Alphée des étoiles est un ovni. D'abord, c'est une offrande inusitée dans la filmographie d'Hugo Latulippe, qui nous a habitués à des films politiques, tels Ce qu'il reste de nous et République: un abécédaire populaire. Ensuite, parce que cet objet cinématographique - mi-documentaire, mi-fable - n'entre dans aucune petite case. Comme son sujet.

Dans ce film intimiste, Hugo Latulippe présente sa fille Alphée (née de son union avec la militante écosociologue Laure Waridel), atteinte du syndrome Smith-Lemli-Opitz, une maladie génétique rare qui retarde son développement physique et neurologique. Le tout est narré comme une lettre d'amour d'un père à sa fille.

À l'été 2010, la petite famille part un an en Suisse pour se consacrer au développement de la petite fille alors âgée de 5 ans. «Alphée n'est pas une déficiente intellectuelle, explique Hugo Latulippe, mais elle prend plus de temps pour apprendre à faire les choses. Nous voulions donc ralentir nos activités pour nous consacrer à elle.»

Cet exode familial était aussi un défi lancé par le couple aux autorités publiques. Alors qu'on leur suggérait d'inscrire leur fille dans une école spécialisée, les parents ont préféré prendre du recul pour permettre à Alphée d'intégrer l'école normale l'année suivante. «Nous ne sommes pas des intégristes de l'intégration à tout prix, dit Hugo Latulippe, mais nous voulions mettre toutes les chances de son côté.»

Une trêve pour Alphée

Le film tiré de cette première année en Suisse (la famille y restera finalement deux ans) est un conte initiatique nimbé de magie. La caméra, humaniste, se place à la hauteur d'Alphée pour nous faire découvrir le monde à travers ses yeux. La bande sonore est d'ailleurs truffée de sons d'animaux de la jungle, peu communs dans les Alpes suisses.

«C'est un film sur mon rapport à elle, dit Hugo Latulippe. C'est aussi un film sur notre rapport collectif à l'altérité.» Après la naissance de leur fille, le couple comparait leur fille au développement normal d'un enfant. «Aujourd'hui, sa mère et moi, on s'en fout des cases de la normalité, poursuit-il. Nous voulons simplement qu'elle soit heureuse.»

Alphée des étoiles est d'ailleurs une leçon sur le bonheur. «Je dis toujours que ce n'est pas un film politique, mais au fond ça remet en question notre normalité; les concepts de productivité et d'efficacité, dit Hugo Latulipe. Ce sont des concepts destructeurs pour la planète et pour nous.»

Depuis son retour au Québec au printemps dernier, la famille Lapointe-Waridel s'est installée dans un petit village du Québec, où Alphée vient d'entreprendre sa première année dans une classe normale.

Alphée des étoiles sera présenté en première au Festival du nouveau cinéma le 11 octobre.