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Collusion dans l'industrie de la construction : Joe Pistone évoque l'exemple new-yorkais (VIDÉO/PHOTOS)

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Voiture de métro à New York. (Radio-Canada.ca)
Voiture de métro à New York. (Radio-Canada.ca)

Un texte de François Messier

« Les gouvernements et les contribuables paient toujours plus dès lors que la mafia s'infiltre dans une activité économique donnée », a estimé l'ex-agent vedette du FBI Joseph Pistone au terme du témoignage qu'il a livré devant la commission Charbonneau.

Celui qui a infiltré la famille mafieuse Bonanno en utilisant le pseudonyme de Donnie Brasco avait précédemment expliqué comment la mafia new-yorkaise a fait main basse sur l'industrie dans la construction de l'État dans les années 80.

Dans ces années, a relaté Joe Pistone, les cinq grandes familles mafieuses de New York - Bonanno, Gambino, Lucchese, Colombo et Genovese - ont réussi à mettre sur pied une organisation baptisée The Club, pour se partager des millions de dollars qu'ils détournaient à leur profit.

Pour y parvenir, a raconté Joseph Pistone, les familles utilisaient leurs propres compagnies ou utilisaient leur influence pour mettre de la pression sur celles qui ne leur appartenaient pas.

Cette pression pouvait s'exercer par de l'intimidation, mais aussi par l'entremise du contrôle que les clans mafieux exerçaient sur les syndicats ou sur les compagnies contrôlant les matériaux de construction.

Pour obtenir des contrats, les familles pouvaient aller voir des firmes légitimes pour les forcer à présenter une soumission plus élevée ou à divulguer le prix d'une soumission particulière. Ne leur restait plus alors qu'à présenter une soumission inférieure pour remporter le contrat.

Lorsqu'ils voulaient influencer une compagnie légitime qui avait obtenu un contrat, a relaté Pistone, les organisations mafieuses imposaient un ralentissement de travail en utilisant des syndicats qui étaient à leurs bottes ou des firmes fournissant des matériaux de construction, comme du ciment ou de l'acier.

Les entrepreneurs en construction, a expliqué Joe Pistone, sont soumis à des délais précis. S'ils dépassaient ce délai, ils se voyaient imposer des amendes salées. Devant cette forme de chantage, des entrepreneurs préféraient céder plutôt que de dénoncer leurs tourmenteurs aux forces de l'ordre.

« Ce que les compagnies légitimes craignent quand ils vont voir la police, c'est ce qui va leur arriver si la police ne fait rien à propos de la mafia ou de cette personne qui leur met de la pression ou qui pratique l'extorsion. C'est plus facile pour eux de payer [la mafia] que de perdre leur compagnie, ou perdre leur vie », a expliqué le témoin.

Sur l'importance du réseautage

La mafia n'hésite en outre jamais à corrompre des élus ou des fonctionnaires pour parvenir à ses fins. Selon M. Pistone, les mafieux sont très efficaces pour trouver les failles d'un individu - problèmes de jeu, d'alcool, de drogues, etc. - et le contraindre à travailler avec eux, sous la menace de révéler cette faiblesse au grand jour.

« Le réseautage est important. Ils doivent atteindre les autorités publiques, qui délivrent les permis, qui donnent les contrats, qui ouvrent les appels d'offres. Alors ils travaillent en réseau pour savoir qui connaît quelqu'un qui connaît l'individu en question et ses faiblesses, afin de pouvoir le corrompre ».

Les victimes « ne peuvent dire non, parce qu'elles ne veulent pas être exposées », a-t-il expliqué.

Ultimement, l'argent qu'empochent les organisations mafieuses vient toujours de la poche du contribuable. Un constructeur qui a dû payer la mafia en construisant un immeuble, par exemple, le louera plus cher à un commerçant, qui devra à son tour augmenter le prix de ses produits ou de ses services.

Selon M. Pistone, le « Club » a fonctionné pendant quelques années avant que les forces de l'ordre ne s'en aperçoivent, mais la mafia a toujours une certaine mainmise sur l'industrie. Il a évoqué qu'un de ses amis, actif dans cette industrie, lui dit qu'il doit négocier avec l'influence de la mafia « tous les jours », et notamment celle qu'elle exerce par l'entremise des syndicats.

L'ex-agent vedette du FBI affirme que les organisations mafieuses s'adonnent toujours au lucratif marché du trafic de drogue et à d'autres activités qui ont fait leur renommée, comme les paris illégaux, mais qu'ils se concentrent de plus en plus sur des « crimes de col blanc », qui rapportent gros tout en étant moins risqués.

Il a notamment évoqué des activités de manipulation boursière, ou des fraudes par Internet, par cartes de crédit ou par cartes d'appel.

M. Pistone a estimé que les travaux de la commission Charbonneau sont utiles, ne serait-ce que parce qu'ils permettent de braquer les projecteurs sur les pratiques de la mafia.

Il a plaidé pour que les gouvernements maintiennent la pression sur les groupes mafieux, et pour que les entrepreneurs dénoncent l'intimidation dont ils sont victimes.

Le public, a-t-il conclu, doit aussi réaliser que les mafieux n'ont rien à voir avec cette vision romantique distillée par les romans ou les films portant sur eux, mais qu'ils constituent un « dangereux fléau ».

En matinée, Joe Pistone avait notamment affirmé que la famille mafieuse Bonanno de New York entretient des liens privilégiés avec des clans montréalais depuis de nombreuses années.

Pour me joindre :

francois.messier-nm@radio-canada.ca

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