméricaine.

Ce n'est qu'une fois leur qualification olympique assurée qu'elles ont commencé à voir la couleur de l'argent.

Bruce ne regrette rien et elle n'envie pas non plus ses coéquipiers, plus choyés ou plus médiatisés, de l'équipe canadienne olympique. Ce n'était qu'un défi parmi tant d'autres que lui réserve la vie, selon elle.

Ses efforts ont été plus que récompensés à Londres. Une fois le choc de la qualification surprise pour les quarts de finale passé, Bruce a réalisé l'ampleur de cette chance et pas seulement du point de vue sportif. Elle se fiche que la majeure partie des gens aient oublié son exploit. Ce qu'elle souhaite par contre, c'est que son parcours ait inspiré quelqu'un quelque part à croire en ses moyens et à améliorer la vie des autres.

« Si vous trouvez quelque chose que vous aimez et que vous croyez en vous, vous pouvez être surpris par vos propres réalisations. Tout est possible. Il n'y a pas si longtemps, je ne croyais pas que je pouvais me qualifier pour les Jeux olympiques. Ce que j'ai réussi aux JO m'a donné confiance et a, en quelque sorte, un peu changé la perception que j'avais de moi-même et de la place que je pouvais occuper dans ce monde. »

Finalement, une demi-finale aux Jeux olympiques, ça peut changer le monde!

PLUS: