MONTRÉAL - La question turlupinait les Justiciers masqués: combien de temps faut-il pour avoir le secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, Ban Ki-Moon, au bout du fil? La réponse: une heure.

Une petite heure, c'est tout le temps dont les complices Marc-Antoine Audette et Sébastien Trudel, alias Stephen Harper, ont eu besoin pour passer au travers des six niveaux du quartier général de l'ONU et sortir Ban Ki-Moon d'une réunion «avec Barack Obama ou François Hollande», selon les humoristes, pour discuter avec lui.

Les drôles de justiciers ont imité le premier ministre du Canada, qui s'excusait, dans la «langue de Molaire», de ne pas s'être rendu à la 67e Assemblée générale de l'ONU cette semaine, trop occupé qu'il est «à parler de foetus» ou à se «peigner les cheveux avec de la crazy glue».

«Mais je vous envoie mon animal de compagnie, John Baird», ont-ils lancé, en référence au ministre des Affaires étrangères, avant d'obtenir les remerciements de Ban Ki-Moon.

ll a fallu que les anciens de Safarir passent à l'anglais pour déconcerter le secrétaire général.

«L'ONU doit soutenir les Nordiques», ont-il insisté, dans la langue de Shakespeare cette fois. «C'est le sujet le plus important pour nous. Vous devez parler à Gary Bettman pour les ramener.»

«Je ne comprends pas», a répondu, confus cette-fois, Ban Ki-Moon. «Êtes-vous êtes le premier ministre du Québec?»

«Non, ça c'est Pauline, don't be inquiète», ont renchéri les justiciers dans le «franglais» qu'utilisent certains politiciens.

Une fois conscient qu'il avait été piégé, Ban Ki-Moon a mis fin à l'appel poliment, mais promptement.

Au bureau du premier ministre Harper, le directeur des communications Andrew MacDougall s'est montré bon joueur.

«Bien joué @justiciers», a-t-il écrit sur le réseau social Twitter. «Le PM apprécie toujours prendre le temps de parler aux gens du QC, mais on préfère toujours le savoir à l'avance.»

Le duo Audette-Trudel a déjà piégé une cinquantaine de personnes, notamment l'homme d'affaires Bill Gates, l'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry, l'ex-président français Nicolas Sarkozy et la politicienne américaine Sarah Palin. Ils avaient mis trois jours pour rejoindre cette dernière.

«Au niveau médiatique, certains politiciens sont bien moins protégés que des vedettes d'ici ou d'ailleurs», remarque Marc-Antoine Audette, visiblement fier de son coup.

«C'est surprenant, on a quand même affaire à des employés rodés. Je ne peux pas croire qu'on ait réussi à faire ça, mais c'est tant mieux!»

À l'entendre parler, c'est également «tant mieux» que le Canada n'ait pas fait face à une crise importante pendant la durée du gag.

«À mesure qu'on parlait avec des gens de divers départements de l'ONU, on nous demandait à quel numéro nous rappeler. On donnait celui des studios de CKOI», explique Audette.

«Il n'y a manifestement aucune vérification qui a été faite. Pendant une heure, si l'ONU avait à communiquer avec le Canada, elle passait directement par nous!»