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Colère et répression à Madrid

25/09/2012 01:22 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Une manifestation afin de protester contre les politiques d'austérité du gouvernement de Mariano Rajoy a tourné à l'affrontement avec les forces antiémeute espagnoles mardi soir.

Rassemblés sur les places et les rues menant au Congrès des députés, les manifestants voulaient former une chaîne humaine autour du bâtiment, dont l'accès était bloqué par plus de 1500 policiers. Certains ont tenté de forcer le barrage.

Les policiers ont utilisé leurs matraques et des balles en caoutchouc, d'abord contre ceux qui voulaient faire tomber des barrières, ensuite pour disperser la foule. Trente-huit manifestants ont été arrêtés, selon la police, et 64 personnes ont été blessées, dont 27 policiers.

Le regroupement, qui a mobilisé des milliers de personnes venues de toute l'Espagne, visait à dénoncer une démocratie « séquestrée », assujettie « aux marchés financiers ». Les protestataires réclamaient entre autres de nouvelles élections, estimant que le gouvernement pour lequel ils ont voté en novembre dernier ne les représente pas.

« Toute une série de mesures a été adoptée par décret, sans qu'elles passent par les députés », a expliqué sous couvert d'anonymat une porte-parole de Coordinadora 25S, la plate-forme censée coordonner la mobilisation.

D'autres déploraient l'absence de référendum sur les mesures difficiles adoptées par le gouvernement, un « sauvetage sans consulter le peuple, qui va en subir toutes les conséquences ».

L'annonce de cette mobilisation avait mené les autorités à avertir à plusieurs reprises que le Code pénal espagnol prévoit des peines de prison de six mois à un an pour les responsables de manifestations qui « troublent » le fonctionnement des institutions parlementaires.

Budget et nouvelles réformes

Le gouvernement espagnol, qui connaît une deuxième phase de récession en trois ans, présentera jeudi son budget 2013 en plus d'une nouvelle série de réformes visant à réduire le déficit public. Le pays s'est engagé depuis décembre à réduire son déficit, pour le porter à 6,3 % du PIB en 2012 et à 4,5 % en 2013.

L'audit indépendant des banques, qui chiffrera l'aide que leur versera la zone euro, sera de son côté connu vendredi. L'Europe a promis 100 milliards d'euros à l'Espagne. Madrid affirme que 60 milliards seront suffisants.

Selon les analystes, l'Espagne pourrait ensuite, avec toutes ces données en main, solliciter un sauvetage plus large auprès des fonds de secours européens, en déclenchant l'action de la Banque centrale européenne (BCE).

Austérité au menu

En imposant des mesures draconiennes, le gouvernement veut rapporter au Trésor public plus de 150 milliards de 2012 à 2014.

La hausse de la taxe de vente et d'autres impôts et des coupes dans les régions, qui gèrent les budgets de la santé et de l'éducation, sont prévues. Le reste des économies proviendra de la réduction des allocations de chômage et d'aides sociales, ainsi que du gel des embauches dans la fonction publique.

Selon des sources proches du gouvernement, il sera difficile de ne pas toucher aux pensions de retraite, qui représentent 25 % du total des dépenses publiques. Madrid étudierait le gel des pensions de retraite ajustées sur l'inflation, une mesure prévue dans le budget 2012, mais qui coûterait de 3 à 4 milliards d'euros.

Par ailleurs, les mesures d'austérité annoncées jeudi pourraient comprendre de nouvelles baisses des budgets ministériels et des salaires dans la fonction publique, ainsi que la mise en place de taxes sur les transactions financières et sur les émissions de gaz à effet de serre.

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