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Le débat des colistiers truffé de demi-vérités

12/10/2012 06:47 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST

Au cours de leur débat de jeudi, les deux candidats à la vice-présidence américaine ont bien sûr multiplié les attaques à l'endroit de leurs adversaires, usant d'arguments massue jouant parfois sur les faits. Les médias américains ne manquent d'ailleurs pas de le souligner. Tour d'horizon de quelques affirmations passées au crible.

Le taux de chômage grimpe partout aux États-Unis

S'appuyant sur le taux de chômage de la ville d'origine de son rival démocrate Joe Biden, en Pennsylvanie, le colistier du républicain Mitt Romney, Paul Ryan, a soutenu que le taux de chômage était plus élevé depuis l'accession au pouvoir de l'administration Obama.

S'il est vrai que le chômage a été plus important sous l'administration Obama, culminant à 10 % en octobre 2009, il faut rappeler que le président a hérité d'une situation économique difficile et d'un taux de chômage qui commençait à grimper bien avant son élection.

Les plus récentes statistiques montrent en outre une amélioration. En septembre, le taux de chômage s'est établi à 7,8 % aux États-Unis, tombant pour la première fois sous la barre des 8 % depuis presque quatre ans. Il s'agit du niveau le plus bas depuis l'arrivée au pouvoir de Barack Obama, en janvier 2009.

Le site Politico souligne au passage que les villes d'origine de Paul Ryan, de Mitt Romney et Barack Obama ont toutes vu le chômage chuter depuis l'entrée en fonction de l'administration démocrate.

Mitt Romney était contre la relance de l'industrie automobile

Le vice-président sortant, Joe Biden, a affirmé que Mitt Romney voulait abandonner à son sort l'industrie automobile, en très mauvaise posture en 2008-2009. Pour appuyer ses dires, il a repris une citation attribuée à Mitt Romney.

En fait, cette citation, souvent évoquée par le camp démocrate au cours des dernières années, provient du titre d'une lettre d'opinion de Mitt Romney publiée dans le New York Times, en novembre 2008: Laissons Détroit faire faillite. Le titre était donné par les titreurs du quotidien et non par l'auteur lui-même, qui évoquait plutôt dans sa lettre une « faillite dirigée ».

Il soutenait que l'industrie automobile échouerait à apporter la restructuration nécessaire à sa survie si elle obtenait les milliards qu'elle réclamait alors. Le gouvernement devrait « fournir des garanties pour le financement suivant la faillite et assurer les acheteurs que leurs garanties ne sont pas en danger » tout en restructurant les dettes de GM et Chrysler et les contrats de travail. C'est essentiellement ce qu'a fait l'administration Obama, souligne d'ailleurs le site Slate.

La réforme de la santé se fait au détriment de Medicare

Farouchement opposés à la réforme de la santé mise en place par l'administration Obama, les républicains ont à de multiples reprises affirmé qu'elle se faisait au détriment du programme Medicare, le régime gouvernemental d'assurance santé pour les aînés. Paul Ryan n'a pas manqué de brandir cet argument au cours du débat.

Son affirmation sous-entend que le programme destiné aux aînés est amputé au profit de la réforme de la santé. En fait, la loi prévoit plutôt l'implantation de certaines mesures visant à freiner la croissance des dépenses de Medicare, qui augmentent de façon considérable d'année en année, explique le site PolitiFact. Ces économies doivent compenser les coûts de la réforme, comme ceux liés à la couverture des millions d'Américains qui n'étaient pas assurés.

Le retrait militaire d'Afghanistan d'ici 2014

Joe Biden a voulu distinguer l'approche des deux équipes quant au retrait américain d'Afghanistan.

Les États-Unis ont déjà amorcé leur retrait du pays. En 2014, les Afghans seront responsables d'assurer leur propre sécurité, a promis le président. Si la mission de combat des États-Unis aura alors pris fin et que la majeure partie des militaires aura quitté le pays, ils poursuivront cependant une mission de soutien, qui nécessitera une présence militaire au-delà de cette date.

Mitt Romney a en outre appuyé à plusieurs reprises le retrait militaire en 2014, mais il en a condamné l'annonce, qui menace selon lui la sécurité des troupes. Il a par ailleurs déclaré que le retrait serait conditionnel à la situation sur le terrain. Sous une administration républicaine, le calendrier pourrait donc être appelé à changer.

Obama a préféré le divertissement à une rencontre avec Nétanyahou

Critiquant la gestion du nucléaire iranien par le président Obama, Paul Ryan a soutenu que celui-ci avait préféré participer à une émission télévisée plutôt que d'avoir un entretien avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, dont le pays, allié des États-Unis, est un ennemi juré de Téhéran.

Il est vrai que les deux hommes ne sont pas rencontrés, mais s'ils étaient à New York à la même période pour prononcer un discours devant l'Assemblée générale de l'ONU, ils n'y étaient pas le même jour.

Barack Obama y était le 25 septembre et est revenu à Washington le même jour. Le premier ministre israélien est pour sa part arrivé dans la ville deux jours plus tard pour prendre la parole devant la même tribune.

S'ils ne se sont pas croisés, les deux politiciens, entre qui les relations sont tendues, ont cependant eu un entretien téléphonique.

Pas de demande de sécurité accrue à Benghazi

Interrogé par l'animatrice du débat sur le renforcement de la sécurité au consulat américain de Benghazi, en Libye, avant l'attaque qui a coûté la vie à quatre diplomates, dont l'ambassadeur américain, le mois dernier, le vice-président sortant a affirmé qu'aucune demande en ce sens n'avait été faite.

Or, souligne Politico, on ignore à qui réfère M. Biden lorsqu'il parle de « nous ». S'il parle de l'administration Obama, il pourrait avoir raison. Cependant, des documents officiels révèlent que le département d'État, lui, avait bien reçu des demandes pour une sécurité accrue. Il y a quelques jours, le haut fonctionnaire responsable de la sécurité en Libye a lui aussi affirmé devant la Chambre des représentants qu'il avait lui-même réclamé des agents supplémentaires.

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