AFFAIRE CARLTON - Il n'y aura pas de poursuites pour viol contre Dominique Strauss-Kahn en marge de l'affaire dite du Carlton. Le procureur de Lille, Frédéric Fèvre, a décidé ce mardi 2 octobre de classer sans suite l'enquête préliminaire pour "viol en réunion" qui visait l'ancien directeur général du FMI.

Cette procédure, ouverte le 21 mai dernier, s'appuyait sur le témoignage d'une escort-girl surnommée Marion qui faisait état de soupçon de viol lors d'une soirée organisée dans un hôtel à Washington en 2010, en présence de l'ancien patron du FMI. Dominique Strauss-Kahn avait alors fermement démenti, par la voix de ses avocats, "avoir commis la moindre violence de quelque nature qu'elle soit".

Or, rappelle Le Monde, l'escort-girl est revenue sur son récit dans une lettre datée du 17 août, qualifiant les faits de simple "jeu sexuel". Le procureur a donc estimé qu'il n'y avait pas lieu à poursuivre.

"Quand des accusations graves sont portées contre quelqu'un, a déclaré le procureur Frédéric Fèvre, il faut les vérifier, ce que nous avons fait. Nous avons jugé indispensable de réaliser des investigations approfondies. Les faits n'étaient pas constitués, nous en avons tiré les conséquences utiles."

Décision sur la nullité de l'affaire du Carlton le 28 novembre

"Je ne m'attendais pas à une autre décision compte tenu des éléments qui sont dans le dossier que je connais au sujet de ce prétendu viol", a déclaré à l'AFP Me Henri Leclerc, l'un des avocats de Dominique Strauss-Kahn. "J'étais convaincu qu'il n'y avait même pas lieu de faire une enquête et qu'inévitablement cette enquête serait un jour ou l'autre classée sans suite, même si elle a amené à faire un grand scandale médiatique qui ne reposait sur rien", a regretté l'avocat.

La fin de l'enquête préliminaire constitue donc une première victoire pour l'ancien ministre des Finances, dans l'attente d'une autre décision de justice qui pourrait lever toutes les charges qui pèsent contre lui. Mis en examen pour "proxénétisme aggravé", DSK réclame désormais l'annulation pure et simple des procédures le concernant dans l'affaire du Carlton devant la chambre de l'instruction à Douai (Nord).

Parmi les griefs soulevés par ses avocats figure le fait que des pièces du dossier ne leur ont été communiquées que le jour de l'audition de leur client alors que la loi impose un délai de quatre jours. Ils relèvent aussi que la qualification des faits susceptibles d'être reprochés à l'ancien ministre n'était pas assez suffisamment détaillée.

La décision devrait tomber le 28 novembre prochain.

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  • Les protagonistes de l'affaire du Carlton

  • Francis Henrion, directeur du Carlton

    Directeur du Carlton et propriétaire de l'Hôtel des Tours et de l'Alizé Opéra, Francis Henrion est éclaboussé par l'affaire qui porte le nom de l'hôtel qu'il dirige. Avec Hervé Franchois, propriétaire du Carlton et René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, tous trois ont été mis en examen et écroués pour proxénétisme aggravé en bande organisée. Ils sont soupçonnés d'avoir aidé des clients à trouver des prostituées lors de leurs séjours dans leurs établissements. Ils ont depuis été libérés.

  • Dominique Alderweireld alias Dodo la Saumure

    Figure emblématique de l'affaire, ce Français de 63 ans, exploitant de plusieurs salons de massage et bars montants en Belgique, a été mis en examen et écroué le 2 octobre en Belgique. Il est soupçonné de proxénétisme en bande organisée et blanchiment d'argent avec trois autres personnes, dont sa compagne Béatrice Legrain (Béa), avant d'être libéré le 10 janvier. Contact de René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, il aurait été l'un des fournisseurs de prostituées aux clients des hôtels lillois. Il assure n'avoir, contrairement à sa compagne Béa, jamais rencontré DSK.

  • Béatrice Legrain, dite "Béa"

    La compagne de "Dodo la saumure" a également été mise en examen et écrouée le 2 octobre en Belgique pour proxénétisme en bande organisée. <a href="http://www.lavoixdunord.fr/Audio-Video/Audio/2012/01/12/article_audio-bea-compage-de-dodo-la-saumure-dans-les.shtml" target="_hplink">Dans un entretien à la Voix du Nord</a>, elle a raconté avoir présenté une prostituée à David Roquet, Fabrice Paszkowski et Dominique Strauss-Kahn..

  • Emmanuel Rigaire, avocat

    Emmanuel Riglaire, figure montante du barreau de Lille, est soupçonné d'avoir notamment présenté une de ses clientes à d'autres protagonistes de l'affaire. Celle-ci se serait ensuite mise à exercer comme prostituée. L'avocat a été mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée. Il a toutefois été laissé libre sous contrôle judiciaire.

  • Jean-Christophe Lagarde, commissaire divisionnaire

    Proche de DSK, Jean-Christophe Lagarde, commissaire divisionnaire chef de la Sûreté départementale du Nord, a été mis en examen le 21 octobre denier pour proxénétisme aggravé en bande organisée, recel d'abus de biens sociaux et placé sous contrôle judiciaire. Il a été suspendu de ses fonctions. Jean-Christophe Lagarde aurait participé à trois voyages aux États-Unis, dont un la veille de l'interpellation de Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol sur une femme de chambre du Sofitel. Il aurait notamment organisé des réunions de travail sur la politique financière en la présence de l'ancien patron du FMI, au terme desquelles des prostituées auraient été invitées à se joindre à eux.

  • Jean-Claude Menault, chef de la police du Nord

    Jean-Claude Menault avait participé au printemps, sans en avertir sa hiérarchie, à un voyage aux Etats-Unis pour y rencontrer Dominique Strauss-Kahn, en compagnie de son subordonné Jean-Christophe Lagarde, mis en examen dans ce dossier, et de jeunes femmes. Il a expliqué aux enquêteurs qu'il s'agissait dans son esprit de conseiller sur les questions de sécurité celui qui était alors le favori de la présidentielle. Quand un dîner avec l'ancien patron du FMI avait pris une tournure libertine, M. Menault avait regagné sa chambre d'hôtel, expliquant plus tard s'être "senti un peu piégé". Entendu pendant cinq heures sous le régime de la garde à vue par l'IGPN à Paris sans faire l'objet d'aucune poursuite, il a depuis été mis à la retraite.

  • Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur du FMI

    Dès l'apparition de son nom dans la presse à la mi-octobre, DSK a demandé à être entendu "le plus rapidement possible" pour mettre fin à des "insinuations malveillantes". En enquêtant sur l'affaire du Carlton, la justice est en venue à soupçonner l'ancien patron du FMI d'avoir participé à des parties fines financées par des entreprises, se rendant complice d'abus de biens sociaux. Dans le livre "Affaires DSK, la contre-enquête" de Michel Taubmann, l'ancien patron du FMI jugeait "insupportable" que son nom soit associé à la prostitution dans la presse, reconnaissant avoir "participé à des soirées libertines", ajoutant: "mais d'habitude, les participantes à ces soirées ne sont pas des prostituées".

  • Et aussi...

    <strong>-David Roquet, directeur d'une filiale du groupe de BTP Eiffage:</strong> L'individu, proche de DSK, a été mis en examen le 14 octobre pour proxénétisme aggravé en bande organisée et écroué. Il aurait notamment payé les services de prostituées au frais de la société Eiffage. Celle-ci a déposé plainte avec constitution de partie civile pour "abus de biens sociaux" contre lui et "tous ceux qui auraient abusé de leur fonction au détriment du groupe". Il a été libéré le 27 janvier. <strong>- Fabrice Paszkowski, homme d'affaires nordiste:</strong> Il a été mis en examen le 21 octobre pour proxénétisme aggravé en bande organisée, association de malfaiteurs, escroquerie et abus de biens sociaux, puis placé en détention provisoire. Libéré le 3 février, il est soupçonné comme David Roquet, d'avoir réglé des frais liés à des parties fines avec des prostituées à Paris auxquelles aurait notamment participé DSK.