Au premier jour de son témoignage dans le cadre de l'important procès contre les grands fabricants de tabac, à Montréal, le président de JTI-Macdonald a déclaré que la population savait depuis les années 50 que le tabagisme était nocif, et que les Québécois fumaient donc en toute connaissance de cause.

Michel Poirier, président régional de JTI-Macdonald pour l'Amérique, a d'autre part admis que les tabatières connaissaient le risque de développer un cancer du poumon et des maladies cardio-respiratoires associés au tabagisme. Or, il a tout de même défendu son entreprise, précisant qu'elle avait suivi les directives gouvernementales.

M. Poirier soutient que JTI-Macdonald n'a pas tenté d'évaluer l'importance du risque encouru par les fumeurs de développer un cancer ou même de mourir du tabagisme. Selon lui, ce n'était pas à l'industrie de prévenir les consommateurs, mais aux gouvernements. Ils ont attendu que le gouvernement impose l'affichage d'avertissements sur les paquets de cigarettes pour en alerter les consommateurs.

Mario Bujold, directeur général du Conseil québécois sur le tabac et la santé, trouve cette position surprenante. « C'est étonnant de voir que, à la fois, M. Poirier dit que les compagnies et que les gens savaient depuis les années 1960 que la cigarette comportait un danger pour la santé. [...] Mais, en même temps, ce qu'il dit [M. Poirier], c'est que la compagnie n'a pas communiqué ça, sauf à partir du moment où le gouvernement l'a obligé à communiquer un certain nombre d'informations par rapport au risque associé à son produit », a estimé M. Bujold.

Président régional de JTI-Macdonald depuis 2000, Michel Poirier a également dû défendre la décision de sa société de persister à vendre des cigarettes qualifiées de « légères » malgré la demande du ministre de la Santé Allan Rock, en 2001.

Ce dernier avait alors intimé les compagnies d'enlever l'expression « légères » des paquets de cigarettes parce qu'elle induisait la population en erreur. Mais M. Poirier a soutenu que les fumeurs savaient que l'expression légère faisait référence à la saveur, et non à la nocivité du produit.

Un long et lent processus

Autorisés en 2005, les deux recours collectifs contre trois multinationales du tabac - qui procèdent simultanément - ont été déposés il y a 14 ans. Ils représentent deux groupes distincts. Le premier compte 90 000 fumeurs ayant développé une maladie comme des cancers du poumon, du larynx et de la gorge, ou qui ont souffert d'emphysème. L'autre groupe de requérants est constitué de 1,8 million de fumeurs devenus dépendants à la nicotine.

Les requérants reprochent aux sociétés d'avoir tout fait pour accroître la dépendance des fumeurs à la nicotine, d'avoir sciemment caché les dangers du tabagisme et d'avoir élaboré des stratégies de marketing trompeuses. Au total, ils réclament 27 milliards de dollars à trois géants de l'industrie, soit Imperial Tobacco, JTI-Macdonald et Rothmans Benson & Hedges.

Le procès, qui s'est ouvert en mars dernier, devrait s'étaler sur deux ans. La preuve doit prendre environ un an, et la défense, tout autant. L'issue du procès ne sera donc pas connue avant la fin de 2013, à moins que les compagnies de tabac décident de régler le conflit à l'amiable.

Outre le double recours collectif auxquels ils font face, les tabatières doivent également se défendre contre le gouvernement du Québec. Ce dernier a entamé sa propre poursuite contre les sociétés du tabac en juin dernier. Québec réclame plus de 60 milliards de dollars en dédommagement pour les dépenses encourues par le gouvernement à cause du tabagisme.

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