BIEN-ÊTRE

Tourisme dentaire en Hongrie : rendez-vous de luxe pour soins low-cost

15/10/2012 09:58 EDT | Actualisé 15/12/2012 05:12 EST

"Soins dentaires en Hongrie, 50% à 70% d'économies" : les cliniques hongroises spécialisées dans le tourisme dentaire tentent d'appâter les clients par des petites annonces alléchantes et des rendez-vous dans les halls d'hôtels parisiens de luxe.

Ces annonces, visibles dans la presse quotidienne, invitent à prendre contact sur un numéro de portable, entre 09H00 à 22H00. Au bout du fil, une commerciale au fort accent de l'Est propose un rendez-vous immédiat pour établir une première estimation, avant un devis trois à cinq jours plus tard par email, incluant une "offre spéciale" si le départ pour la Hongrie se fait dans les 30 jours.

"Ce sont souvent des agences qui n'ont rien à voir avec le dentaire mais spécialisées dans le voyage ou le tourisme qui font le démarchage, proposant des packs vol, hôtel et soins à des prix très bas", explique Catherine Mojaïsky, présidente de la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD).

Si elles n'ont rien d'illégal, ces pratiques peuvent être déontologiquement condamnables dès lors qu'elles impliquent un praticien français.

"Il arrive que ces cabinets étrangers renvoient vers des praticiens français pour des examens préalables à l'opération prévue en Hongrie", explique Catherine Mojaïsky.

"Si le nom du praticien apparaît, il risque des poursuites du Conseil de l'ordre, et des sanctions qui peuvent aller jusqu'à l'interdiction d'exercer", précise la représentante française au Conseil européen des dentistes (CED).

Selon la CNSE, chargée du remboursement des soins à l'étranger, le tourisme dentaire en Hongrie reste marginal en terme de nombre de dossiers traités, mais la destination est en tête des sources de dépenses.

Des cliniques réservées aux étrangers

En 2011, 1.547 assurés français se sont rendus à Budapest pour des soins low-cost, engageant un coût total de 2,7 millions d'euros.

Il faut débourser entre 200 et 400 euros pour une couronne hongroise, 650 euros minimum pour un implant, contre une facture dépassant facilement les 1.500 euros pour ce type de soins en France.

Cinq jours pour la pose de multiples implants ou prothèses, le risque réside surtout dans la rapidité du bilan préopératoire et l'absence de suivi.

"On voit parfois des patients avec des bridges magnifiques, mais une infection grave, parce qu'on n'a pas pris le temps de traiter les racines ou le temps de cicatrisation a été trop court", explique Catherine Mojaïsky.

Les patients, pour la plupart originaires d'Ile-de-France et de la région Paca (53% des dossiers), dépensent en moyenne 1.744 euros chacun, selon la CNSE.

"Les clients français, allemands, etc. sont accueillis dans des cliniques exclusivement réservées aux étrangers pratiquant des tarifs deux à trois fois supérieurs aux tarifs locaux", souligne Catherine Mojaïsky.

Avec des établissements spécialisés dans les actes les plus rémunérateurs en excluant les soins de base, le modèle hongrois trouve aujourd'hui des répliques en France.

"Certaines franchises, qui se disent des associations luttant pour l'accessibilité aux soins, proposent aujourd'hui en France la pose de prothèses et implants à bas prix et peuvent le faire parce qu'elles appliquent le même modèle économique", signale la présidente de la CNSD.

"Quand je soigne une carie pendant une heure, j'applique les tarifs imposés par la Sécurité sociale et je gagne 20 euros pendant que je paie 80 euros de charges pour mon cabinet. Les dentistes rééquilibrent leurs revenus sur les actes à facturation libre", dit-elle.

"Si nous faisons tous uniquement de la chirurgie et arrêtons de soigner les caries, nous pourrons tous pratiquer des bas prix, mais ce sera au détriment de la santé publique", déclare-t-elle.