POLITIQUE

La présence de la 'Ndrangheta en Ontario sous la loupe de la commission Charbonneau

20/09/2012 09:00 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST
PC

Un texte de François Messier

Des groupes associés aux principales organisations mafieuses italiennes infiltrent l'économie légale en Ontario, et notamment l'industrie de la construction, a affirmé jeudi devant la commission Charbonneau le détective Mike Amato de la police de la région de York.

Dans un témoignage qui aura duré environ 90 minutes, le détective Amato a révélé que les mafias calabraise et sicilienne, la 'Ndrangheta et la Cosa Nostra, sont particulièrement actives. La première compte plus de membres, a-t-il dit, mais il n'est pas certain qu'elle soit plus prospère pour autant.

Ce qui est certain, cependant, c'est que les mafieux d'aujourd'hui ont réussi à mettre sur pied des entreprises parfaitement légales, reproduisant ainsi le « modèle d'affaires » de leurs grandes soeurs italiennes.

En devenant aussi bien comptable que boulanger, ils peuvent non seulement blanchir de l'argent obtenu illégalement - grâce au trafic de drogues, à des paris illégaux ou à de l'extorsion - mais aussi d'avoir des antennes dans leur communauté.

Dans le domaine de la construction en Ontario, par exemple, des groupes mafieux sont présents dans tous les secteurs, a expliqué le détective ontarien, en évoquant plus précisément des entreprises de camionnage, d'excavation ou de constructions de maisons.

Le fait que ces groupes ont facilement accès à du capital les aide à créer des entreprises bénéficiant d'un avantage concurrentiel certain sur d'autres entrepreneurs, qui doivent plutôt négocier avec les institutions bancaires.

Qui plus est, les entreprises ainsi créées n'ont pas le même besoin de faire des profits que les autres, puisqu'elles servent d'abord à blanchir de l'argent obtenu illégalement. « Ça masque leur richesse », a-t-il dit.

M. Amato a aussi affirmé que les organisations mafieuses québécoises et ontariennes arrivent à coexister pour l'essentiel. Des tensions existent bel et bien entre elles, mais elles cherchent plutôt à régler leur conflit afin d'éviter d'attirer l'attention de la police.

Dans certains cas, a-t-il dit, un groupe mafieux peut même investir dans une entreprise démarrée par une autre. L'opération Colisée, a-t-il dit, a par exemple démontré que des groupes ontariens ont investi dans des affaires gérées par la famille Rizzuto.

Ces groupes sont devenus si sophistiqués qu'ils peuvent même s'adonner à de la manipulation boursière, une autre activité ayant l'avantage d'être aussi lucrative que discrète.

M. Amato devait témoigner mercredi, mais n'a pu se présenter pour des raisons qui n'ont pas été divulguées. Son absence avait contraint la commission Charbonneau à suspendre ses travaux plus tôt que prévu mercredi.

Depuis le début de la semaine, la commission a entendu le témoignage d'un économiste de la Commission de la construction du Québec (CCQ), Louis Delagrave, qui a brossé un portrait de l'industrie de la construction au Québec, et d'une criminologue italienne, Valentina Tenti, qui a décrit l'organisation des groupes mafieux italiens.

Mme Tenti a notamment fait valoir que, selon les conclusions d'une récente commission parlementaire italienne, la 'Ndrangheta est aujourd'hui plus puissante que la mafia sicilienne, la Cosa Nostra. Ce succès serait attribuable à sa capacité à se faire discrète.

La criminologue a aussi affirmé que les organisations mafieuses italiennes n'attaquent pas le système, mais l'exploitent, en tirant avantage des vulnérabilités qui se présentent dans l'environnement législatif et économique en vigueur.

La commission Charbonneau a entre autres le mandat de dresser un portrait de possibles activités d'infiltration de l'industrie québécoise de la construction par le crime organisé.

Pour me joindre :

francois.messier-nm@radio-canada.ca

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