BIEN-ÊTRE

Faut-il dépister le diabète de type 2 à grande échelle ?

04/10/2012 05:00 EDT | Actualisé 04/12/2012 05:12 EST

Dépister à grande échelle le diabète de type 2 n'aurait pas d'impact significatif sur le taux de mortalité, selon une étude britannique, dont les limites ont été soulignées par un diabétologue français.

Le diabète de type 2 touche 350 millions de personnes à travers le monde.

Selon les auteurs de l'étude, publiée jeudi par la revue médicale britannique Lancet, les taux de mortalité observés chez quelque 20.000 patients britanniques suivis pendant près de 10 ans étaient similaires, toutes causes confondues (diabète, maladies cardiovasculaires, cancer, etc), qu'ils aient été ou non dépistés.

Agés de 40 à 69 ans, les patients présentaient tous des risques de diabète de type 2 (le diabète le plus courant) et avaient été répartis en trois groupes : un groupe témoin non dépisté, un groupe dépisté ayant fait l'objet d'un traitement de routine, et un autre groupe dépisté et traité de manière intensive.

Bien qu'il existe "des arguments forts en faveur du dépistage", le dépistage du diabète de type 2 chez des patients à risque "n'a été associé à aucune baisse de la mortalité", relève le Dr Simon Griffin, un épidémiologiste de Cambridge, qui a dirigé l'étude.

"Il semble que les bénéfices d'un dépistage soient (...) limités à des individus ayant déjà des signes de la maladie", ajoute-t-il.

En dépit des limites de l'étude, qui a porté principalement sur des patients de type caucasien et de condition sociale aisée, elle "accroît les doutes sur l'intérêt du dépistage à grande échelle" du diabète, relève Michael Engelgau, du Centre de contrôle et de prévention des maladies d'Atlantla, dans un commentaire joint à l'article.

M. Engelgau reconnaît cependant que se baser sur une seule étude "pour intégrer tous les facteurs qui affectent les politiques de dépistage" dans les différents pays relève de la "gageure".

"Dans un avenir proche, les recommandations de dépistage resteront vraisemblablement spécifiques à chaque pays", ajoute-t-il.

Interrogé par l'AFP, le professeur Patrick Vexiau, chef du service diabétologie de l'hôpital Saint-Louis à Paris, s'est montré très sceptique quant à ces résultats.

Il souligne que les populations étudiées ne sont pas représentatives de l'ensemble de la population britannique, la prévalence du diabète étant plus importante chez les personnes issues de l'immigration. Il relève également que l'étude ne parle que de mortalité et non pas des complications liées à la maladie.

"C'est dangereux parce qu'on pourrait en tirer comme conclusion que le dépistage n'est pas utile", ajoute-t-il.

La France pratique un dépistage ciblé du diabète de type 2 chez les personnes de plus de 45 ans présentant au moins un facteur de risque (obésité, hypertension artérielle, cholestérol, antécédent familial), en application des recommandations de la HAS. Le dépistage se traduit par un test de glycémie à jeun.

"Le problème en France est celui d'un accès inégalitaire au dépistage, qui est décidé trop tardivement chez les populations les plus défavorisées, lorsque interviennent les complications", explique le Pr Vexiau.