Sommet de la francophonie : Pauline Marois refuse de rencontrer le président Kabila (VIDÉO)

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FRANCOPHONIE KABILA
Joseph Kabila prêtant serment lors de sa cérémonie d'investiture, en décembre dernier. (PC) | PC

La première ministre du Québec, Pauline Marois, est arrivée en République démocratique du Congo (RDC), où s'ouvrira vendredi le 14e Sommet de la francophonie.

Lors d'une brève rencontre avec les journalistes, Mme Marois a indiqué que tout entretien privé avec l'hôte de la rencontre, le président Joseph Kabila, n'était pas au programme en raison de son sombre bilan en matière de droits de la personne. « Nous n'avions pas l'intention de demander de rencontre à M. Kabila », a-t-elle dit.

À Kinshasa, Mme Marois aura d'ailleurs une série d'entretiens avec des représentants de l'opposition, de la société civile et d'organisation de défense des droits de la personne.

En décembre dernier, le président sortant a été déclaré vainqueur d'un scrutin dont les observateurs nationaux et internationaux ont dénoncé de nombreuses irrégularités. L'élection a été suivie par de graves épisodes de violences.

Pour ces raisons, d'autres représentants internationaux, dont le président de la France, François Hollande, ont hésité à confirmer leur présence au sommet. Les Nations unies avaient condamné les actes de tueries et les trop nombreuses détentions dans ce pays.

Le ministre québécois des Relations internationales, Jean-François Lisée, a expliqué la présence du Québec au sommet par la nécessité de « travailler entre francophones dans un pays francophone important, mais aussi envoyer un signal fort à la société congolaise, qui a soif de démocratie, pour lui dire qu'on va les accompagner ».

Le premier ministre canadien, Stephen Harper, qui a fait un saut au Sénégal avant la tenue du sommet, ne rencontrera pas non plus le président Kabila. Il s'agit de sa troisième visite en Afrique.

Se référant aux nominations d'unilingues anglophones à la Cour suprême et au poste de vérificateur général, le ministre Lisée a au passage critiqué le premier ministre Harper, estimant qu'il devait faire davantage pour protéger le français au Canada.

Citant en exemple la situation du français à Montréal, le ministre Lisée veut par ailleurs demander à la francophonie de faire davantage pour la sauvegarde du français. Le gouvernement Marois entend également profiter de cet événement international pour mettre en valeur le rôle du Québec au sein de la francophonie et, avec la souveraineté en tête, renforcer les liens socioculturels avec les pays membres.

Le travail des journalistes encadré

Sur place, tout est fait pour tenter d'envoyer une image positive de la ville. Les grandes artères ont été refaites, et les rues ont fait l'objet d'un grand ménage.

Mais, surtout, les autorités prennent les grands moyens pour empêcher les manifestations contre le pouvoir, rapporte Emmanuelle Latraverse, et les médias sont surveillés. Interdiction leur est faite de filmer la garde nationale ou encore les forces de l'ordre qui assurent la sécurité.

Reporters sans frontières et Journaliste en danger, une ONG congolaise, ont profité de la tenue du sommet pour dénoncer la détérioration des conditions de travail des journalistes depuis les élections de l'an dernier.

Les deux organisations de défense de la presse déplorent en outre l'inaction du président Kabila pour protéger les droits des journalistes. En octobre 2010, rappellent-elles, le président Kabila avait promis de « faire en sorte qu'aucun crime - que ce soit contre les journalistes ou contre la population, à Kinshasa, à l'est ou sur toute l'étendue du territoire national - ne reste plus impuni ».

Selon elles, plusieurs journalistes sont actuellement emprisonnés. Le rapport 2011 de JED recense un assassinat, 42 arrestations, 57 cas de menaces et d'agressions, 43 cas de censures et d'entraves à la circulation de l'information et 17 cas de pressions sur les médias.