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Bixi: vers un nouveau déficit

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BIXI
AFP

Plus d'un an après avoir reçu une aide financière de la Ville de Montréal, la Société de vélos en libre-service (SVLS) vit encore des problèmes de liquidités. Radio-Canada a appris que l'entreprise qui exploite le système de vélos Bixi se dirige vers une autre année déficitaire.

Des retards dans la Grosse Pomme
Nouveau manque de liquidités
60 millions de dollars qui ne sont pas disponibles
Nombre de membres à Montréal : 49 000 ou 42 000 ?

Le système Bixi coûte au total l'équivalent d'environ 6000 dollars par vélo. SVLS compte sur les ventes internationales pour récupérer les sommes investies dans le réseau de Montréal.

En 2011, SVLS a besoin de plus d'argent pour poursuivre son expansion.

« Les Montréalais et Montréalaises et le système de vélos en libre-service bénéficient du fait qu'on exporte les vélos à l'extérieur », affirmait alors le président de SVLS, Roger Plamondon. « Ça devient urgent qu'on ait le montage financier pour nous permettre de poursuivre nos opérations », poursuivait-il.

La société plaide sa cause devant le conseil municipal et Montréal accorde une aide financière de 108 millions de dollars.

Mais encore aujourd'hui, l'entreprise demeure déficitaire.

Pour 2012, la société prévoyait des revenus de 91 millions de dollars et des profits de près de 11 millions. Selon ce que nous avons appris, les revenus s'établiront plutôt à 49,6 millions. Et on ne parle plus de profits, mais plutôt de pertes de 2,8 millions.

Comment expliquer les problèmes financiers de la Société de vélo en libre-service ?

Selon son président, les ventes de Bixi à l'étranger ont souffert du débat sur le statut juridique de la société. Le gouvernement du Québec s'opposait au départ à ce que Montréal finance les activités commerciales de Bixi à l'étranger.

« On a passé plus de temps à justifier l'existence de la société qu'à faire du démarchage. », déplore Roger Plamondon.

Autre élément qui a causé des problèmes à la société de vélos : la dispute commerciale qui a mené à sa rupture avec l'entreprise montréalaise 8D, qui fournissait depuis le début sa technologie informatique.

En juin 2011, le conseil d'administration de SVLS a donc décidé de faire cavalier seul et de développer sa propre solution technologique.

Pour l'aider à concevoir cette nouvelle solution informatique, SVLS s'est tournée vers une compagnie aux États-Unis: Personica. Valeur du contrat : 2,3 millions de dollars. Pour une partie de la programmation, Personica a fait appel à une entreprise localisée en Inde.

Des retards dans la Grosse Pomme

Pendant ce temps, le partenaire américain de SVLS, Alta Bicycle Share multiplie de son côté les efforts pour vendre les Bixis dans de gros marchés, notamment à Chicago et à San Francisco.

La Ville de New York annonce un projet de 10 000 Bixis. Elle ignorait à ce moment-là que la société montréalaise devait remplacer complètement sa technologie.

Au fil des mois, le sous-traitant américain Personica prend du retard. Les New Yorkais commencent à s'impatienter.

Les vélos devaient commencer à rouler en juillet dernier. Mais en août, le maire de New York, Michael Bloomberg, y va de cette déclaration sur les ondes d'une radio locale : « Le système ne fonctionne pas. Nous ne lancerons pas le projet avant que ça fonctionne ».

Dans le New York Times, la Commissaire aux Transports de New York, Janette Sadik-Khan, déclare avoir appris seulement au printemps que la nouvelle technologie de SVLS devait être « reconstruite à zéro ».

Roger Plamondon maintient que la Ville de New York avait toutes les informations nécessaires en main lorsqu'elle a formellement signé le contrat.

Aujourd'hui à New York, la nouvelle technologie est toujours à l'étape des tests de conformité. Le lancement des 7000 premiers vélos est reporté à mars 2013.

SVLS devra encore attendre pour recevoir une partie des millions prévus au contrat de New York, ce qui contribue à ses problèmes financiers.

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Nouveau manque de liquidités

SVLS a dû demander à nouveau à ses fournisseurs de reporter certains paiements de factures, par manque de liquidités, selon des informations obtenues par Radio-Canada et confirmées par Roger Plamondon.

« Je reconnais la coopération et la participation de l'ensemble de nos fournisseurs qui ont travaillé avec nous pour reconnaitre que bon il fallait répondre à un besoin ponctuel », affirme Roger Plamondon en entrevue.

Le président de SVLS est aussi prêt à prendre une partie du blâme pour les ratés du développement de la nouvelle technologie.

« Mea culpa, parce qu'on n'aurait pas dû se retrouver dans cette situation-là et [on aurait dû] prendre les mesures en main pour s'assurer qu'on était capables de livrer », reconnaît-il.

Malgré les problèmes de New York et le report de commandes, à Chicago et San Francisco par exemple, Roger Plamondon assure que la Société de vélo en libre-service continue à rembourser son emprunt de 37 millions de dollars à la Ville de Montréal.

Mais selon lui, l'incertitude sur le statut futur de SVLS continue de rendre des clients potentiels frileux.

L'entreprise cherche présentement à vendre certains de ses actifs à l'extérieur de Montréal. Roger Plamondon s'est longtemps opposé à l'idée de vendre la société de vélos. Visiblement, son opinion a changé.

« Dans le contexte actuel, où chaque décision fait l'objet d'un débat politique, [...]on est 100 fois mieux de dire, regardez, on va arrêter cette aventure-là. Vendez-la, la compagnie », lance-t-il.

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60 millions de dollars qui ne sont pas disponibles

Une autre tuile s'est abattue sur la Société de vélo en libre-service ces derniers mois. La capacité d'affacturage que SVLS prévoyait obtenir de son institution financière, la Banque nationale, n'est finalement pas accessible pour le projet de New York.

L'affacturage aurait permis à SVLS de transférer une partie de ses comptes recevables à la Banque nationale, afin de dégager des liquidités.

Ces 60 millions de dollars faisaient partie du plan financier de 108 millions cautionné par la Ville de Montréal, en 2011.

Ce plan financier prévoyait :

- Un prêt à long terme de 37 millions de dollars fait par la Ville, au taux d'intérêt de 2%, avec remboursement de 3 millions par année;- Les emprunts et outils financiers suivants offerts par la Banque Nationale et cautionnés par laVille :- Un crédit d'opération de 6 millions, remboursable à demande,- Une marge de crédit de 5 millions à être utilisée pour l'émission des lettres de crédit et- Une capacité d'affacturage de 60 millions

(source : Sommaire décisionnel soumis au Conseil municipal en 2011)

Selon SVLS, la Banque nationale serait réticente à débloquer ce type de financement compte tenu de la jeune histoire du client new yorkais de la société de vélo, l'entreprise NYC Bikeshare, mise sur pied par Alta Bicycle Share.

Ce refus de la banque a étonné SVLS.

« Ce fut une surprise car lors des négociations du « package financier » avec la BN, l'affacturage de 60 millions était destiné à être utilisé pour le contrat de NYC, dans le cas où nous aurions gagné ce contrat », nous a écrit le directeur des communications de SVLS, Michel Philibert.

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Nombre de membres à Montréal : 49 000 ou 42 000 ?

Dans son bilan de mi-saison, le 16 août dernier, la Société de vélo en libre-service déclarait compter 49 227 membres de Bixi Montréal. SVLS a toujours dit qu'il lui fallait 50 000 membres pour que son réseau montréalais ne soit plus déficitaire.

La réalité des chiffres est plus nuancée, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Actuellement le nombre de membres est beaucoup plus bas qu'il y a un mois. Le directeur des communications de SVLS, Michel Philibert, nous l'a confirmé par courriel.

« Le membership de BIXI, n'est pas fixe et varie tout au long de la saison. Présentement notre membership tourne autour de 42 000 membres », écrit-il.

Il apporte les précisions suivantes : « Nous avons toujours une perte de 15 à 20 % à la fin juillet lors du renouvellement (le premier bloc de membres et des déménagements). Nous travaillons par la suite à faire le rattrapage grâce à des campagnes notamment avec la STM, Groupon (selon le type) et un réabonnement hâtif de fin de saison ».

La Société de vélo en libre-service précise avoir relevé le nombre de 49 227 membres dans la semaine du 20 juillet.

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Un article de Gino Harel, avec la collaboration de Benoît Michaud et de Julie Vaillancourt
Pour joindre Gino Harel : gino.harel@radio-canada.ca