Ici Chez Soi: «Il y a une beauté dans la maladie mentale» - Louiselle Noël, réalisatrice

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LOUISELLE NOEL
ONF

L'Acadie dans le cœur, Louiselle Noël est sensible aux contours de l'âme humaine. Entourée par la productrice Maryse Chapdelaine et le monteur Steve Dawson, elle concocte des films tranquilles et réalistes. Loin des centres urbains, elle démystifie l'itinérance en milieu rural et dans ses deux premières créations, elle laisse s'exprimer le cœur de Lise et Hector, deux participants dont la vie s'est améliorée grâce au projet Chez Soi. Conversation téléphonique Moncton-Montréal sur le thème de la beauté.

Comment choisissez-vous les intervenants qui deviennent les protagonistes de vos films?

Je les choisis avec l'équipe du projet Chez Soi ici à Moncton. On me recommande des gens que je visite pour rencontrer, et après je fais une sélection selon les thèmes. On a décidé de tourner sur la ferme Amarosia l'été dernier avec Hector car c'est un sujet rural spécifique au Nouveau-Brunswick. Lise a aussi été référée par les gens de la ferme parce qu'elle y a travaillé. On cherche à présenter la réalité de notre région. On travaille sur un film avec un pharmacien qui livre des médicaments à des participants dans le village de Cap Pelé. On ne cherche pas à faire des films aussi urbains ou hardcore qu'à Vancouver ou à Winnipeg.

Raconter des histoires de personnes souffrant de maladie mentale pose plusieurs questions morales. Comment arrivez-vous à insuffler une dose de légèreté et d'harmonie à vos films?

Au départ, je ne juge pas les participants. C'est ce qui me donne envie de connaitre l'histoire de ces gens-là. Étant donné que je souffre moi-même de maladie mentale, je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas des films là-dessus. Je trouve qu'il y a une beauté dans la maladie mentale. Ces gens-là ont le droit d'avoir une vie et d'être respecté autant que les autres. Ils ont des choses à dire, même si on les exclut souvent.

Croyez-vous que de montrer la beauté des problèmes de santé mentale soit un moyen de lutter contre l'exclusion?

Je crois que oui. Quand les participants s'expriment devant la caméra, c'est très important pour eux. Comme le fait de dévoiler leur maladie mentale et leur histoire. Je crois qu'ils sont fiers de faire les films. Le cas de Lise, la peintre, est intéressant; elle est schizophrène et au départ elle ne voulait pas participer au documentaire. Elle a finalement accepté après avoir discuté avec nous.

En tournage, quelle dimension de chaque individu cherchez-vous à cueillir?

Je cherche à montrer la beauté de l'âme, la beauté intérieure, ce que les participants ont à dire. La rencontre avec le projet Chez Soi a changé leur vie. Ce n'est pas parce qu'on a une maladie mentale qu'on est nécessairement légume! On vit comme tout le monde. On fonctionne, on mange, on a des activités, on veut des amis et un réseau social. Si on est bien traités et médicamentés, on peut être comme les autres.

Biographie de Louiselle

Si son film Ça tourne dans ma tête portait sur la maladie mentale chez les enfants, c'est que c'est un sujet qui touche personnellement Louiselle Noël. Après des études en sociologie et en cinéma à Moncton, Vancouver et Paris, elle a œuvré de nombreuses années dans le milieu de la publicité avant de se tourner vers le documentaire en 2005. Elle a aussi réalisé le film Bonnes Vacances, qui raconte l'histoire d'un petit garçon qui part pour la première fois en colonie de vacances.